La Route du Rock, suite et fin : réussites et défis futurs

La Route du Rock, suite et fin : réussites et défis futurs

Suite et fin de notre récit, pour cette 3ème et dernière journée. Le soleil radieux n’a toujours pas disparu, l’ambiance pourrait presque être qualifiée d’exotique. La seule déception provient du fait que ce soit déjà fini. Petit aperçu de ce qu’on a pu retenir de cette journée et du bilan du festival. Rédigé par Ninon Bernard et Piotr Grudzinski

Ambiance 04 Route du Rock 2016, Saint-Malo 12/08/2016 credit:  GRUDZINSKI Piotr/ DALLE

Dimanche, c’est rock’n roll

On fatigue un peu du côté des jambes, à s’être défoulé sur le mix techno qui remplaçait The Field, et sur Battles la veille. On se rend ainsi sans forcer sur la scène des Remparts pour le « groupe psyché de l’aprèm », après avoir été très charmé par Psychic Ills et Ulrika Spacek les 2 jours précédents. Morgan Delt n’a pas failli au test de mise en bouche de la journée : même esprit négligé, même dégaine flegmatique, et même psychédélisme. Morceaux déstructurés et belles envolées, le tout avec une ambiance ensoleillée et « Woodstock » (près de 30 degrés plus tôt et un soleil crépusculaire des plus agréables) : nous aurons décidément apprécié ces entames de journées aux couleurs 70s, qui témoigne d’un regain d’intérêt pour ce genre souvent réactualisé.Ambiance 02 Route du Rock 2016, Saint-Malo 14/08/2016 credit:  GRUDZINSKI Piotr/ DALLEPlus encore qu’orienté 70s, le festival fait la part belle aux musiciennes, en témoigne Julia Holter (et ses autres musiciennes), qui avec son répertoire folk baroque, à l’instar de Regina Spektor, nous a rappelé Neko Case, Laura Veirs et autres vétérans du genre. Sans doute l’esprit déjà occupé par ce qu’allait donner le grand retour de Lush, les nombreux interludes calmes, ne nous ont pas spécialement

emballés.

Défouloir jouissif et post-punk spaghetti

Morgan Delt Route du Rock 2016, Saint-Malo 14/08/2016 credit:  GRUDZINSKI Piotr/ DALLE
Morgan Delt (crédit : Piotr Grudzinski)

Jusqu’à l’arrivée de Lush : les 3 quasi-quinquagénaires, accompagnées du batteur d’Elastica, ont donné leur effet nostalgique et ravi les amateurs de cette dream-pop typique, celle de Slowdive ou des Cocteau Twins. Elles reprennent du service après 20 ans d’interruption, elles sont heureuses d’être là, et cela s’entendait. Les vieux tubes comme « Hypocrites » font partie d’elles, ils sont joués fièrement et les spectateurs, émus et se sentant privilégiés, le leur rendent bien. Après ce début de soirée en douceur, changement d’ambiance radical avec la testostérone punk de Fidlar, qu’on décide d’aller explorer au cœur de la fosse dans les premiers rangs.. 5min avant le début du set, on commence à avoir cette impression d’être dans la file d’attente du Space Mountain, la boule au ventre, dans cette fosse compacte et grouillante. Les premiers accords violents font voler les pintes de bière et c’est parti, le manège démarre sur une reprise du cultissime « Sabotage » de Beastie Boys. Ce grand huit punk est pour nous un défouloir jouissif, et le groupe nous impressionne par sa maitrise et sa générosité. Nous sortons du concert lessivés, mais heureux. Peut-être trop éprouvé pour prêter une attention suffisante à Fat White Family, qui néanmoins semble avoir plu à la plupart des spectateurs. C‘était peut-être le temps pour nous de se vider suffisamment : cette dernière soirée placée sous le signe du rock continue avec le quatuor féminin Savages. Talons aiguilles, cheveux gominés, poses théâtrales, l’esthétisme rock est de mise. Ça assure aussi côté musique, avec un post-punk spaghetti des plus Route du Rock 2016, Saint-Malo 14/08/2016 credit:  GRUDZINSKI Piotr/ DALLEclassieux. Le plus impressionnant reste la voix de Jehnny Beth, utilisée comme un instrument à part entière. Nous avons été conquis ! Comme par Sleaford Mods, un duo inséparable composé d’un chanteur qui débite des paroles provocs et virulentes en « spokenword » et de son acoytle paumé qui ne fait que dandiner et mettre « play » sur le vieux PC qui lâche un petit sample en boucle. Et pourtant : étonnamment, la mayonnaise prend, aussi bien par le décalage causé par l’amateurisme apparent du duo que par la résonance insoupçonnée des paroles, clamées par un orateur révolté par le monde d’aujourd’hui (mention spéciale pour sa diatribe anti-brexit). On en aura vu de toutes les couleurs.

Fidlar (Credit:  Piotr GRUDZINSKI)

Fidlar (Credit: Piotr GRUDZINSKI)

Jagwar Ma, puis le bilan

Les australiens de Jagwar Ma, qui ont rejoint la programmation à la dernière minute suite à l’annulation de leurs confrères de The Avalanches, s’apprêtent à clôturer cette édition 2016 de la Route du Rock. Doit-on préciser que c’est un des concerts qu’on attendait le plus ? Leur premier album « Howlin », sorti en 2013 a été une révélation. Après un début de set un peu mou, et malgré la présence de l’excellent nouveau titre « OB1 », le trio lâche enfin les chiens et opère une montée en puissance sur l’extraordinaire « Come Save Me » suivi de l’instrumental « Four ». Leur beats venus d’ailleurs transforment le festival en dancefloor géant. Pas toujours excellents en live malgré tout l’amour qu’on porte à leurs chansons, Jagwar Ma a su livrer cette fois-ci une excellente prestation, qui vient clore le festival en beauté. En somme, cette édition 2016 n’a pas fait que remplir les objectifs des 15000 places vendues malgré l’absence de têtes d’affiche. Le festival a su garder un certain public en même temps que son intégrité artistique. Lors de la conférence de presse du bilan, le directeur Plan large 01François Floret nous a confié à quel point certains artistes sont « hors course » à cause des cachets monstrueux proposés par les agents artistiques. Il a rappelé que l’indépendance à un prix, mais n’est pas non plus dupe des réalités économiques qui nécessitent parfois des partenariats privés avec des marques. « Du moment qu’ils ne touchent pas à l’intégrité artistique du festival, on ne peut que profiter de ce genre de financement » aura-t-il assumé. « Des compromis, mais pas de concessions ». On lui souhaite au moins autant de réussite pour les éditions suivantes.

 

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