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      Rise of the Tomb Raider : entre nature sauvage et Légende (Test)

      Longue fut l’attente pour les adeptes de la célèbre anglaise Lara Croft, adeptes dont je fais moi-même partie. Le reboot Tomb Raider (2013) avait relancé la saga sur de nouvelles bases, mais ce n’était pas pour plaire à toute la communauté. Certes, l’opus fut acclamé par la critique et encensé par les nouveaux joueurs (à comprendre ceux qui n’avaient jamais touché un Tomb Raider de leur vie) mais il était loin de faire l’unanimité chez les joueurs de la première heure. Ayant grandi avec tous les Tomb Raider, j’ai eu beaucoup de mal à me retrouver dans ce reboot. La raison ? Un trop fort éloignement de ce qui faisait l’essence même de la saga : énigmes, plateforme, exploration des niveaux, une trame mythologique au centre… Sorti le 13 novembre exclusivement sur les Xbox (360 / One), Rise of The Tomb Raider promettait par l’intermédiaire de Crystal Dynamics de revenir « à l’essence même de la licence ». Qu’en est-il vraiment ? Est-ce un pari réussi pour le studio américain ?

      Rise of the Tomb Raider Panorama
      Le cycle Jour / nuit amènera des nuances incroyables !

      Sur les traces du Prophète !

      Rise of the Tomb Raider est une suite directe du reboot. Les éléments prennent place après les terribles épreuves du royaume de Yamatai, de la Reine Solaire et des effroyables Solarii. C’est une Lara déterminée à percer les secrets de l’immortalité qui se lance à la recherche de la cité perdue de Kitej et de son Prophète. Mais un bon Tomb Raider n’en serait pas sans une organisation ou une personnalité rivale. C’est pourquoi, en voulant éclairer son savoir et prouver que les artefacts de légende existent, notre belle Lara va se mesurer aux Trinitaires, organisation occulte qui pourrait bien vouloir imposer sa vision au monde. Il y a comme une douce odeur parfumée de contes et légendes qui flotte dans ce Rise of the Tomb Raider. Et l’histoire est teintée à la façon d’un Tomb Raider Legend / Underworld d’un aspect intime très prenant. C’est en effet l’occasion pour Lara de chasser ses vieux démons et de poursuivre les recherches de son feu père. Entre révélations, retournements de situation et cliffhanger (prenez soin d’attendre la fin du générique), ce Tomb Raider sait nous tenir en haleine et rendre à l’histoire sa place dominante. Il a toujours été question d’artefacts mythologiques, de réutilisations de différentes légendes à travers le monde et d’ennemis remarquables dans tous les Tomb Raider. Et en ce sens déjà, on peut noter une réelle évolution, l’histoire du Reboot étant principalement axée sur la survie de Lara reléguant pleinement la trame de la reine Solaire, qui avouons-le n’était qu’un prétexte. Pourtant certains annoncent que le jeu n’est qu’une version 2.0 du reboot, mais est-ce vraiment le cas ?

      Suivez les Saints (non, pas les deux qui se tiennent au-dessus)
      Suivez les Saints (non, pas les deux qui se tiennent au-dessus)

      Tomb Raider 2.0 ?

      Les mécanismes de gameplay sont similaires à ceux de Reboot : les feux de camp permettront toujours de sauvegarder, d’améliorer ses compétences / armes et de se déplacer rapidement d’un point à un autre. La chasse est de nouveau au rendez-vous mais avec un plus large panel d’animaux à chasser que cela soit en terme de volatiles (poules, corbeaux, oiseaux colorés) ou de mammifères (cerfs, biches, lynx, loups, léopards, ours, écureuils, sangliers, lapins). Et de ce point de vue, la faune s’anime, elle prend vie avec force et puissance, sublimée par des graphismes très convaincants et d’une finesse impressionnante. C’est tout un écosystème qui se met en mouvement, et il est criant de réalisme, contrairement au Reboot, les détails sont soignés, les animations et habitudes des animaux sont reproduites selon la réalité. Ainsi les loups ne vous attaqueront pas systématiquement, là où dans l’opus de 2013, ils semblaient toujours affamés au point de vous guetter vous et seulement vous pour leur repas (les ennemis eux ne semblaient pas franchement être des proies intéressantes). Les prédateurs réagiront si vous entrez sur leur territoire ou si vous les agressez. Plus encore, ils se comportent avec une certaine logique, les animaux en meute comme les loups feront des charges avec des temps morts pour mieux attaquer, là où l’ours, viendra vous donner des claques et se mettre sur ses deux pattes arrière pour intimider et manifester son mécontentement. Et s’il est une créature dans tout le jeu qui est redoutable, c’est d’ailleurs bien l’Ours, même avec un fusil à pompe, il est tenace. La première confrontation est assez marquante, l’élevant au statut de guest star (Bernard ???) ! Les animaux de proie comme les cerfs, les lapins ou les sangliers vont fuir à votre approche et s’échapper s’ils ne sont pas mortellement blessés. A vous donc d’être le plus discret possible ou le plus… efficace pour ne pas louper le coche.

