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      Arno sort son nouvel album « Human Incognito » : écoute et interview

      Depuis ses débuts en 1980 avec divers groupes (dont le groupe de punk TC Matic) jusqu’à son duo avec Stromae en 2012, en passant par une dizaine d’albums solo et son duo avec Beverly Jo Scott, Arno a su se forger un répertoire composite et une réputation de rocker au coeur tendre. Il atteint progressivement le statut de référence de la chanson française, peut-être parce qu’au fur et à mesure des années, il use avec délice d’un délicat mélange d’une langue belge caractérielle et d’une palabre poétique et imagée. Les 2 points forts (entre autres) du dernier Arno : on est prêt à parier que certains titres de « Human Incognito » ne tomberont pas dans l’oubli de sitôt, comme cela a été le cas pour « Dans les yeux de ma mère » ou « Je veux nager ». Ecoute et interview.

      « Human Incognito » est le titre du nouvel album, et il est un peu à l’image d’Arno : l’anglais rugueux des vieux bluesman, des vieux man en général, les human being en plein milieu de leur soixantaine, qui vivent leur old motherfucker days. Et incongito : Arno n’est ni Bashung, ni Gainsbourg, ni Bowie, et Ostende, sa ville, est la ville d’un pays qui contient moins d’habitants que l’Ile de France. En marge, en cachette, c’est comme ça qu’il aime être : anonyme parmi les humains sans lesquels « il ne serait rien ». Il doit tout aux humains et fait des chansons qui parle de la vie, du banal en somme. Mais avec le talent d’un parolier inspiré et la hargne d’un rocker : crooner moins aguicheur que poète, moins tapageur que fabriqueur de rêves. L’absurde et le surréalisme, il en sera en effet question dans l’album, mais non sans avoir abordé ses thèmes de prédilection : le corps, les relations amoureuses, la solitude.

      Arrangements organiques

      Et ces thèmes sont savamment mis en avant par des arrangements sobres et classiques : avec John Parish aux commandes, le producteur venu de Bristol, « qui ressemble à Ostende parce qu’on y mange des moules », et ayant produit nombre d’albums, comme ceux de Eels, PJ Harvey ou Sparklehorse. Un vétéran, aussi, bien que moins âgé, avec lequel Arno sait communiquer sans fioriture, presque qu’avec le regard, ce qui est excellent pour donner à la musicalité toute la liberté et le souffle dont elle a besoin. C’est ainsi que des morceaux très évidents et accrocheurs peuvent s’aligner dans une excellente galette de blues, de chansons douces-amères, poétiques et sensibles à souhait. Dans l’implacable inventaire existentiel « I’m Just an Old Motherfucker », Arno pleure les imperfections des expériences de la vie (« Old too soon, smart too late, young to short, stupid too long ») mais non dénuées de sagesse, où le rugueux aigri se mêle avec des piques d’espérance crescendo, c’est la tonalité rauque qu’on aime et qu’on retrouve dans ses refrains.

      Human after all

      Et c’est aussi la sensibilité, la naïveté presque, qui frappe à l’écoute de « Je veux vivre » : las des évolutions chaotiques de notre sale monde, Arno déroule dans une ballade nue et confondante de fragilité les desiderata de son monde. Un monde « sans jalousie, sans amant, où les pessimistes sont contents ». Hors contexte, cela prête à sourire, mais pas sortant de cet human débonnaire et sincère, dit avec l’accent et le français qui fait grincer les académiciens, mais qui parle à tous les gens d’esprit, simples comme rêveurs : Arno, simple human après tout. Arno, nostalgique du premier baiser, « quand ta langue est rentrée dans ma bouche comme une nouille sautée » dans « Oublie qui je suis ». Adepte de l’absurde, le surréalisme d’Arno, c’est Magritte et Walt Disney qui auraient cosigné ses rêves. Dans la ballade très Tom Waits « Dance like a goose », il danse comme une oie, ou bien dans le foutraque et oulipien « Une chanson absurde » il voit une « vache qui danse le tango » ou un « poisson mouillé ». Et « santé », car c’est l’essentiel, dans la vie comme dans cet album : ce dernier et déchirant morceau est la complainte du flibustier cocufié qui aurait mal guidé son bateau pour amerrir par erreur dans un port où aucune femme ne l’attend. Alors il la chante, faute de la prendre : « toi la maîtresse de mon corps, ton corps est un parfum que j’adore », le tout dans une valse chavirante et enivrée, pendant laquelle « on boit à la santé de tous les cocus du monde entier », en levant le coude quand d’autres baissent les bras. Santé, Arno !



