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      Ces femmes scientifiques que l’Histoire a oublié

      Le 11 février, c’est la journée internationale des femmes et des filles de science. C’est l’occasion de promouvoir la filière scientifique auprès des femmes et les inciter à s’engager dans ce secteur où elles sont encore sous-représentées. Même si du chemin a été fait et qu’aujourd’hui le travail des femmes de sciences est reconnu, cela n’a pas toujours été le cas. Bon nombre d’entre elles ont vu leur travail dérobé par un collègue masculin.

      Afin de garder un certain élitisme masculin dans le domaine scientifique, plusieurs chercheurs se sont attribués tout le mérite d’années de travail de collègues féminines. Combien de femmes se sont vues voler leur travail par un mari chercheur ou un directeur de thèse ? Un paquet. Et cela porte un nom, c’est l’effet Matilda. Il s’agit de minimiser ou de ne pas mentionner la contribution des femmes scientifiques dans la recherche dont le travail est attribué à leurs homologues masculins. Focus sur ces femmes dont le travail a été volé par un homme.

      Mileva Maric-Einstein, dans l’ombre de son célèbre époux

       

      Mileva Maric Einstein
      Mileva Maric Einstein, l’ombre de son mari Albert Einstein        

      Le nom de Mileva Maric Einstein vous dit surement quelque chose. Oui c’est bien la femme du « Génie » Albert Einstein. Mais, la relayer au rôle d’épouse est une bien grosse erreur. C’est pendant ses années lycée que Mileva Einstein se passionne pour les sciences et révèle de vrais talents pour les mathématiques et la physique. Originaire d’une province hongroise de l’Autriche-Hongrie (actuellement la Serbie), elle quitte son pays pour aller étudier à l’École polytechnique fédérale de Zurich en Allemagne. C’est la seule femme de sa classe et c’est ici également qu’elle rencontrera son futur mari, Albert Einstein. Ils travailleront tous les deux en binôme jusqu’à leur divorce en 1919.

      Mais petit bémol : les travaux du célèbre physicien n’ont été publiés qu’en son nom. C’est grâce aux lettres échangées avec son mari que la question de la place du travail de Mileva a pu être soulevée. Le 27 mars 1901, il lui écrit « Comme je serai heureux et fier quand nous aurons tous les deux, ensemble, menés notre travail sur le mouvement relatif à une conclusion victorieuse ! » Même s’il est difficile d’évaluer l’importance de sa participation dans son travail, on ne peut pas nier son implication. Ainsi, le nom de Mileva Einstein n’apparaît dans aucune découverte du couple. Pourtant, on sait qu’elle y a participé mais c’est bien son mari, seul, qui recevra le prix Nobel de physique en 1921.

      Jocelyn Bell et les pulsars

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      Jocelyn Bell, l’astrophysicienne qui a découvert les pulsars

      Une autre victime de l’effet Matilda, Jocelyn Bell. Née en 1943, elle grandit en Irlande où elle se passionne pour l’astronomie. Après avoir obtenu son diplôme, elle part pour l’université de Cambridge où elle va y étudier la radioastronomie. C’est lors de recherches pendant sa thèse qu’elle découvre un objet lumineux, semblable à des phares dans une région du ciel. Ce sont les pulsars. Jocelyn Bell sera moquée pour cette découverte, ce que rappelle Yaël Nazé, astrophysicienne, sur France Culture : « Anthony Hewish lui a d’abord dit que c’était des extraterrestres, qui nous appelaient… ce dont elle n’était pas persuadée évidemment. » Il lui demande de cesser ses recherches et de se focaliser sur les Quasars.

      Néanmoins, elle continue son travail de son côté et lève le voile sur sa mystérieuse découverte. C’est en février 1968 que ses recherches sont publiées dans la revue Nature mais le nom de Jocelyn Bell n’est pas mentionné. Vous l’aurez peut-être deviné, c’est celui de Anthony Hewish, son directeur de thèse, qui figure en premier. Alors qu’il pousse Jocelyne Bell à arrêter ses recherches sur les pulsars, c’est pourtant bien lui qui recevra le prix Nobel de physique de 1974… Même si l’astrophysicienne a depuis reçu bon nombre de récompenses et de distinctions, il n’en reste pas moins que quelqu’un s’est permis de s’approprier l’une de ses découvertes.

