The Far East Incident, critique du tome n° 4

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the far east incident tome 4

Ecrite par Aguri Ohue, The Far East Incident propose une uchronie située dans le Japon de l’Après Guerre. Mélangeant intelligemment des éléments historiques et des aspects science-fictionnels, la série maintient depuis son premier volume une tension constante portée par ses personnages attachants. Ce dernier tome nous réserve encore de nombreuses surprises associées à un dessin toujours aussi beau.

L’ennemi intérieur

Les « variants », ces armes humaines créées par l’Unité 731 menacent toujours la paix dans le Japon de l’Après-Guerre. Les forces alliées ont monté un bureau de l’ordre et de la santé publique pour traquer ces individus. Difficile pourtant de mener à bien cette mission sans que la violence ne déborde sur les civils encore marqués par la nostalgie de l’empire, les privations et les cicatrices de la défaite.

En plus de cette lutte secrète, une nouvelle menace émerge représentée par Kuromori. Ancien officier impérial, il a œuvré au sein de l’Unité 731 et entraîné de nombreux variants. N’ayant jamais accepté la défaite, il tente d’utiliser la colère, le ressentiment de la population pour prendre le pouvoir et faire émerger un nouvel idéal impérial. Son art de la manipulation l’aide à provoquer les forces d’occupation. Quand un des membres du bureau de l’Ordre et de la Santé Publique perd ses nerfs et tire sur une foule de civils, la tension est à son comble.

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The Far East Incident : Les Agents de l’Ombre

Ce quatrième volume ouvre une nouvelle séquence dans la lutte entre l’Ordre et le Chaos. Face à Kuromori, nos héros et leurs mentors apprennent de leur récente déconvenue. Il ne sert à rien de vouloir lutter en respectant les règles. Désormais, ils vont agir en totale indépendance, une sorte de groupe type Mission Impossible sans lien officiel avec le gouvernement. Ce tome sonne comme donc une renaissance.

La première mission qu’ils mènent sous leur « nouvelle couleur » est d’ailleurs symbolique de ce changement.  C’est dans les égouts de la ville de Tokyo que l’équipe va s’enfoncer pour démasquer l’armée que Kuromori forme dans les souterrains. Dans une séquence qui rappelle The Dark Knight Rises, nos héros affrontent une horde prête à surgir au moindre commandement de son chef. Cette menace sourde ne peut être vaincue qu’en plongeant  soi-même dans ce cloaque où se retrouve tout ce que la ville du haut rejette.

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Kuromori : l’envol du démon

Le principal antagoniste est encore au cœur de la narration. Celle-ci continue d’abord de nous dévoiler ses origines et sa sinistre œuvre au sein de l’Unité 731. A mi-chemin entre le Docteur Moreau et Sébastian Shaw (X men le Commencement), il crée les variants, rejette les plus faibles sans faire preuve de la moindre compassion. La guerre, la défaite, ont renforcé sa psychose. Il ne vit que pour l’affrontement et pour le réveil  des chimères, celles de l’empire vaincu.

Mais Kuromori est aussi dépeint comme un maître tacticien. D’abord dans sa manière d’utiliser les déçus, les nationalistes voire les puissances étrangères à son profit. Il se fait passer pour un fanatique afin de mieux les amadouer. Ensuite dans le charisme qu’il déploie pour séduire les faibles, les blessés en leur promettant la survie s’ils s’engagent dans la voie qu’il a tracée. Enfin dans son absence de scrupules par rapport à ses hommes à qui il distribue le composé « hormido » afin de les libérer. En réalité, le sauveur est un nihiliste qui veut que le Japon brûle avec lui.

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The Far East Incident : une plongée dans le tumulte de l’Après-Guerre

Dans ce quatrième volume, l’auteur propose une très belle immersion dans l’esprit des années 40-50. Celui-ci est d’abord riche en espoir : la mode, les produits américains se répandent au Japon. La musique jazzy envahit les bars, le bikini apparaît sur les plages tandis que les voitures américaines s’emparent des rues. Le Japon, encore convalescent, entame sa mue. L’adversaire d’hier devient l’allié le plus fidèle.

Mais dans le même temps, de nouveaux périls émergent soulignés par l’excellente mise  en scène de l’auteur. Il y a d’abord le péril de l’atome brillamment évoqué par l’opération crossroads, les essais nucléaires organisés dans l’atoll de Bikini dans les Mariannes en 1946. Si l’auteur prend des libertés avec les dates (son manga se déroule en septembre 1945 alors que les essais eurent lieu au cours de l’été 1946), c’est pour accentuer sur le changement d’époque. C’est d’ailleurs pourquoi intervient en fin du volume un nouveau personnage qui oriente l’histoire vers une direction inattendue.

Ce quatrième opus de The Far East Incident, comme  les précédents, montre les talents de narrateur et de dessinateur de Aguri Ohue. Les éditions Vega-Dupuis ont donc eu raison de miser sur ce seinen détonnant.