      35 ans de carrière évoqués pendant sa pause café

      C’est donc musicalement séduit qu’on se rend au café « La Fontaine », juste à côté de la Maison de la Radio à Paris. Tout juste sorti de déjeuner, c’est rassasié qu’Arno se livre à Just Focus pour répondre à divers aspects de son album et de sa carrière.

      Raconte nous le contexte de cet album et comment as-tu trouvé le titre « Human Incognito » ? 

      C’était avant tout un prétexte pour remonter sur scène. Je suis un homme de scène. Le titre, c’est parce que sans les êtres humains, je ne suis rien.

      Cet album est musicalement plus sobre, plus rugueux que les autres, tu sembles de mettre à nu. Est-ce que les arrangements ont besoin d’être sobres pour exprimer plus de sincérité dans le chant ?

      J’ai voulu que les arrangements soient organiques. Qu’on sente tous les détails des instruments. Avec John Parish, ce qui est bien, c’est qu’on se comprend très vite. C’est aussi Catherine Marks qui lors de l’enregistrement m’a permis de travailler certains aspects du chant importants pour ce rendu organique.

      Nous avons été à nouveau amusé par de nombreuses trouvailles textuelles, comme dans “Santé” : ‘Toi la maîtresse de mon corps, ton corps est un parfum que j’adore”. As-tu pensé écrire des poèmes un jour? Ou est-ce impossible de ne pas penser ces phrases en musique, en rock’n roll ?

      Rien n’est jamais sur, mais je suis et resterai avant tout musicien. Après, qui sait, peut-être que ca arrivera.

      Tu as dit sur Europe 1 que le plus difficile n’était pas d’enregistrer un album mais de ne pas refaire le même que précédemment. On retrouve en effet les mêmes thèmes de la solitude, les relations sentimentales, le corps (« Lonesome Zorro », « Marie tu m’as », « Les yeux de ma mère »), à quel moment sens-tu après avoir écouté l’album que c’est satisfaisant, que ça remplit le contrat du changement?

      Ce qui différencie cet album des autres est je pense mon côté « Walt Discney à moi », ce côté absurde, Magritte. Je parle dans « Chanson absurde » de personnages inventés, des animaux qui font des choses bizarres, comme une « vache qui dans le tango », ou « un poisson mouillé ». C’est l’aspect différenciateur. Sinon, je cherche comme tous mes albums à chanter ce qui m’entoure, la vie.

      « Le rock est devenu aussi conservateur que la Tour Eiffel »

      Tu dis que le rock est devenu trop conservateur, faut-il une nouvelle vague punk, ou bien de no-wave, pour la rupture et le retour du chaos musical? Ton titre “Putain putain” avec TC Matik d’il y a quelques années pourrait-il être chanté aujourd’hui par un chanteur comme toi?

      Je ne pense pas, car on ne sait pas si dans 5 ans l’Europe va exister (Putain Putain, c’est vachement bien, on est quand même tous des européens scandait-il dans ce titre, NDLR). Il y a des métiers que les jeunes étudiants apprennent aujourd’hui et qui n’existeront probablement plus. Ce qui reste, et que les conservateurs aiment, c’est la Tour Eiffel. Je pense que le rock est aussi conservateur que le monde, malheureusement.

      Arno_HumanIncognito_4A propos de TC Matik, j’ai écouté le premier, et j’ai été impressionné par votre registre de l’époque (1980), qui valait complètement des albums de post punk de grande envergure comme ceux des Killing Joke ou de Public Image LTD, voire de noise, puis ont émergé des chansons moins rebelles et le virage vers la chanson, comme expliques-tu ce virage?

      On est même arrivé avant ces groupes. C’est une bonne question. Je pense que j’ai toujours chanté ce qu’il y avait à l’époque, le punk, puis la chanson. J’ai toujours été ce que la musique qui m’entourait était, à ma manière.

      Quels disques écoutes-tu le plus aujourd’hui?

      En ce moment j’écoute pas mal Stuff, un groupe belge très instrumental qui mêle jazz, électro et hip-hop.

      Est-ce que tu as écrit des nouveaux morceaux pour un futur album, déjà?

      Oui, mais une longue tournée m’attend entre temps, notamment aux Etats-Unis. Je vais passer par pas mal de villes.

      Un peu comme Stromae l’année dernière…

      Il est passé par plus de villes lui ! C’est mon pote, j’ai reçu un SMS de sa part aujourd’hui même.

      Merci Arno !

      Merci, et fais pas de bêtises (rires) !

      Arno est en tournée dans toute la France et l’Europe, dont les 19 et 20 mai au Trianon à Paris.

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