      Rosalind Franklin, privée d’ADN

      Rosalind Franklin
      Rosalind Franklin, la physicienne à l’origine de la structure de l’ADN

      Née dans les années 1920 dans une famille bourgeoise londonienne en 1920, c’est à l’adolescence que Rosalind Franklin se découvre une passion pour les sciences. Elle se rêve scientifique et décide de consacrer sa vie à la recherche. Après un doctorat à l’Université de Cambridge, elle décroche un emploi au King’s College. Ses relations avec ses collègues masculins sont compliquées, notamment avec James Watson et Francis Crick. Elle sera même contrainte de changer de laboratoire.

      En 1951, elle réalise la célèbre photo 51, la première image de l’ADN. C’est grâce à son travail que le mystère autour de la structure de l’ADN a pu être percé. Mais James Watson et Francis Crick ne voient pas d’un si bon œil le succès de Rosalind Franklin. Jaloux de cette découverte, ils vont lui voler la photo. En 1953 les deux compères publient leurs recherches dans le magazine Nature. Le travail de Rosalind Franklin y apparaît mais seulement pour confirmer les résultats obtenus par Watson et Crick. Ce qui est en réalité le contraire de ce qui s’est passé. L’histoire aurait pu s’arrêter ici si Watson et Crick n’avait pas reçu en 1962 le prix Nobel associé

      Cecilia Payne-Gaposchkin, la tête dans les étoiles

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      Cecilia Payne-Gaposchkin grandit dans une famille anglaise bourgeoise. Benjamine de la fratrie, rien ne la prédestinait à embrasser une carrière scientifique. Étant la seule fille de la famille, sa mère, veuve, préfère miser sur les études de ses deux fils. Néanmoins elle obtient une bourse en sciences naturelles et va étudier à l’Université de Cambridge en 1919. C’est lors d’une conférence donnée par Arthur Eddington que l’étudiante eut une révélation : elle sera astronome.

      Elle part en 1923 aux États-Unis pour faire un doctorat et étudier la température des étoiles. Tous les résultats qu’elle obtient vont à l’encontre des idées de l’époque. Elle découvre ainsi que les étoiles sont composées d’hélium et d’hydrogène. Une découverte majeure. Cela ne va pas plaire à son directeur de thèse, Henry Russel, qui lui recommande très fortement de ne pas publier ses travaux. Cependant, cela ne l’empêchera pas de publier ce même article en son nom quatre ans plus tard. Et par la même occasion, de s’attribuer tout le mérite de cette découverte.

      Lise Meitner et la fission nucléaire

      Lise Meitner
      Lise Meitner, la physicienne à l’origine de la fission nucléaire.

      C’est en 1878 que née en Autriche Lise Meitner. Elle grandit dans une famille aisée et reçoit une bonne éducation. Ses brillants résultats lui ouvriront les portes de grandes universités où elle étudiera la radioactivité puis la physique nucléaire. Ses recherches la mèneront à découvrir la fission nucléaire, le principe de la bombe atomique. Trois fois pressentie pour obtenir le prix Nobel de chimie, elle ne sera jamais récompensée. C’est Otto Hahn, un de ses collègues, qui recevra la prestigieuse distinction en 1944 pour des travaux auxquels elle avait largement contribué. Pendant un long moment, Lise Meitner travaillera gratuitement, l’université étant fermée aux femmes. Preuve que la reconnaissance envers le travail des femmes n’était pas encore à l’ordre du jour.

       

      Mileva Maric Einstein, Jocelyn Bell, Rosalind Franklin, Cecilia Payne-Gaposchkin, Lise Meitner… tant de femmes scientifiques oubliées. Même si elles ont pu être distinguées à plusieurs reprises, leur condition de femmes leur a fermé certaines portes et l’Histoire les a oubliées. De nos jours, seulement 30% des chercheurs dans le monde sont des chercheuses. La parité semble encore un rêve lointain. Mais grâce à certaines initiatives opérées notamment dans les écoles, de plus en plus de femmes se lancent dans des carrières scientifiques.

      Aujourd’hui aussi, les noms de brillantes chercheuses émergent à l’instar de Katie Bouman, qui en 2019, a réalisé la première photographie d’un trou noir. De quoi inspirer un bon nombre de jeunes filles.

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