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      Ce qui cloche dans l’industrie des cheveux afro

      Dans les années 2000, on était loin de la représentation noire qu’on a aujourd’hui : il y avait seulement les Destiny’s child, et c’était les débuts de Rihanna. A part elles, en France, nous étions noires dans un pays blanc. A travers les pubs, les clips, les films et séries, le monde imposait aux petites filles noires des canons esthétiques qui ne leur ressemblaient pas. Alors les cheveux afro, apparat ultime de la différence, indomptables, volumineux, source de moqueries, remarques et contacts non consentis, nous sommes beaucoup à les avoir détestés.

      Ce ne sont pas « juste des cheveux », et ça ne l’a jamais été. Les cheveux sont une distinction, et aujourd’hui il est nécessaire d’entendre et de porter leur déclaration politique. Les assumer — tout comme assumer ses coiffures — c’est dire: on ne s’excuse plus d’être qui nous sommes. C’est dire: nous nions et refusons vos critères eurocentriques. C’est dire: nous nous aimons, sans limite.

      Et c’est cette révolte, cet engagement essentiel qui fait tiquer sur un point: la dominance blanche dans les cosmétiques Afro — alors même que l’industrie ne transitionne que depuis peu vers une politique plus « inclusive » (le nouveau mot à la mode).

      Un choix de direction qui n’est pas sans conséquences

      Nous avons d’un côté des des marques qui n’ont jamais été black-owned (Cantu, Dark and lovely, African pride…) et de l’autres, celles fondées par des compagnies noires rachetées par des compagnies blanches (Shea Moisture, Aunt Jackie’s, Carol’s Daughter…). Si vous avez des cheveux texturés, ces noms vous sont familiers.

      Et si, certes, les produits Cantu peuvent être d’une grande aide, notamment pour les cheveux ondulés, moins d’1% des 500 compagnies les plus riches du monde sont black-owned ! Il est donc important de supporter le business de ceux que l’industrie refuse (et non, ce n’est pas que du communautarisme).
      C’est un pas pour cesser de creuser les inégalités, et d’autant plus lorsque les soins pour cheveux afro tournent entre 10 et 20€ par produit, et dépassent parfois les 40€. On est loin des tarifications Garnier à 3€ la bouteille — qui, souvent, ne répondent pas aux besoins des cheveux type 3C et plus. Alors chaque action compte.

      Et parce que, deuxième point, nous méritons mieux pour nos cheveux aussi.

      On sait que l’industrie cosmétique n’est pas la plus éthique: et bien qu’il y ait une nouvelle affluence de produits vegan et cruelty-free, cela ne veut pas pour autant dire qu’ils ne contiennent pas d’huiles minérales, ou de perturbateurs endocriniens. C’est une chose.

      Maintenant, c’en est une autre que la composition des produits change du tout au tout, lorsque la marque passe d’une direction noire à une direction blanche.

      Et nous nous penchons maintenant sur le deuxième cas de figure: les marques noires vendues à de gros groupes cosmétiques tenus par des PDG non-racisés. Toutes ont fait l’objet d’une insatisfaction grandissante et fondée, alors que des produits autrefois fonctionnels ont fait perdre des cheveux par poignée à leurs utilisatrices.

      Bien entendu, chaque chevelure étant différente, ces situations ne sont pas universelles et n’arrivent pas à toutes ! Plusieurs personnes continuent d’utiliser Shea Moisture ou Aunt Jackie’s sans que ça ne les impacte. Mais le problème est que, factuellement, les compositions ont été considérablement modifiées, menant à des situations qui ne devraient pas arriver du tout.

      Des options saines et éco-friendly

      Aujourd’hui, le monde cosmétique se rend compte du filon d’or que sont les soins pour cheveux texturés, alors que, selon une étude américaine, les Afro-Américaines dépensent 9x plus que leurs concitoyennes blanches pour leurs cheveux.

      C’est une chance: une chance pour de nouveaux black-owned business de se développer, mais aussi une chance de pouvoir choisir des alternatives capillaires plus saines, plus eco-friendly: pour n’en citer que quelques-unes, Alikay Naturels, Noir ô Naturel, ou encore Soarn ont des compositions propres, éthiques et naturelles. Les deux dernières sont d’ailleurs des marques françaises, produites en France.
      Mais il y a aussi l’option DIY, afin de composer ses propres produits, comme la chantilly de karité à partir d’ingrédients bruts (beurres de karité, coco, huile de jojoba, chanvre).

      Encore une fois, ce ne sont pas que des cheveux. C’est une déclaration. Mais c’est aussi un combat pour une présence renforcée des minorités dans des positions de pouvoir, des positions de décision, dans un business où ils sont les premiers concernés.

      Illustration par E.B Lewis pour le livre « I love my hair » de Natasha Tarpley
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