      Bernard ne risque pas de couvrir Lara de cadeaux pour Noël !

      D’ailleurs, dans Rise of the Tomb Raider, chasser est surtout un moyen de récolter des matériaux comme des peaux et des bois, très utiles pour le craft. Comme dans le Reboot, le joueur retrouvera le système d’évolution des armes avec : le fusil d’assaut, le pistolet, le fusil à pompe, le pistolet et l’arc. Les trois arbres de compétence sont toujours présents mais gagnent en profondeur avec 17 à 21 capacités dans chaque branche au maximum contre 7 à 9 dans le reboot. Les défis sont divers et demandent souvent du bon sens et de l’observation (couper des drapeaux soviétiques, brûler les affiches de propagande, tirer dans des cibles), une fois faits, ils donnent un maximum d’expérience. Certains défis seront plus longs que d’autres, d’autant que Lara ne possède pas toujours le matériel nécessaire pour le faire directement. Les reliques à étudier, les documents et les tombeaux sont toujours présents. Il n’est plus question de balise GPS, mais à la place des cartes pour trouver des caches de survie, des sacoches qui révèlent des caches de monnaie, des monolithes à traduire, des fresques à étudier…

      Rise of the Tomb Raider Carte reliques caches
      Il faut savoir bien faire les choses !

      Explore avec moi si tu peux !

      Les différences avec le reboot paraissent, au premier abord, minimes. Et pourtant… Tout dans cet opus est orienté vers l’exploration. Le Reboot souffrait de ne mettre que la survie en avant. Les tombeaux se comptent désormais au nombre de 9 (contre 7 dans le reboot) et avec cette fois, tous une identité bien marquée. Certains sont très impressionnants et demandent un peu plus de réflexion que d’autres. Dans l’ensemble, cela reste encore maigre et simpliste comparé aux anciens Tomb Raider, où il fallait sauter, courir, actionner des leviers, comprendre les mécanismes, éviter les pièges tout en respectant le timing. Faire un tombeau reste tout à fait facultatif mais outre la curiosité, le faire débloquera une compétence (force intérieure etc). Les décors nous plongent au cœur de la Sibérie avec une grosse dominante pour le froid et la neige. S’il est dommage de constater l’absence d’exotisme (uniquement disséminée avec la Syrie et la Vallée), il faut néanmoins souligner la beauté et l’animation de tous ces panoramas. Essentiellement en lieux ouverts, les différentes zones vous proposeront des animaux à chaque passage et la venue aléatoire d’ennemis en circulation. Idéal donc pour farmer et créer un renouveau à chaque aller et retour. Le matériel se régénère et permet donc d’inépuisables ressources pour fabriquer tout ce dont vous avez besoin. Il n’est plus question que d’écrous, mais aussi de métaux, d’essence, de plantes, de bois, de peaux… de quoi rendre crédibles toutes les fabrications maison. Ce n’est pas un simple craft pour survivre, non, c’est un craft pour améliorer les longues sessions d’exploration de notre belle Lara. Cela permet de varier les plaisirs et aussi de pouvoir se créer des tenues !

      Rise of the Tomb Raider fusil à pompe
      Moderne, tout équipé et terriblement efficace !

