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      Kholat : une randonnée glaçante !

      Les polonais ont le vent en poupe dans le monde du jeu vidéo. Si tous les joueurs ont à l’esprit le studio CD Projekt avec son immense The Witcher 3, la plupart des joueurs touchent à du « made in Pologne » sans vraiment le savoir. Derniers exemples en date : Hatred, décrié par les biens pensants et Kholat, jeu d’aventure / horreur sur PC, qui a souffert d’un manque de communication dommageable. Que vaut donc Kholat, ce jeu de IMGN.PRO, sorti en juin, au nom si étrange, aux sonorités rocailleuses et peu engageantes ?

      Dyatlov, une affaire qui fait froid dans le dos

      Kholat reprend avant tout une des grandes énigmes de l’histoire humaine, le genre qui figure sans mal dans les « 30 phénomènes inexplicables » ou « les 30 énigmes insolvables » : l’affaire Dyatlov (ou du col de Dyatlov pour les puristes). Février 1959, Igor Alekseïevitch Dyatlov mène un groupe de neuf étudiants russes en expédition sur le mont Kholat. Initialement parti à 10, un membre du groupe doit renoncer pour des raisons de santé, et ne devra son salut que par cette chance. Les neuf autres vont disparaitre et être retrouvés morts par l’équipe de secours quelques semaines plus tard. S’il est fréquent pour les randonneurs de trouver la mort dans des expéditions en montagne, il ne l’est pourtant pas de découvrir une tente découpée de l’intérieur, des corps dévêtus et des blessures inexplicables. Les secours trouveront les 5 premiers corps dispersés en petit groupe, certains en sous-vêtements et sans chaussures, et il faudra plusieurs mois pour retrouver les 4 derniers. L’autopsie des 5 premiers corps ne révèle rien d’anormal, la conclusion est « mort par hypothermie ». Mais la découverte et l’examen des 4 derniers corps compliquent l’affaire. Sur 4 corps, 3 révèlent des blessures internes mortelles (crâne explosé, côtes en morceaux…) , mais pas de blessures extérieures ou signes de lutte. Le légiste précise alors que les dégâts sont ceux qu’on constate lors d’un violent accident de voiture. Problème, il n’y a que les empreintes de pas des randonneurs, pétrifiées dans la neige. De nouveau, on constate l’absence de chaussures pour certains corps, et tout porte à croire que les randonneurs pourtant aguerris se sont enfouis précipitamment du camp en pleine nuit. Pire encore, de fortes doses de radiation sont constatées sur les derniers corps. L’enquête fait polémique et les forces de l’ordre concluront d’une bien drôle de façon : le groupe est mort par « une force irrésistible inconnue ».

      Vent frais, vent du matin...
      Vent frais, vent du matin…

      Toute la trame scénaristique, le gameplay et l’essence de Kholat repose sur ce terrible drame, que personne ne parvient à expliquer. La narration prend une place prépondérante, découpée en plusieurs actes, elle est d’ailleurs sublimée par la voix de Sean Bean, comme une poésie solitaire qui se perd dans l’immensité de la montagne. Kholat est plus qu’un jeu, c’est une expérience déroutante.

      Perdu dans la montagne

      Dans Kholat vous incarnez un randonneur à la première personne, venu chercher des réponses sur cette affaire Dyatlov. Oubliez les jeux où on vous prend par la main. Kholat vous confronte à l’absence de règles, il n’y a pas vraiment de « quêtes », pas de pointeurs lumineux pour vous indiquer où aller, pas de PNJ… Kholat vous abandonne à la nature, à ce désert des neiges, où les bruits finiront par faire travailler votre imagination. C’est un peu une ode à la folie, la vue première personne renforçant indéniablement les délires de l’esprit. On se surprend à redouter quelque chose sans vraiment savoir quoi. Les graphismes sont impressionnants, la physique des éléments comme le vent, les arbres qui se secouent et certains effets lumineux, est diablement bien gérée. La neige est partout, omniprésente, balayant nos repères. Suis-je déjà passé ici ? Dois-je faire demi-tour ? Certains pourront trouver les lieux « peu variés » mais peut-on imaginer un centre commercial sur un col de Montagne dans l’Oural ? Kholat préfère miser sur le réalisme, ce qui n’empêche pas d’y apporter des passages et environnements différents. Il y a des ruines, des grottes, les vestiges de bâtiments, des étendues d’eau gelées. Ne soyons pas mauvaise langue, il y a bien une carte et une boussole pour vous diriger. Mais si vous comptiez sur les cartes des jeux contemporains, avec un indicateur pour votre position et un autre pour vous diriger vers les endroits intéressants… vous vous mettez le doigt dans l’œil. Ici, c’est une carte à l’ancienne, avec les sentiers « répertoriés » ce qui sous-entend que toutes les routes ne mèneront pas à Rome ou à Kholat dans notre cas. Qui plus est, il faut savoir se repérer dans l’espace, et manier la boussole comme un Castor des Scouts. Il y a des gens comme moi qui font fructifier le marché des GPS, parce qu’ils ne sont pas doués pour manier la boussole. Alors imaginez un peu le résultat quand vous êtes en plus, en stress dans la neige. Au passage, il est possible de zoomer sur la carte et d’y avoir les coordonnées détaillés (N-E). Les neuf positions que vous devez atteindre pour démystifier cette affaire Dyatlov sont indiquées par des coordonnées à gauche de votre carte. Pour le reste, il vous faudra vous armer de courage, de patience et être très observateur. Ce n’est pas un jeu qui est fait pour les amoureux d’horreur gore, pas plus que ceux qui sont impatients et aiment qu’on leur mâche le travail. Il est évident que l’ennui peut se faire ressentir vite pour certains, surtout si vous vous perdez en boucle et c’est sans doute à double tranchant. D’autant que le gameplay repose essentiellement sur les déplacements (marcher / courir), l’utilisation de la carte, de la lampe-torche et du bon sens. Kholat ne vous cantonne pas à un passage, une voie, il y en a de nombreuses que vous découvrirez par vos propres moyens. C’est un jeu d’aventure qui table avant tout sur l’exploration, l’art de se dépasser pour découvrir. Ainsi, vous parviendrez peut-être à mettre la main sur des articles, des rapports et des notes dont le seul indice qui vous mènera à eux, est sonore. Tendez l’oreille, un bruit de papier qui prend le vent se fera entendre, plus vous brulez plus vous l’entendrez et plus vous vous en éloignez, moins le son se fera marquer. La durée du jeu oscillera ainsi entre les 7h et les 15h selon votre envie et votre détermination à explorer chaque recoin de Kholat. Une fourchette honorable pour un jeu qui est facturé 17,99 et qui est particulièrement soigné.

