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      Akwaba et Cypher : Le rap féminin est KT Gorique

      Parlons peu, parlons rap : français et féminin, cette fois-ci. Deux ans après son dernier EP en date, la suisse KT Gorique et son alter ego Kunta Kita sont de retour, cette fois-ci avec un nouveau projet intitulé Akwaba, « Bienvenue » en Baoulé et d’autres dialectes ivoiriens. KT Gorique, c’est une silhouette frêle, des locks, du maquillage inspiré lui-aussi des peintures des Baoulés et la « Kendrick », comme elle dit. Surtout, la puissance incandescente d’un volcan en éruption.

      Vous l’avez peut-être découverte dans Rentre Dans Le cercle il y a peu. L’histoire de KT Gorique remonte pourtant à (un peu) plus loin. Née en 1991 à Abidjan, en Côte d’Ivoire, la rappeuse désormais valaisanne entre d’abord dans le hip-hop par la porte de la danse dès ses 12 ans. Smurf, Krump, New Style, Popping… Tout y passe. Très vite, le besoin de joindre la parole aux gestes se fait ressentir, et KT Gorique se forge en rappeuse incisive. En 2012, c’est la consécration. KT Gorique remporte le titre End Of The Weak à New York, et devient la première championne du monde de rap freestyle à seulement 21 ans. Rien que ça.

      Touche-à-tout

      En 2014, elle le fait même sur grand écran, à l’occasion du film Brooklyn, réalisé par le très bon Pascal Tessaud. Elle y endosse un rôle taillé sur mesure, celui de Coralie. Le long métrage suit l’itinéraire d’une jeune rappeuse suisse qui arrive à Saint-Denis. En s’impliquant par le biais associatif dans la vie de son quartier, elle se fait repérer lors d’un openmic. Le film sera présenté au festival de Cannes l’année de sa sortie, dans la sélection ACID, L’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion. L’année suivante, KT Gorique remportera même un prix d’interprétation au Hip Hop Film Festival. Une distinction de plus…

      Dès lors, la rappeuse se consacre à sa musique, un rap métisse en pleine fusion. Fascinant, à son image, il oscille entre influences reggae et musique africaine. Un style qu’elle qualifie elle-même de Future Roots. Il y aura d’abord Tentative de Survie en 2016, puis la mixtape ORA en 2017, et enfin son dernier projet, Kunta Kita, sorti il y a deux ans. Très vite, les concerts s’enchaînent. Avec la puissance de frappe d’une grenade croisée météorite, la rappeuse se révèle être une bête de scène.

      Entre entertainment et débrouillardise

      Pour preuve, sa prestation hors-norme en mars de l’année dernière au Hallenstadion de Zurich, en première partie de la superstar américaine Nicki Minaj. Quelques mois plus tard, toujours sur sa lancée, elle remporte un Prix suisse de la musique. D’ailleurs, si le confinement et la crise sanitaire que traverse actuellement l’Europe et le monde auront eu raison de ses dates de concerts, KT Gorique n’a pas renoncé à l’entertainment. La performeuse a en effet tenu à maintenir la sortie de son album Akwaba… Et grand bien nous fasse.

      Le 15 mai dernier, la rappeuse nous dévoile donc un bijou de cohérence, à la fois esthétique et artistique, ce que les deux morceaux déjà clippés « Airforce » et « Çi-ça » laissaient déjà présager. Abouti, l’album compte son lot de featurings : Reverie, Volodia, Soom T, Melan et même le grand Taïro. Présente au casting, l’humoriste Shirley Souagnon prête sa voix aux interludes et narre ainsi avec humour les transitions de l’album en fil conducteur. KT Gorique a flairé la bonne idée : c’est frais, et le duo est iconique.

      Chacune des instrus est pigmentée mais nuancée. Toutes sont surtout en adéquation avec l’univers bouillonnant et bigarré de KT Gorique. Technique et incisive, les phases qu’elle débite sont embrasées d’influences colorées, de sujets actuels brûlants et de traits d’esprit suspendus.

      Capable de tout avec peu, la rappeuse ne s’est pas arrêtée là. Avec deux matelas à la verticale contre les murs, la débrouillarde s’est bricolé un coin studio. Via ses « Remèdes », un projet participatif d’ampleur qui prend la forme d’une série de freestyles spécial confinement disponibles sur son soundcloud, KT Gorique nourrit sa communauté de bientôt 15 000 abonnés sur Instagram. Ils votent et orientent la direction artistique de la composition, et KT Gorique fait le reste.

      Le petit couteau du rap féminin

      Enfin, non contente de cartonner avec ces freestyles dingues, la rappeuse a encore confirmé son statut de figure d’empowerment avec un Cypher Allstar exclusivement féminin, posté sur son compte facebook le 11 mai dernier. KT Gorique ne compte plus ses connexions à l’internationale et elle a su mieux que jamais s’en servir pour fédérer une vingtaine de rappeuses autour d’elle dans son « Biggest Female Allstar Cypher N°1 ».

      Dans l’ordre d’apparition et sur une instru de la beatmakeuse Fana, avec qui KT Gorique collabore beaucoup, on retrouve donc : KT Gorique bien sûr, puis Illustre (France), Flash Marley (Togo), Starrlight (Pays-Bas), Hemkah (France), Miss C-Line (Suisse), Lau Rinha (France), Lillian Blanche (Etats-Unis), Nash (Côte d’Ivoire), Ebène (Mauritanie), Ekloz (France), Amalia (France), Sima Noon (Israel), La Furia (Espagne), Evita Koné (Suisse), Bouki (France), Linsey (France), Tyriss (Suisse), et enfin Pumpkin (France).

      Jamais à court d’idée, on l’appelle le couteau suisse tant elle sait tout faire. D’une lame catégorique, la rappeuse découpe les instrumentales en freestyles et ailleurs. Surtout, elle affûte ses textes et aiguise ses phases depuis deux ans. Le résultat est tranchant et acéré, et s’intitule Akwaba. Bienvenue, Welcome, KT Gorique pose le décor. Installez-vous, ce n’est que le début.

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