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      Mogwai fête ses 20 ans : focus sur 2 albums clés

      Mogwai ? Non, ce n’est pas un article sur les bestioles du film Gremlins dont il s’agit, mais bien sur un groupe de rock, plus précisément un des chantres du post-rock venus tout droit d’Ecosse. 20 ans d’une carrière impeccable, ne sacrifiant pas un pouce d’intégrité artistique, tout en osant des pirouettes électro compatibles. Un exploit qui s’est aussi vérifié dans la BO de la série française la plus en vue de ces dernières années, Les Revenants, et dans celle du documentaire consacré à Zidane, « Un portrait du XXIème siècle ». Pour fêter ces 2 décennies de longs morceaux instrumentaux et dantesques, Mogwai sort « Central Belters », un beau coffret 3 CD où on retrouvera leurs morceaux phares qu’on hésite pas à classer parmi les classiques de ce genre plus répandu qu’on ne le pense.

      Mogwai
      Mogwai

      L’influence du post-rock (A part Mogwai, Tortoise et Godspeed You! Black Emperor vont pouvoir compléter le podium) est en effet palpable dans bon nombre de groupes à la recherche de déconstructions des formats et d’explosion de frontières (vous avez dit Radiohead?), le tout dans des expressions quasi ésotériques, pour que la musique soit entière et intemporelle. Ces deux adjectifs se valent largement pour deux albums majeurs du groupe : le culte Come On Die Young (CODY pour les intimes) sorti en 1999 et Raves Tapes, le plus électronique de leur discographie, sorti en 2014.

      Come On Die Young
      Come On Die Young

      Come On Die Young : taillé dans un roc

      C’est par un mystérieux prêche que commence Come And Die Young, une prédilection fantasque et sectaire d’un artiste illuminé qui fustige le punk comme une musique de poubelle, et qui décrit sa propre musique comme « une œuvre brillante d’un génie : moi-même » (une petite recherche nous apprendra qu’il s’agit d’un sample d’une interview d’Iggy Pop complètement shooté dans les années 70). Quel en est le message? Dans cet album brut et vif, taillé dans un roc, poli puis réduit à gravats, on obtient au final un somptueux ensemble underground de stalactites étourdissants. Quel est ce miracle construit du chaos, est-ce « Year 2000 Non-Compliant Cardia », cet imposant exercice de style saturé, où on tombe de très haut, de ces cimes à jamais écroulées ? « May nothing but happiness(…) » et son don sournois de nous la jouer un tantinet léger avec un son « carillon » plein de promesse, mais subrepticement assassiné par des soubresauts infernaux ? Peut-on se reconstruire dans « Chocky » qui sonne comme un faux air de piano sentimental, s’avérant être un requiem, funeste désillusion?

      « Christmas steps » qui clôt l’album, ne donne pas de réponses : prologue calme, fin et prudent tout en arpège, actes suivants aux saveurs vitales miraculeusement ravivées, thème principal tonitruant, avec ses riffs secs et affirmés mais qui ne violentent pas. Dans l’épilogue tout en continuité, un violon sur le toit vient poser une salutaire et poétique morale à l’affaire : la brillante musique de Mogwai est un album dont on peine encore à mesurer le génie.

      Mogwai - Rave Tapes
      Mogwai – Rave Tapes

      Rave Tapes – les eaux troubles d’Ecosse

      Le groupe se renouvelle grandement à presque 20 ans dans ce « Rave Tapes », qui confirme et infirme à la fois la tournure très calme que prend leur musique dans leur BO « Les Revenants », leur œuvre précédente. Ascensions diverses tintées d’électronique, les machines qui sont maintenant leur identité sonore ont le don de faire penser alternativement à Michael Rother (guitariste de Kraftwerk), les récents Death In Vegas, et une certaine scène instrumentale française (Zombie Zombie notamment).

      Plus mélodieuse, leur musique suinte littéralement sur une surface plane mais légèrement en pente. « Simon Ferocious » sonne comme une nouvelle donne pour le groupe : fini les guitares pesantes, place au synthé pulsatif et aux ambiances plus digitales (même si la batterie, la vraie, subsiste). « Remurdered » qui zigzague entre Kavinsky et le shoegazing, arrive par surprise à joindre les 2 bouts. Le splendide et épuré «The Lord Is Out Of Control » va servir de conclusion solennelle à l’album. Leur son se débarrasse des pesants héritages de cordes saturées pour se dénuder et n’en garder que sa substantifique moelle. Comme un négatif d’une photo aux détails qui dans le passé convenait aux assoiffés de frissons, mais qui aujourd’hui seraient inappropriés pour des esprits plus sages, car trop profonds et trop fouillis. Tant mieux !

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