Godspeed You ! Black Emperor à Varsovie

Godspeed You ! Black Emperor à Varsovie

Le groupe canadien parcourt actuellement les villes européennes pour défendre leur dernier opus, « Luciferian Towers », sorti l’année dernière. La ville de Varsovie (Pologne), étape que je vous raconte ici, évoque particulièrement bien la prestation réalisée. Explications. 

Godspeed You ! Black Emperor au Palladium de Varsovie

 

 

 

Début d’éclipse vers 21h30.

Resina

En première partie s’est produite Resina, une jeune violoncelliste de Gdansk, une jeune électro-expérimentatrice aussi, jouant et séquençant ses cordes au looping. Pendant un peu plus d’une demi heure, des bribes de mélodies, beaucoup d’abstraction, un poil de coup d’éclat. Eclipser cependant GDYBE relèverait du miracle, qui n’a pas eu lieu.

On nous dit qu’on peut photographier dans la fosse pendant 10 minutes, puis après, nada, trou noir pendant l heure 50 restante. Et tant mieux, je pourrai me concentrer sur le set en me faisant un mindfulness de prestige. Pour les avoir vu 3 fois déjà (Route du Rock en 2013, Bataclan en 2015), mes yeux et oreilles sont confiants et décident de s’abandonner à eux, en même temps que je referme mon capuchon d’objectif. Ca commence avec un « Hope Drone » de rigueur, featuring le HOPE désormais classique de l’écran de ciné, sur lequel est projeté la dantesque cinématique du live, en péloche 28 mm s’il vous plait.

 

Cinématique « post-apoCapitalistique »

Pourquoi je vous disais que Varsovie correspondait au thème du film expérimental qu’on se prend plein les yeux pendant le set. On y voit successivement beaucoup d’immeubles, vides, pas finis, détruits, insalubres; Varsovie, rayé pendant la guerre de 40, en détient par endroit beaucoup, alternant avec ceux que le récent capitalisme sauvage a anarchiquement disposé. Avec un gros grain noir et blanc et des effets de péloche brulés, c’est garantie 100 % ambiance « le monde d’après ». Plans au ralenti montrant un homme longiligne trainant seul sur une route à perte de vue, spéculateurs boursiers aux signes maléfiques : l’entropie dystopique parfaite pour accompagner les pièces musicales. C’est pas vraiment des pièces de tout confort. « Mladic » (du nom d’un génocidaire bosniaque – ambiance) est idéal pour plaquer ce qui me restait d’inattention sur ce brulot de son et lumière. Pas le choix : si j’étais pas happé par ce travelling hanté d’un immeuble de parking infiniment grand, par cette saillie de drone à cordes, looping et saxophone, il valait mieux que je sorte. La situation du malheureux non-amateur qui ne ressent pas de compassion pour ces écorchements vifs peut vite devenir intenable. Ca devient carrément passionnel quand je suis littéralement effrayé – perdu entre Fam / Famine et The Sad Mafioso – par… impossible de vous dire, ça se vit ces sons, ces torpeurs. Impossible

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Looping, ardeur et désarroi

Le collectif GSYBE qui tourne depuis les années 90 a des vieilles pépites d’un or se bonifiant avec le temps. « The Sad Mafioso »  – « album F# A# » sorti en 97 – en le réécoutant, je crois que c’est de ce morceau qu’est tiré la part d’effroi dont je parlais juste avant. « Moya » – de l’album « Slow Riot For New Zero Kanada » en 98, avec écrit « chaos » en hébreux – ambiance bis. Le show de près de 2 heures se conclue avec la maestria que l’on attendait d’eux. Les loopings sont véritablement un acteur supplémentaire chez cette formation, c’est eux qui achèvent le set, alors que la scène est totalement vide, lâchant ce qui reste de séquences saturées et grâce électrique. Sortant de la salle plein de pensées contradictoires, entre ardeur et désarroi, je me rabat sur l’écran LCD de mon appareil et mes écouteurs pour tenter de rentrer à nouveau dans cette béatitude étrange. Jusqu’au prochain passage de GSYBE en live. 

Texte et photos : Piotr Grudzinski

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