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      République Remastered : Qui vous observe ? (TEST)

      Financé Initialement sur Kickstarter et sorti sur IOS à la fin 2013 puis sur Android, République, jeu d’infiltration par excellence, s’est fait un nom sur mobile. Rares sont les jeux tactiles à être aussi perfectionnistes dans leur gameplay et visuellement aussi matures. C’est donc avec une certaine impatience que les communautés Steam, GOG et Humble Store attendaient de pouvoir goûter aux douceurs de ce petit bijou. Camouflaj n’a pas fait dans la demi-mesure : au lieu de se contenter d’un simple portage, République Remastered a bénéficié d’une refonte intégrale, exploitant la puissance du moteur Unity 5.

      L’état c’est moi !

      L’intrigue se déroule dans Métamorphose, une structure-état sous le joug d’un système totalitaire. Hope, une pre-cal, une enfant qui a grandi là-bas envoie un appel à l’aide grâce à son téléphone. Son mystérieux interlocuteur, c’est-à-dire vous, n’aura de cesse de veiller sur la jeune femme pour lui permettre de prendre la fuite. Que lui reproche-t-on ? D’avoir lu une version corrompue de l’ouvrage « République ». C’est dans ce milieu clos, mêlant raffinement et sécurité que vous devrez évoluer. La grandeur et la force de l’état reposent sur un homme : le Directeur (appelé aussi le Surveillant). Lorsqu’on évoque un état totalitaire, on s’attend rarement à trouver des salles à manger dignes de grands restaurants accessibles à tous, des réceptions rappelant les hôtels de luxe ou encore des chambres d’étudiants avec des animaux domestiques (Maurice le petit poisson rouge est là). Les graphismes sont dans l’ensemble soignés, l’impact de moteur Unity 5 se sent notamment dans les jeux de lumière. République Remastered joue avec les codes, plaçant une salle à manger opulente à côté d’une cellule de détention. Les apparences semblent trompeuses : à l’image de personnage comme Mireille Prideaux, superbement incarnée physiquement et vocalement par Jennifer Hale (la voix du commandant Shepard femme). Le démarrage est brouillon, l’idée étant de conserver un certain flou le temps que la narration gagne en puissance. Le joueur n’a que peu d’informations, il est étranger à cet État, c’est donc avec une certaine logique que les cartes s’abattent peu à peu, faisant évoluer notre compréhension de cet univers. Saluons d’ailleurs cette narration intelligente, alternant les enregistrements, les pages de journaux, les cinématiques et les retransmissions. A mesure que l’histoire se construit, le joueur-acteur, comprend que cet État côtoie notre monde, de nombreuses références sont disséminées ici et là, comme de multiples miettes sur notre chemin du discernement (Zadig, Platon, Franco…)

      Luxe, discrétion et énigme à résoudre !
      Luxe, discrétion et énigme à résoudre !

      Dans un esprit très orwellien, l’État oppressant est partout. La bande son vient sublimer l’angoisse, le sentiment de confinement et d’urgence de la fuite. Tous les faits et gestes d’un individu sont épiés, grâce à la suprématie de la technologie. Le logiciel Omni représente le contrôle, il est garant de l’ordre de cette nation. Et pour faire respecter la loi, rien de tel que les Prizak, mains de l’autorité. Le directeur, tout comme Big Brother, est l’objet d’un culte de la personnalité. Les caméras floutent de façon systématique et instantanée son visage (la censure est valable aussi pour la pornographie). C’est un personnage énigmatique, que nous voyons peu, mais qui est présent sur de nombreux enregistrements audio. Sa psychologie et ses ambitions sont obscures, tantôt figure paternelle, tantôt impitoyable, avec un raisonnement cohérent à la limite toutefois de la paranoïa. Qui est-il vraiment ? Une question qui se pose pour chaque personnage de République Remastered. La force du jeu est sa capacité à brouiller les pistes, à ne pas savoir qui est dans quel camp. Zager est-il un criminel fou ou un rebelle déterminé ? Mireille œuvre-t-elle pour le Directeur ou est-elle un agent double ? Cooper vous aide-t-il parce que son intelligence n’a d’équivalence que sa sensibilité ou parce qu’il est quelque peu dérangé ? Mattie Sade n’était-elle qu’une rédactrice opportuniste ou est-elle réellement rongée par les remords ?

