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      Quantum Break : le temps qui court – Test (Xbox One)

      Attendu depuis l’E3 dernier et la Gamescom 2015 où il s’était illustré, Quantum Break est synonyme de nouvelle licence Xbox et de renouveau pour Remedy.

      Ce jeu d’action / aventure, porté par un casting hollywoodien, faisait le choix d’un crossmedia appuyé et d’une intrigue portée sur la temporalité. Sorti le 5 avril sur PC et Xbox One, Quantum Break n’en finit pas de déchainer les passions. Quantum Break s’est-il perdu dans ses propres ambitions ou a-t-il réussi à tirer son épingle du jeu ? On fait le point avec vous avec ce test (réalisé sur Xbox One).

      Retour vers le futur

      Jack Joyce, son frère William, et leur meilleur ami Paul Serene, vont provoquer une « fracture temporelle » suite à une expérimentation ratée à l’université de Riverport. Après l’incident, Jack et Paul développent des pouvoirs liés au temps. Temps, par ailleurs, qui n’aura de cesse de se détraquer jusqu’à devenir une menace pour l’humanité. Sur fond de rivalité amicale, de course contre la montre et de confrontations entre passé et présent, Quantum Break nous fait vivre une expérience intense. Au premier abord, le scénario est classique, la question de la temporalité et de ses voyages ayant été abordée maintes fois au cinéma et dans les jeux vidéo (Prince of Persia : Les Sables du temps pour ne citer que lui). Le pari était osé puisque d’autres se sont déjà cassés les dents sur le sujet. Quantum Break s’en sort pas mal, même plutôt bien. Il est assez amusant de lire ici et là dans la presse spécialisée « scénario attendu » et se rendre compte que les critiques sont passés à côté du propos. A dire vrai, Quantum Break regorge de rebondissements, qui sont pour la plupart, imprévisibles. En écoutant, observant et lisant les collectibles, on constate que l’univers du jeu repose sur un ensemble de théories quantiques existantes (le chat de Schrödinger, les chronons de Yang…). Ces théories ont obligé Remedy à concevoir un monde crédible pour une science-fiction réalisable. Le travail réalisé sur les dates et la cohérence interne est tout simplement magistral. Quantum Break se déroule en 2016 et prend en compte des événements réels que l’humanité a connus. A la fin du jeu, tout s’imbrique et s’explique car Quantum Break est un peu l’Interstellar des Jeux vidéo : passé, présent et futur s’imbriquent pour une boucle parfaite. Même après trois parties et plusieurs niveaux terminés une dizaine de fois, je ne cesse de découvrir de nouvelles informations qui affinent l’histoire. Il convient en jouant à Quantum Break de ne pas s’attendre à un Alan Wake 2. Alan Wake est à la littérature et au fantastique, ce que Quantum Break est à la science-fiction et au cinéma. Un rapprochement qui s’explique davantage avec le choix risqué du crossmedia.

      Quantum Break Se tient
      Tout se tient ! Sauf cet homme !

      Quand le fond épouse la forme

      Remedy voulait faire un beau jeu. Si on passe sur le filtre granuleux, quelques animations surprenantes et un peu d’aliasing en second plan (souvent pour de petits éléments comme des étiquettes sur un produit), les graphismes sont convaincants. Les effets de lumière, de particules du temps et les visages (grâce à la motion capture) sont particulièrement réussis (dommage que cela soit du 720p au lieu du 1080p annoncé). Un grand coup de chapeau pour les décors qui subissent les effets du temps. Certains éléments s’animent en boucle repartant à leur point d’origine pour vivre et revivre l’inéluctable : des voitures explosent, des portes s’ouvrent et se referment, des échafaudages tombent pour mieux repartir. A cela, s’ajoutent des éléments immobilisés par le temps qui en deviennent artistiques. Remedy est parvenu à donner aux effets de lumière et particules une dimension poétique. Le fond n’est pas distinct de la forme. Quantum Break offre un gameplay axé sur les pouvoirs : vision temporelle, arrêt temporel, esquive temporelle, bouclier temporel, déflagration temporelle et accélération temporelle. Dans les faits, rien de spécialement innovant. Notons néanmoins le soin apporté au visuel des pouvoirs et le fait que le temps de recharge varie selon la nature de chaque pouvoir. En récupérant des chronons cachés (60 quand même), ici et là dans les niveaux, il est possible d’améliorer plusieurs fois les pouvoirs.