      La flèche empoisonnée vient d’ailleurs s’ajouter aux nouveautés, ainsi que la possibilité de créer des flèches et munitions spéciales en plein combat ou de se soigner. Ces compétences sont d’ailleurs actionnées par les gâchettes LB – RB, ce qui est légèrement perturbant quand on passe du Reboot à Rise of the Tomb Raider, parce que l’instinct de survie se situe à l’emplacement LB et que sur Rise of the Tomb Raider, il est à présent sur le Stick droit. Mais tout devient très intuitif et cohérent, on se prend à refaire des flèches enflammées pendant un combat ou à préparer une cartouche qui amplifie les dégâts. Qui plus est, les éléments du décor sont encore plus efficaces en combat. Lara pourra compter sur son ingéniosité pour créer des cocktails Molotov à partir de bouteilles, des pièges avec les corps de ses ennemis, des explosifs avec les boîtes de conserve ou encore des leurres avec les radios ennemies. Les combats ne sont pas une finalité, ils restent facultatifs si vous utilisez les éliminations furtives (les bosquets rendant l’utilisation du piolet abusive de mon point de vue) et viennent ponctuer ici et là des moments clefs du scénario, notamment en fin de chapitre avec des vagues successives d’ennemis à décimer. Mention spéciale aux hommes avec un bouclier (contrairement à Batman, Lara ne pourra pas sauter au-dessus pour les prendre à revers alors il faudra bien souvent les pousser à la faute pour les prendre par surprise, au risque de se prendre un petit coup de bouclier au passage) et aux hommes lance-flamme qui ont perturbé ma jeunesse dans Tomb Raider 2 avec le fameux niveau du « Pont ». Ces adeptes de la chaleur introduiront de façon magnifique le fusil à pompe pour un combat tout en finesse !

      Une élimination furtive parfaite !
      Une élimination furtive parfaite !

      L’exploration est le nerf de la guerre, avec elle, c’est tout un monde caché qui attend qu’on le découvre. Il m’aura fallu pas moins de 35h pour venir à bout du 100% dans le jeu, une durée de vie plus qu’honorable, surtout qu’on se prend à fouiller chaque recoin, chaque grotte et relief. Durée de vie que l’on peut prolonger librement à la fin du jeu et plus encore avec le mode Expéditions. Sorte de mode rempli de défis avec un niveau et un deck de cartes bonus / malus qui est à choisir. Adieu le multi, en avant les défis et les points à comparer entre amis !

      Rise of the Tomb Raider Expéditions
      Lara a une grosse tête, tirer sur des poules avec des flèches Arc-en-ciel… Bienvenue dans la troisième dimension !

      C’est un retour à la trame mythologique forte avec un élément novateur, celui de l’apprentissage des langues. Elles se comptent au nombre de 3 : le grec, le mongole et le russe. A mesure que vous fouillez, que vous débusquez des fresques et des documents, Lara sera capable de déchiffrer des monolithes. Ceux-ci pourraient bien vous donner un avantage dans la recherche perpétuelle de monnaie. Certains trouveront l’ajout gadget, il est à mon sens porteur de bonnes intentions, car cela permet au contraire de donner une immersion plus prenante et de rendre crédible le cheminement intellectuel vers la quête d’immortalité. C’est apprendre pour comprendre, quoi de plus logique pour une archéologue ? Les caches de survie et de monnaie viennent renflouer votre stock de matériaux pour le craft et tout autant vos pièces, la monnaie d’échange dans le jeu. Cette monnaie byzantine permet à Lara d’acheter des améliorations d’équipement dans « la cabane à provision », un plus non négligeable. Les sacoches introduisent les cryptes, et là où une crypte est, une pièce d’arme pourrait bien vous attendre telle une relique d’un temps oublié. Les missions annexes sont données par des « villageois », elles sont l’occasion d’effectuer des tâches variées : libérer des prisonniers, récupérer un pigeon voyageur et même mettre des poules dans leur enclos avec la fameuse « chasse à la poule ». Ces missions s’inscrivent toutes dans une logique scénaristique, elles ne sont pas là pour combler le temps en jeu mais bel et bien pour assoir la confiance des villageois vis-à-vis de Lara et donc assoir un peu plus l’histoire. Certaines phases du gameplay s’orientent bien plus sur la plateforme, même si ces moments sont assez rares, ils méritent d’être soulignés. Et comme un chevalier galant part à la conquête de sa promise, Crystal Dynamics rend hommage aux anciens Tomb Raider avec le niveau du Planétarium, qui est un petit clin d’œil à Tomb Raider 4, mais qui se veut surtout être une bonne petite dose de plateforme avec des sauts à faire judicieusement sur une structure en mouvement. Notons aussi le retour en force des phases sous-marines (pour mon plus gros malheur, même s’il n’y a pas encore pour le moment de requins ou crocodiles pour rendre la situation anxiogène) et des phases du type « runner » qui sont assez récurrentes dans les anciens Tomb Raider.

      Rise of the Tomb Raider Planétarium
      Il faut rebondir sur la terre pour mieux la comprendre !