      Chaque personnage est d’une profondeur déconcertante, et cette performance est le fruit de doubleurs de talent : Jennifer Hale (la Saga Mass effect, Kotor, Bioshock Infinite, Diablo 3…) dont le personnage de Mireille Prideaux épouse ses formes avec naturel et classe, l’actrice Rena Strober (Hope –qui a joué dans diverses séries), David Hayter (Metal Gear Solid, la célèbre voix de Solid Snake), l’acteur James Holloway qui prête sa voix à Cooper et bien d’autres encore ! Le sous-titrage n’est pas toujours agréable dans un jeu non traduit, mais dans République Remastered, la VO prend tout son sens et le texte français est de très bonne facture.

      Big Brother vous regarde

      République Remasterd utilise la forme pour illustrer son propos. Quoi de plus concret que de se servir de l’arme d’un État totalitaire, à savoir son logiciel de contrôle, pour le mettre en déroute. La prise en main est assez perturbante au début, en fait avec la vue Omni (« Omni view »), il devient possible de prendre le contrôle des caméras et d’ouvrir des portes. En même temps, il faut gérer les déplacements de Hope. Ceux-ci sont entièrement contrôlés à la souris. Ils sont parfois approximatifs, et peuvent vous conduire droit à une arrestation. Si vous double-cliquez, Hope se mettra à courir, elle avancera donc plus vite, mais le bruit qu’elle fera attirera l’attention de vos ennemis. Soyez donc vigilant. Il est regrettable toutefois que les touches ne soient pas paramétrables et que la configuration se base sur le clavier anglais. La vue Omni semble stopper le temps et mettre en pause l’environnement. A la manière d’un jeu tactique, le joueur peut planifier ce qu’il prévoit pour Hope. Il faut donc jongler entre les différentes vues d’une même salle, surveiller les Prizak et trouver le bon timing avec Hope. Le jeu reproduit les sauts d’images et l’imperfection des caméras, ce qui ne fait qu’augmenter le capital immersion ! Au commencement, votre capacité d’action sur le système sera limitée. Vous ne pourrez qu’observer par le biais des caméras. En progressant dans le jeu, vous pourrez acheter des compétences permettant d’interagir avec l’environnement (récolte de données, diversions, géolocalisation). Le téléphone n’aura jamais été aussi vital dans République Remastered, il marque le lien qui vous unit à Hope et Cooper. Mais plus encore, il est votre outil. La batterie en haut à droite n’aura de cesse de baisser à mesure que vous utilisez vos compétences de hacker. Il est donc impératif de la recharger à l’aide de batteries portatives ou dans les cellules de détention.

      Icône Jaune ! oh vue Omni ! J'l'avais pas vue !
      Icône Jaune ! oh vue Omni ! J’l’avais pas vue !