      Quantum Break Arme
      Jack est pressé, les emmerdeurs sont priés de se pousser !

      Beaucoup de joueurs qui comparent Quantum Break à Alan Wake en jugeant le dernier de Remedy comme faible, oublient très largement que le gameplay d’Alan Wake était minimaliste : une touche pour éclairer, une touche pour tirer. Quantum Break offre en plus des pouvoirs la possibilité d’utiliser des armes à feu et d’en changer : pistolet, mitraillette, carabine… D’autre part, certains éléments du décor sont destructibles et offrent de jolis effets visuels : les voitures, les bidons, les extincteurs, les barils. En tapant dans un baril à chronons avec l’explosion temporelle, le joueur neutralise les ennemis autour. Celui qui trouve donc la « super vitesse » trop facile n’est donc pas dans l’obligation de l’utiliser puisqu’il peut jongler avec les armes. Il va de soi que les combats, même en difficile, sont largement abordables. D’ailleurs, il m’est plus souvent arrivé de mourir à cause du décor et ses fluctuations qu’à cause des adversaires. Certaines phases du jeu vous font remonter la chronologie des objets de quelques secondes pour pouvoir passer, c’est ce qu’on appelle « les amorces temporelles ».  En usant par exemple de l’amorce sur une plateforme à terre, Jack pourra monter d’un étage. De la même façon, certaines scénettes seront disponibles si vous faites attention aux empreintes du temps avec la vision. Comme un souvenir physique, les remous du temps permettent de matérialiser la présence humaine. L’idée est plutôt bien pensée ! Il est clair que le gros intérêt de Quantum Break ne réside pas dans son gameplay mais bien dans l’expérience narrative qu’il propose. Petit bémol pour le système de couverture automatique, on aurait préféré que cela soit manuel et que le joueur décide de lui-même. Mais cela ne vous empêchera pas de prendre du plaisir en jouant, surtout avec la bande-son électro bien dosée et les chansons de groupe de rock qui reviennent en boucle !

      Quantum Break pouvoir
      Il est temps de prendre de la vitesse !

      De la fiction à la réalité

      Remedy excelle dans la narration, elle est un moyen de puiser dans des disciplines artistiques différentes. L’histoire de Quantum Break est divisée en cinq actes. A la fin des quatre premiers, il y a un niveau « jonction », là où il vous faudra choisir. Ces niveaux particuliers permettent de varier les points de vue puisque ce n’est pas Jack que le joueur contrôle. Plus encore, la jonction impacte sur la série et sur certaines scènes dans le jeu. On pourrait reprocher au jeu de ne pas proposer une fin radicalement autre selon les choix réalisés. Certes, cela n’impacte que peu sur le duo Jack / Paul mais la remarque ne vaut pas pour les personnages secondaires. Selon vos décisions, les personnages qui sont amenés à mourir ne seront pas les mêmes, la place de Jack dans les médias et les collectibles débloqués non plus. Il est très intéressant d’observer les changements surtout qu’ils ne se limitent pas qu’à la série. Selon votre choix, Jack ne se délivrera pas de la même façon (une possibilité étant montrée dans la série, alors que l’autre l’est en jeu). De même, si vous déclenchez ou non les échos quantiques, certains « détails » seront amenés à changer dans la série. Le pari du crossmedia est réussi : la série met en avant la psychologie des personnages et les individus plus secondaires.

      Quantum Break monarch team
      Décidément ils sont partout !