      C’est une exploration utilitaire, trop souvent négligée par le reboot, avec un craft qui est prédominant. L’intérêt de chercher / fouiller prend tout son sens. Celui qui ne veut pas partir à la découverte n’est pas forcé de le faire, mais il passera à côté de bien des documents et des trésors. Mais celui qui a l’âme d’un aventurier se sentira comme chez lui, il aura à cœur de récolter pour améliorer ses armes (à noter que visuellement, le système d’amélioration est moins brouillon que dans le reboot), il aura envie de découvrir de nouveaux documents, de nouvelles fresques, d’avoir un meilleur niveau de langue … Rise of the Tomb Raider propose des espaces semi-ouverts où tout est matière à observer, où l’oreille se repait d’une bande-son sublime. C’est une ode à l’inconnu et au savoir.

      Rise of the Tomb Raider Langues
      Être attentive, observatrice et particulièrement curieuse !

      Explorer c’est aussi une introspection, se connaitre soi-même et découvrir les autres. Avec Rise of the Tomb Raider, on retrouve des personnages secondaires à la personnalité marquée et au charisme puissant. Soyons clairs, dans le reboot, les amis de Lara ne sont là que pour faire beau et sont totalement oubliables. Je serais incapable après deux ans de ressortir leurs prénoms, prénoms que j’avais oubliés en deux mois (alors je suis capable de ressortir un personnage pour chaque ancien épisode). Là où les actes des Solarii étaient un peu trop tranchés à mon gout, ceux des Trinitaires sont beaucoup réfléchis et intéressants. Cela repose sur un binôme complexe,  qui a des motivations bien plus « humaines » qu’ambitieuses. Il n’y a pas de manichéisme, ce ne sont que des individus blessés et tiraillés, motivés par des opportunités et du pragmatisme. Les relations de Lara avec son entourage sont tout aussi délicieuses, la scène de la trahison reste un événement majeur dans le scénario parce qu’elle prend un aspect dramatique et totalement inattendu qui est dans la veine des anciens Tomb Raider (Tomb Raider 4 notamment avec la rivalité avec Von Croy et la fin que l’on connait bien). Mais plus encore, ce sont des personnages comme Jacob et Sofia qui sont empreint de mystères et suscitent par leur aspect et leur psychologie la curiosité du joueur et celle de Lara.

      Sofia, une rousse qui a du cran (ne faites pas attention au chauve anonyme)
      Sofia, une rousse qui a du cran (ne faites pas attention au chauve anonyme)

      S’ajoute à cela le cheminement intérieur de Lara. Les nouveaux joueurs regretteront « l’absence de fragilité de Lara » mais les autres, comme moi, se réjouiront de se focaliser sur le plus important, la montée en puissance de Lara et surtout un retour à ce qui faisait son caractère. Et quel caractère l’ancienne Lara avait : provocante, ironique, moqueuse… Je déplore toujours l’absence de Françoise Cadol dans le doublage français parce qu’elle donnait corps au personnage et fait partie de ces voix immuables qui perdurent. Lara évolue, si quelques doutes jalonnent encore son esprit, la détermination et la soif de savoir sont plus tenaces. En parallèle de la quête d’immortalité, l’humanité de Lara et par conséquent sa « moralité » sont soulignés par les effets sur son physique : les multiples griffures, contusions et salissures. Acclamons d’ailleurs la justesse des graphismes et le sens du détail. Pour avoir relancé le Reboot il y a peu, entre la 360 et la One, l’écart se creuse !

      Rise of the Tomb Raider Lara
      Une Lara de toute beauté !

      Rise of the Tomb Raider n’est sans doute pas le jeu qui révolutionnera les TPS, ni celui qui transformera à jamais la franchise. Mais il continue de surprendre et il sait à l’inverse de son prédécesseur nous émerveiller, nous dépayser. Ceux qui comme moi avaient perdu foi en Crystal Dynamics et qui ne se retrouvaient pas dans un Reboot totalement axé sur la survie, se sentiront moins exclus et beaucoup plus en phase avec une réorientation de la licence vers ses bases. Bien sûr, il reste fort à faire pour atteindre les fantasmes des plus amoureux et assidus de la saga. Mais comment ne pas noter les efforts et les modifications subtiles mais bien présentes amenées au Reboot ? Comment ne pas reconnaitre la bonne volonté de Crystal Dynamics et espérer de nouvelles aventures encore plus perfectionnées ? Ce n’est pas un simple Tomb Raider 2.0 c’est un gage de fidélité et un début de retour aux sources, une jolie braise qui ne demande qu’à devenir le brasier de légende.

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