More
    More

      Pourquoi il faut écouter le dernier album de David Bowie en 10 points

      Une énième résurrection? David Bowie va finir par avoir 9 vies, et il est aussi insaisissable qu’un félin, aussi changeant qu’un caméléon, aussi culte qu’un héros (just for one day). Le single inédit du précédent best-of « Sue (or in a season of crime)” laissait présager un virage assez indicible, avec un peu de jazz par ci, une ambiance piano-bar et « film noir » par là, une voix plus théâtrale. Bon alors, il est bien le dernier Bowie? Oui, il est 10 fois bien.

       

      1. Parce qu’à 69 ans, il mérite le respect

      Il a réussi à sortir des bons albums originaux après 64 ans, l’âge chanté par son compatriote Paul MacCartney dans « When I’m 64 ». Age au delà duquel le Beatle ne se cantonne plus qu’aux petites chansonnettes, les Rolling Stones aux tournées géantes aseptisées et aux shows sous perfusion, Bob Dylan aux concerts de 35 minutes coûtant 150 euros et parfois inaudibles. Respect.

      2. Parce que ses 2 clips sont une performance

      A le voir opérer ses circonvolutions et ses mouvements de pantin avec une telle maîtrise de son corps, on croirait voir un danseur contemporain, alors qu’il n’est en principe que chanteur (et acteur dans le passé).

      3. Parce qu’il a ressuscité, encore 

      On ne sait pas encore son nom, mais le personnage inquiétant à l’allure illuminée et paniquée à la fois, yeux bandés, qui organise une séance de spiritisme mi new-age, mi satanique, est bel et bien sa nouvelle réincarnation orchestrée par lui-même. Le squelette de Major Tom (le personnage inventé dans son tube « Space Oddity » en 1969) peut gésir dans « Blackstar », David a tout prévu pour lui succéder, comme Aladdin Sane a succédé à Ziggy Stardust en 1973, qu’il a lui même tué. Un « Rock’n Roll Suicide » à plus à 69 ans, pour repartir de zéro, quoi de plus (Aladdin) sain?

      4. Parce que l’album contient « Lazarus »

      Un chef d’oeuvre de jazz moelleux et berçant, doté d’un Bowie à la voix au sommet de son art.

      5. Parce ce disque exprime bellement les interrogations de notre monde moderne (et de la célébrité).

      Un véritable concept que ce « Blackstar », puisque en 7 titres, David évoque de manière cryptique les fous religieux, imposant au monde un ordre apocalyptique et mortifère, le statut de rock star qui amène inévitablement à la déchéance, l’adulation qu’il suscite et qui le place au dessus des autres mortels, avec un pouvoir d’influence énorme. C’est  beaucoup pour un seul homme… David brasse tous ses objets d’angoisse dans cette suite de chansons cathartiques et apaisantes à la fois.

      6. Parce qu’il a réussi à nommer son album avec un vrai caractère ascii autre que l’alphabet (★) et que la pochette est reproductible à souhait

      Traduction pour les non-geeks : en adoptant comme nom et pochette à son album « ★ », il arrive à permettre à tout un chacun de le reproduire sans trop de problème sur ordinateur. En effet, ★ a comme index Unicode: U+2605 et  UTF-8: E2 98 85. Appliquez la taille 69 (enfin un peu près) et vous obtiendrez ni plus ni moins la pochette de l’album (sur laquelle apparait donc ledit caractère, pour ceux qui suivent) , sans aucune connaissance graphique. Plus facile à réaliser en tout cas que le Love Symbol de Prince…

      7. Parce qu’on tripe bien sur le free jazz de « Tis a Pity She Was a Whore »

      Un autre illustre morceau est ce 2 ème titre, qui renoue avec la verve mélodieuse de ses grandes années, tout en ajoutant un accompagnement de cuivre improvisé et inédit dans sa musique, entre chaque couplet. Le renouveau de Bowie, vous vous en doutiez, est bel et bien là.

      8. Parce que « Sue (Or In a Season of Crime) » t’explique d’où vient la drum’n bass

      Ce rythme jazz, dont on dit qu’il a été inventé par The Winstons en 1969, est à l’origine de nombres de musiques contemporaines : Hip Hop, Drum’n bass et Jungle. C’est parce qu’un DJ a samplé ce break de batterie de 5 secondes qui apparait, alternant syncopes et variations de temps. Le sample a été accéléré un jour dans une boite anglaise, il est aujourd’hui très populaire. David rend à César ce qui appartient à César : d’aucuns diront qu’il s’agit d’un titre électro, alors qu’il s’agit bien d’une batterie en bonne et due forme. Le tout dans un morceau onirique et tendu à souhait avec des guitares saturés, du saxo, et quand même des nappes électroniques, qui ravira les amateurs de sensations fortes. La classe.

      9. Pas parce que Apple impose son format des morceaux de moins de 10 minutes

      « Blackstar » dure 9:58, soit pile poil avant 10 minutes. Ce n’est pas un hasard : parce que la firme à la pomme estime qu’un morceau dépassant cette durée s’apparente à un mini album à lui tout seul, le morceau d’origine (qui fait plus de 11 minutes) a donc du être écourté et a nécessité un remixage. « Le prix de vente du morceau à l’unité (sur les plateformes de téléchargement) sera ainsi le même que tous les autres » nous explique-t-on. Certes, mais cela nous prive donc pour l’instant de la version originale (y compris en CD) à cause de cette règle imposée. Fichtre !

      10. Parce qu’il faut encourager cet opus pour que David Bowie devienne un chat.

      Bah oui, à ce stade, Bowie a créé 4 personnages en bonne et due forme (hormis ses déguisements divers n’ayant pas donné lieu à des noms, et hormis Major Tom, qui est un personnage inventé mais qu’il n’incarne pas), dont le fabuleux Ziggy Stardust. Alors même si le dernier en date, celui de Blackstar, n’a toujours pas de nom, on serait prêt à parier que ce n’est qu’une question de timing, et que David n° 5 naitra en 2016. Encore 4 et il aura eu ainsi 9 vies, soit autant de vies qu’un chat, selon la vieille croyance.

       

      0

      LAISSER UN COMMENTAIRE

      S'il vous plaît entrez votre commentaire!
      S'il vous plaît entrez votre nom ici

      Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.