      Le but du jeu étant d’être le plus discret possible. Hope pourra se cacher derrière de nombreux éléments du décor, comme les plantes, les statues, les casiers… L’utilisation de la force est toujours envisageable dans République Remastered. Et pour ce faire, vous pourrez compter sur les « bombes au poivre », les tazers et même des mines pour endormir vos ennemis. Mais autant vous le dire, ces armes ne font pas légion. Certains Prizak sont équipés de casque ou d’armure voire des deux. Dans quel cas, vous ne pourrez pas les neutraliser sans la bonne arme. Il faut surtout avoir l’automatisme de s’en équiper, si vous êtes poursuivi. Et dans la précipitation ou dans une tentative avortée de vol discret, il est courant d’oublier. Hope peut d’ailleurs à la manière des plus grands pickpockets, récupérer doucement le contenu d’une besace attachée à la ceinture d’un Prizak (et quel contenu : des disquettes de jeux, des tournevis…). Le tournevis est un bon moyen d’enlever des grilles d’évacuation et de découvrir des accès cachés. Si Hope est capturée, elle est automatiquement conduite dans la cellule de détention la plus proche. Rien de pénalisant me direz-vous ? Erreur ! Non seulement il vous faudra traverser de nouveau des salles épineuses que vous aviez déjà franchies mais en plus l’intégralité de votre matériel aura été saisi. Il faudra retrouver le bon Prizak pour lui subtiliser. Ce « point&click » d’infiltration fait aussi de son gameplay, sa narration. En effet la vue omni, est l’unique moyen d’obtenir des informations sur certaines affiches, sur des objets et même sur les passeports des Prizak. Et c’est en piratant des e-mails, des conversations téléphoniques ou en récoltant des cassettes que l’on découvre peu à peu l’histoire. L’identité de chaque Prizak amène une dimension humaine et ludique puisqu’il est possible de connaitre l’état de santé de chacun. On notera sur ce point que tous les gardes n’ont pas l’air très sain !

      Il ne faut pas se fier au prénom, le personnage est charismatique !
      Il ne faut pas se fier au prénom, le personnage est charismatique !

      1, 2, 3 nous attendons là !

      République Remastered suit la mouvance actuelle et se concentre sur un format épisodique. Sur cinq épisodes, trois sont actuellement disponibles : Episode 1 : « Exordium », Episode 2 : « Metamorphosis » et Episode 3: « Ones and Zeroes ». Il faut compter 3 à 4h de jeu par épisode, soit un total de 15 à 20h de jeu, lorsque tous les épisodes seront sortis. Il n’a pas été possible d’ouvrir toutes les salles de chaque épisode, car République Remastered est de type « Metroidvania », les portes nécessitent que le logiciel Omni soit à jour, elles affichent le niveau de la mise à jour de 1 à 5. Certaines portes requièrent un code spécifique, d’être en possession d’une carte magnétique ou de posséder une empreinte digitale. L’exploration est une des composantes du jeu : fouiller les casiers, et observer les lieux avec soin est utile à un double niveau : celui de la survie et de l’histoire. République Remastered propose aussi de collectionner les disquettes de jeu vidéo et les livres proscrits, ils sont accessibles dans l’inventaire : les unes sont commentées avec légèreté par Cooper tandis que les autres sont décriés par le Directeur pour leurs ignominies. Tous ces ouvrages écrits ou vidéo-ludiques sont réels, ils existent bien dans notre monde. Les récupérer s’avère être amusant, République Remastered rend la culture intéressante et captivante. Le jeu a plus d’une corde à son arc, il propose des phases d’énigmes et de réflexion de différents genres : déverrouillage de portes grâce aux tableaux et statues, création d’objet avec l’imprimante 3D, piratage de compte, réalisation d’un journal calomnieux… Chaque épisode se conclut d’une façon haletante, maniant habilement l’art du Cliffhanger. La fin de l’épisode 3 atteint d’ailleurs des sommets scénaristiques, les retournements de situation sont imprévisibles. Comme Hope, le joueur subit le poids de ses actions, totalement abasourdi par les conséquences. Reste l’éternelle question de la sortie des derniers épisodes. S’il est de bon ton de faire durer le plaisir en maintenant l’attente du joueur, il deviendrait vite agaçant et dommageable pour l’immersion que cela dure plusieurs mois. Surtout si les deux derniers épisodes venaient à être décevants.

      Capable de vous faire vivre une expérience troublante et dépaysante, sur fond de censure, d’État tout puissant et de technologie abusive, République Remastered est sans conteste la bonne surprise de fin février 2015.

      Camouflaj rend hommage à la concurrence
      Camouflaj rend hommage à la concurrence

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