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      Jay Jay Johanson sort son dernier album « Opium »

      Le crooner suédois ne compte plus les albums, depuis son premier « Whiskey » en 1999, et n’en finit pas de susciter un grand respect chez tous les prescripteurs mélomanes. Pour cause, Jay Jay Johanson est un des acteurs importants de la scène trip hop, notamment à travers ce premier album qui est souvent cité comme une remarquable fusion entre jazz et trip-hop, le tout avec des paroles d’un romantisme cheap des plus attachants. « Opium » qui vient de sortir est une synthèse des styles qui ont habité les quelques dizaines de réalisations. Rétrospective et écoute.

      « Nul n ‘est prophète en son pays » pourrait être une devise assez illustre pour ce chanteur de 46 ans, né en Suède, inconnu là bas, adulé par la critique ici, discret malgré tout auprès du grand public. Il défraya la chronique avec « Whiskey« , ce 1er album au mélange assez improbable entre instrumentation jazz, easy-listening et trip hop, chansons composées et interprétées par un grand dadais attachant, entre crooner invétéré et poète maudit. On retiendra « It Hurt Me So » pour sa rengaine trip-hiop ravageuse, les cordes en arrière plan sonore qui ajoute un aspect tragique, et le récit flamboyant d’un Jay Jay désespéré par une briseuse de coeur. Le ton est donné.

      Un autre album marquant va être « Poison » en 2000 : les petites rythmiques jazzy et délicieusement désuets sont remplacés par des sons digitaux plus lourds et plus graves. Plus spatial et plus lointain, Jay-Jay opère une mutation en phase avec sa maturation sonore. La tendance dramatique bat encore de l’aile, avec « Keep It A Secret » et son roulement rythmique digital et urbain, et un clip à l’ambiance hitchcockienne assez exquis, mais on constate une appétence grandissante pour l’électro, par le biais d’ajouts d’effets à rythmes en tout genre, et même une reprise de Kraftwerk (« Neon Light »). Dans le même temps, le songrwiting s’enveloppe d’un ton inquiet mais doux à la fois, un Jay-Jay langoureux qui n’en finit plus de pleurer sa dulcinée (« Suffering« ). Ca fait tilt à nouveau.

      Mais il faut danser, après une rupture douloureuse, on reconquiert son mojo et on se fait disco. L’album le plus electro-pop de Jay-Jay, « Antenna« , sera aussi l’occasion de la mutation la plus spectaculaire de notre coureur de jupons éternel, avec un look androgyne et glam-dance des plus détonnants. Et on a un hit que NRJ ou Fun Radio aurait pu passer en boucle, « On The Radio« . Pour une sortie en boite entre célibataires et ne pas rentrer bredouille, « DJ » Jay-Jay a aussi la recette.

      La gueule de bois n’est pas loin, Jay-Jay ne pouvait pas rêver mieux pour revenir sur ses fondamentaux et ses considérations romantico-existentielles, ça tombe bien, on en était demandeur avec la pause joviale et ludique de « Antenna », mais à la profondeur moins marqué. « The Long Term Physical Effects Are Not Yet Known » (2007) va faire l’office, avec un grand album, fait de grandes chansons, et d’une grande fougue. Les ingrédients de « Poison » avec une palabre fougueuse et des arrangements plus acoustiques à l’allure théâtrale. A 40 ans, on ne rigole plus et on fait le bilan : it’s « Jay-Jay Johanson Again« .

      Après notamment un album vocalement très travaillé, et des morceaux « piano-bar », calmes et sans électronique, d’une grande sensibilité  (« Spellbound » en 2011), Jay-Jay Johanson revient donc avec « Opium« , et c’est en écoutant les titres précédents qu’on saura encore mieux apprécier son parcours. A défaut, l’album pris séparément est un régal : entre les ballades douces-amères qui lui sont caractéristiques (le single « Moonshine« ), et les titres plus graves (« I love him so« ), c’est mission accomplie. On notera même un parti-pris pour un retour aux sonorités trip-hop abrasives d’un Portishead ou d’un Archive des débuts, mais savamment réactualisées. Ce legs trip hop (que le groupe Bristol a pris en compte dans son album hommage de reprises trip-hop) sert efficacement la beauté de ses compositions. La maturité de Jay-Jay enveloppe des titres d’une aura des plus appréciables : la voix susurré du crooner maudit en est encore plus retentissante, lorsqu’elle est réverbérée avec des chaloupes digitaux qui paraissent du coup naturels (« Alone too long« ). Chapeau, Jay-Jay Johanson !

      Jay-Jay Johanson sera en tournée française en octobre prochain.

       

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