      Cette narration donne une dimension plus intime avec une confrontation des points de vue. Martin, Sofia, Liam, Charlie, Fiona  sont autant de destins et de façons de penser qui se croisent et s’entrecroisent. Le jeu met plus l’accent sur Beth, Paul, Jack, William (et dans une moindre mesure Nick et Amy) là où la série établit des connexions avec les personnages secondaires. Les épisodes de 22 minutes à la fin de chaque acte sont un savant équilibre entre action et dialogues. Il est appréciable de noter le souci du détail tant dans les costumes de Monarch que les objets comme le roman d’un écrivain bien connu des joueurs qui font la jonction entre série et jeu. La série est crédible : le jeu des acteurs porté par des acteurs connus (séries/cinéma) comme Aidan Gillen, Shawn Ashmore, Lance Reddick, Patrick Heusinger, Dominic Monaghan et Marshall Allman, les doubleurs sont connus et expérimentés (Thierry Wermuth, Vincent Ropion, Thierry Desroses), le montage et les plans sont maitrisés. Le temps de chargement est la seule vraie ombre au tableau. Que cela soit entre chaque acte, en passant les cinématiques ou après chaque mort. Il aurait été bien appréciable qu’on ne soit pas obligé d’attendre de la sorte. Quantum Break se veut porteur d’une narration évolutive via vos choix mais aussi via les collectibles.

      Quantum Break Martin Hatch
      Lance Reddick modélisé au détail près

      Ceux qui ne sont pas adeptes des codex, des écrits à farfouiller et plus généralement de la lecture, n’apprécieront pas. Pour les autres, quelle diversité ! 61 documents, 45 ordinateurs, 23 médias, 8 échos quantiques, 9 renseignements ! Et parmi eux, il est autant question de mails à lire, de procédures à décrypter, de cassettes à visionner, de la radio à écouter, de fresques à observer. En complément, le joueur débloque des entrées de journal audio pour Paul, Jack, Beth et William qui viennent compléter les phases de jeu et la série. Tout apporte de la profondeur à l’histoire et donne des éléments de réponse. Le quatrième et cinquième actes sont les plus denses et ceux qui lèvent le plus de voile. Plus encore, celui qui ne tient pas compte des collectibles peut passer à côté d’une partie de l’histoire et ne pas comprendre la fin pourtant énorme et conclure par un « la fin est nulle ». C’est d’ailleurs une fin qui laisse présager un Quantum Break 2 ! Les collectibles varient en fonction de vos choix dans chaque jonction. Nécessairement, cela change ce que vos alliés peuvent découvrir et ce que vos adversaires peuvent propager. D’une certaine manière, ce sont même des changements que l’on observe dans le jeu. L’exemple le plus saisissant étant la scène sur le pont de port Donnelly. Et la densité de Quantum Break peut s’apprécier de bien des façons. Pour celui qui voudrait simplement tracer, le jeu sera plié en une dizaine d’heures. Pour ceux qui comme moi, aiment retourner un jeu dans tous les sens pour en connaitre toute la complexité, comptez une bonne trentaine d’heures. Quelle que soit la façon dont vous aborder le jeu, Quantum Break reste une expérience unique, où la science-fiction embrasse la réalité de façon poétique, métaphysique et jouissive.

      Quantum Break Martin lol
      Ce test a bien plu à Martin. Et vous ?

      Quantum Break est un régal pour l’esprit et pour les yeux. S’il n’est pas parfait et pêche à cause de ses chargements, il n’en reste pas moins agréablement fluide. Il aurait été intéressant de pousser davantage les possibilités des jonctions, mais avouons-le, le jeu est suffisamment riche et courageux par les risques qu’il prend (crossmedia, trame sur la temporalité, narration forte) qu’on ne peut que lui pardonner sa retenue. Avec son gameplay classique qui fonctionne bien, sa narration aux multiples points de vue, ses jonctions évolutives et la qualité de ses effets temporels, Quantum Break prend aux tripes !

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