      A la dure, sans lumière !
      A la dure, sans lumière !

      Fais-moi peur !

      La direction artistique a fait un travail titanesque car tout suinte la peur dans Kholat. Si comme moi, vous êtes plus sensible à la peur que l’on distille qu’au gore, alors ce jeu s’avérera compliqué à achever sans avoir pris la dose de calmants ou sans avoir de « copilote » pour diriger votre personnage. La lune éclaire de sa face blafarde les versants du col, les chemins de plaine, elle insuffle et renforce l’atmosphère menaçante, angoissante. Le décor ne vous encouragera pas plus ! Les rochers en forme de crâne, les silhouettes des arbres décharnés ou même les mystérieux flambeaux allumés ne risquent pas de vous faire prendre confiance. La bande-son travaillée sera tout autant utilisée pour vous faire perdre pied, entre les bruits environnementaux comme le vent et les variations sonores, les musiques d’une tristesse morbide au piano, aux violons pleurants, aux musiques stressantes, teintées d’une dimension chamanique ou rituelle… Il y en aura pour tous les goûts et toutes les peurs ! Kholat ne serait pas Kholat sans ses aspects « paranormaux ». Bienvenue dans le monde de l’étrange, celui qui vous fera sursauter quand vous vous y attendrez le moins et vous prendra toujours à revers. C’est là que Kholat excelle, parce que vous ne saurez jamais si c’est le fruit de la solitude de votre personnage, d’un début d’hypothermie ou la réalité. Ces visions sont-elles réelles ? Même la mort que vous pourriez obtenir pourrait tout aussi bien être une hallucination. Ceci étant, vrai ou faux, il va bien falloir être aux aguets, parce que la principale menace ne vous laissera pas le droit à l’erreur. Votre personnage peut sprinter, mais il est limité dans le temps. Si vous courrez trop, il s’épuisera et verra flou. Un choix que vous pourriez regretter amèrement. Tout comme je vous conseillerais d’utiliser votre lampe-torche avec parcimonie ! Dans Kholat, vous ne disposez pas d’arme, et on pourrait se demander pourquoi un randonneur en prendrait de toute façon. Vous êtes sur un col inhabité, abandonné et dans des conditions météorologiques extrêmes, peu de risques donc de se faire attaquer par un animal ou une tribu autochtone. En cas de danger, il vous faudra donc courir ou contourner la menace par un autre chemin. Mais autant vous le dire, l’IA n’est pas celle d’un jeu moyen, si vous pensez qu’en voyant passer la Menace (que je nomme ainsi pour éviter les spoilers) vous pourrez vous cacher sans qu’elle ne vous voit… laissez-moi vous dire que vous êtes bon pour une mort surprise. Il m’est arrivé d’entrer dans une grotte et voir à quelques mètres la menace déambuler, il m’a semblé bon de rester à distance et attendre qu’elle soit partie. Elle est arrivée par derrière, par le chemin que j’avais emprunté jusqu’à la grotte, sans que je ne la perçoive et que je ne soupçonne sa stratégie. La mort fut rude et les éclats de peur encore plus. Rares sont les jeux contemporains à m’avoir fait aussi peur ! Une fois que vous avez fait votre première rencontre avec la menace, vous serez à longueur d’alerte sur le qui-vive ! Difficile qui plus est de se sentir en sécurité dans un monde ouvert, où le danger peut survenir de partout. Il faut savoir avancer, courir, se retourner et être rapide, le tout sans en perdre votre latin et vos repères ! L’exploration devient alors très utile lorsqu’elle vous permet de débloquer de nouveaux campements, vos points de départ après chaque mort, ou chaque nouvelle expédition. D’ailleurs pas besoin d’agression pour mourir, si vous ne faites pas attention où vous mettez les pieds, la fin n’en sera que plus rapide.

      Loup y es-tu ?
      Loup y es-tu ?

      Kholat démontre avec brio que l’on peut faire un bon jeu d’aventure / horreur avec un budget restreint. Sans prétention et avec une vision du jeu qui est la sienne, Kholat vous propose une immersion dépaysante et une expérience inédite dans l’Oural. Sans être le jeu de l’année, il n’en reste pas moins qu’il vous donnera une bonne dose de frisson et de fil à retordre.

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