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      L’exposition « David Bowie Is » à la Philharmonie de Paris

      Créée par Victoria Broackes, du Victoria & Albert Museum de Londres, l’exposition consacrée à David Bowie connait un succès fulgurant dans chaque grande ville où elle est présentée. Londres, Berlin, puis Paris, avant São Paulo et Melbourne : le commissaire ne soupçonnait pas lors de la création qu’à ce stade, un million de personnes auront déjà parcouru les différentes pièces de cette rétrospective très bien agencée et très axée sur sa musique, qui fourmille de détails que la technologie et le talent rendent passionnants.

      "David Bowie Is" à la Philharmonie de Paris
      « David Bowie Is » à la Philharmonie de Paris

      Désarmant de sensibilité : c’est ce qu’on pense de David Bowie lorsqu’on l’entend, sur une vidéo projetée sur un écran de la toute première installation de l’expo, dire à 17 ans qu’il est injuste que les garçons de l’époque (1964) qui portaient des cheveux longs étaient souvent dénigrés en public, ou exclus de certaines institutions. Il créa à ce titre « L’association de protection des garçons chevelus », peut-être aussi pour se protéger lui-même. Deux stigmates vont en effet le suivre tout au long de sa vie : le premier est le suicide de son demi-frère, son ainé, pour qui il voua une grande admiration, notamment en tant qu’initiateur de musique (jazz entre autres). Le deuxième est une grosse bagarre dans la cour d’un lycée, durant laquelle il va se blesser l’oeil gauche dont la pupille va être dilatée de manière visible en permanence. On l’entend ensuite plus âgé, parlant rétrospectivement de la chance qu’il a eu de s’être révélé artiste. Combattre des démons qui lui auraient pu être fatals, il a pu le faire avec ces armes que constituent toutes les oeuvres qu’il a lues, entendues ou écoutées. La culture et David Jones font un David Bowie, son nom de scène, de chanteur, compositeur, acteur et performer, dont la rétrospective se fait de son vivant, à 68 ans, comme une récompense d’honneur à l’ensemble de sa carrière.

      "David Bowie Is" à la Philharmonie de Paris
      « David Bowie Is » à la Philharmonie de Paris

      L’exposition, visuelle et sonore, ne se visite qu’avec un casque, à travers lequel le visiteur va entendre des extraits d’albums, d’interviews et d’ambiances selon l’endroit et les pièces qu’il visite. Un régal pour les aficionados de la discographie (qui ne contient pas moins d’une trentaine d’albums, si on retient les live et les bandes originales) tout autant que les novices, qui entendent « Space Oddity« , cette ballade cosmique qui devient vite un des plus grands hymnes des années 60. Ceci en s’imprégnant du contexte de 1969, de « 2001 l’Odysée de l’Espace » et du premier homme sur la lune qui lui ont inspiré ce titre : affiches de films, extraits de paroles griffonnés par le chanteur sur des papiers de toute sorte, livres et disques d’inspiration. Les fétichistes ne bouderont pas leur plaisir face à ce florilège d’objets en tout genre que David a bien voulu légué au commissaire de l’expo, et qui agrémentent toutes les salles.

      Un régal également, l’apparition choc de David sur le plateau de l’émission « Top of the Pops« , qui entonne en 1972 un « Starman » très gay-friendly pour l’époque, à la fraicheur et à la grâce dignes d’un grand moment de rock’n roll. Cette vidéo avalise à lui seul le « glam rock« , cette période exubérante du rock, où strass, dandynisme et extravagance transgenre sont de mise (T Rex le sait déjà depuis 2 ans à ce moment là, Queen va en être un des portes-drapeau ensuite). Elle résume à elle seule ce qu’allait devenir un certain rock les décennies suivantes : du spectacle et des grands stades.

      Visionnaire? Pas seulement : très gourmand en inspiration, il n’aura de cesse de surfer sur ses appétences pour la scène, le mime et le jeu d’acteur (il jouera dans quelques films et quelques pièces de théâtre, dont Elephant Man), en s’aidant notamment de costumes, se forgeant ainsi plusieurs personnages de fiction à part entière. Il est tour à tour l’extraterrestre Ziggy Stardust, sa réincarnation Alladin Sane, le pirate Halloween Jack, ou encore le cadavérique dépressif et cocaïnomane The Thin White Duke (période Station to Station), sans parler du Pierrot du clip de Ashes to ashes. Cette manie pour le changement répété de personnalités reflète son caractère trouble et schizophrène, illustré par une vidéo rare, où il mime une série de réactions corporelles agitées et inquiétantes.

      Pochettes des albums de David Bowie
      Pochettes des albums de David Bowie

      S’agissant des drogues, il s’en débarrassa grâce au travail et à l’évasion, notamment avec Iggy Pop avec qui il collaborera sur quelques morceaux (dont « China Girl« ). Sa cure de jouvence post narcotique à Berlin vers 1976 – 1977 fera l’objet d’une salle à part entière (il sera influencé par le Kraut Rock, travaillera avec Brian Eno et pondra « Heroes« , splendide ode aux combats victorieux de chacun). Il affectionnera ensuite les enregistrements live sur les plateaux télé. Sa rettentissente version de « The Man Who Sold The World » fera date, 10 ans après la création de l’orignal, dans une performance étonnante et post moderne, où il chantera immobilisé dans un perfecto en plastique énorme, accompagné par l’excentrique Klaus Nomi. La chaine musicale MTV au début des années 80 lui sert de vitrine mondiale du renouveau de sa carrière, avec le tube disco « Let’s Dance », accompagné du guitariste funk mondialement célèbre Nile Rodgers. David Bowie peut ainsi se vanter d’avoir collaboré avec beaucoup de grands artistes pop du XX ème siècle. Un renouvellement constant, certes plus sage mais jamais démenti, le guidera tout au long des décennies suivantes (de la black soul à la jungle), et le place comme un acteur hyper actif de la pop moderne, laissant derrière lui une trace indélébile.

      "David Bowie Is" à la Philharmonie de Paris
      « David Bowie Is » à la Philharmonie de Paris

      L’exposition est donc à la hauteur du legs de David Bowie, non sans manquer parfois de clarté chronologique (mais c’était peut-être un parti pris). Courrez-y (ou plutôt, réservez, la fréquentation est elle qu’il sera difficile de faire autrement), c’est jusqu’au 31 mai.

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