[Review] « Dirty Computer » de Janelle Monáe : un album engagé et futuriste

[Review] « Dirty Computer » de Janelle Monáe : un album engagé et futuriste

Avec Dirty Computer, Janelle Monáe nous offre un nouvel album cohérent et novateur, 5 ans après The Electric Lady.

Janelle Monáe, Dirty Computer, soul, r&b, funk, futuriste

En nous révélant le morceau Django Jane en février et plus récemment PYNK au mois d’avril, Janelle Monáe préparait le terrain pour Dirty Computer. L’album baigne dans une esthétique très belle, originale, bercée de couleurs fluos et de contrastes saisissants. Mais le plus important, est la substance de Dirty Computer. Car l’album est avant tout un concentré de liberté et d’empowerment (prise de pouvoir, prise en main de son destin).

Janelle Monáe, Dirty Computer, Pynk, féminisme

 

Un Emotion Picture…

Janelle Monáe a toujours intrigué, de par sa posture androgyne, ses smokings, une personnalité qui paraissait assez secrète. Comme elle le présente dans la très bonne interview de Rolling Stones, elle n’est plus « the immaculate android, the alien from outer space/The cybergirl without a face » mais bien une femme de 32 ans libre, noire, et pansexuelle. Dirty Computer est l’aboutissement d’un cheminement qu’on sent très personnel. S’affirmer et se libérer des stéréotypes et injonctions d’une société patriarcale et très normée.

Janelle Monáe, Dirty Computer
« I consider myself to be a free-ass motherfucker »

Dirty Computer est donc accompagné d’un film-clip de presque 50 minutes qui raconte l’histoire de Jane 57821, prisonnière d’une institution, The House of the New Dawn, un lieu visant à formater chaque être humain pour le dépouiller de toute originalité. Jane 57821 est considérée comme « dirty », déviante et non-conforme. Le processus de purge vise à effacer tous ses souvenirs. Le film plonge dans la personnalité de Jane, à l’essence tout à fait libertaire : ode à l’amour non hétéro-normé, fêtes multicolores, virées entre potes toutes plus badass les unes que les autres. 

Dirty Computer n’est pas sans rappeler la démarche de Prince avec son film Purple Rain. Janelle Monáe, très proche du chanteur, avait aussi confirmé que Prince avait participé à la création de l’album. Dirty Computer est également très riche musicalement, et la chanteuse arrive à un niveau d’excellence musicale digne de son mentor.

 

…Au service de l’album

Dirty Computer n’est pas qu’un vaste clip dont l’album sert juste à faire la promotion. En effet, chaque morceau a son intelligence propre. On ressent tantôt des vibes plus douces comme dans PYNK ou So Afraid (au synthé années 80), ou plus droites et rythmées avec Take A Byte

Toute l’esthétique tournant autour des années 80 est très à la mode en ce moment, mais on sent que Janelle Monáe a vraiment étudié le sujet et ne surfe pas juste sur cette tendance. L’influence Prince/Bowie est flagrante mais toujours justifiée. 

Crazy, Classic, Life tourne sur une rythmique beaucoup plus moderne et pop actuelle. Janelle scande « Young, black, wild and free », toujours pour rappeler le propos de l’album. I Like That est également dans cette veine :

I Got the Juice est un mix intéressant de pop et de trap, et s’enrichit du featuring avec Pharrell Williams.

Screwed, qui paraît à première vue très insouciant, décrit un monde condamné « And I hear the sirens calling/And the bombs are falling in the streets /We’re all screwed And ah, ah, ah, it’s your birthday, baby/But I go sex crazy/But I feel so screwed.»

Sur la dernière partie rappée, Janelle évoque notamment l’investiture de Donald Trump : « The devil met with Russia and they just made a deal/We was marching through the street, they were blocking every bill »

Avec une transition liant les deux chansons, son discours féministe plus que nécessaire continue sur Django Jane, qui se révèle être le titre le plus puissant de l’album. Ici, Janelle Monáe s’en prend directement aux hommes : « We gave you life, we gave you birth/We gave you God, we gave you Earth ». De quoi donner envie à toutes les femmes du monde de se rebeller contre la société patriarcale actuelle : « We gon’ start a motherfuckin’ pussy riot/Or we gon’ have to put ’em on a pussy diet »

Dirty Computer, le morceau éponyme, ouvre parfaitement l’album et nous invite à rentrer dans le monde de Janelle Monáe. Un monde fort, où prône l’amour de soi et des singularités.

Janelle Monáe, Dirty Computer

Note: 9/10

Avec Dirty Computer, Janelle Monáe n’a plus rien à prouver. Elle est une artiste forte au cheminement artistique intéressant, novateur et engagé.

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