Team Phoenix, critique du volume 2 : A la recherche d’Astro

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Team Phoenix est la série ambitieuse lancée par Kenny Ruiz. Auteur phare de la nouvelle génération du journal Spirou, il s’est lancé récemment dans le manga. Prépublié en extraits dans le monumental Tezucomi, son projet  Team Phoenix est devenu une histoire prévue en 6 tomes au éditée par Dupuis. Il réunit dans un cross-over tous les personnages inventés par Tezuka plongés dans un space opéra dantesque. Emballée par le premier tome, notre rédaction a dévoré avec autant d’entrain sa suite.

Black Jack à la rescousse

L’Humanité a été vaincue. La grande guerre qui opposa les espèces vivantes aux robots a sonné le glas des organismes biologiques. Dans toute la galaxie, l’Union robotique impose son gouvernement dictatorial sous les ordres d’Atlas. Une vraie ségrégation divise les robotiques des biologiques. Seuls les humains utiles sont conservés. Face à cette tyrannie, une résistance essaie de s’organiser regroupée autour de la princesse Saphir et de déçus du nouveau régime.

Mais les forces de l’implacable Atlas traquent toute dissidence. L’équipe réunie par Saphir, la « Team Phoenix » a toutes les peines du monde à échapper aux griffes des agents de l’ennemi. Et s’ils ont rencontré Fire, une surprenante jeune fille dont les pouvoirs semblent pouvoir guérir le monde, les rebelles ont dû fuir en urgence avant d’être secourus par le cyber-chirurgien Black Jack. Avec ce nouvel allié, ils se lancent dans une opération risquée : libérer le mystérieux patient Alpha.

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Team Phoenix : Black Jack en mode Albator

Ce nouvel opus introduit un personnage iconique de l’oeuvre de Tezuka. Dans l’œuvre du père du manga, Black Jack est un médecin de l’ombre arborant une cicatrice sur une partie de son visage. Défiguré, enfant, par un accident, il reçut un don de la peau et depuis ce jour a choisi de payer cette dette en devenant docteur. Mais intègre, il décide d’offrir ses services aux marginaux de la société, criminels comme oubliés. Devenu une référence, aussi talentueux que misanthrope, il mène une vie solitaire en proie à ses propres faiblesses face à l’inéluctabilité de la mort.

Dans le récit de Kenny Ruiz, le docteur Black Jack conserve une partie des traits de caractère originaux. L’homme demeure en effet un brin cynique, mystérieux doté d’un solide sens de la répartie « je ne t’ai pas appelé pour livrer des fleurs ». Il reste toujours à la frontière entre l’ombre et la lumière, flirtant avec les rebelles mais collaborant avec l’empire robotique. Mais il devient aussi un corsaire de l’espace dont l’apparence, la mentalité le rapproche d’Albator, capitaine Harlock. Comme le personnage de Leiji Matsumoto, il mène son propre combat tout en demeurant droit, déterminé et respecté.

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Un braquage spatial

Toujours soucieux de rythmer une histoire captivante, Kenny Ruiz rompt avec le premier tome en nous offrant ici non pas des courses poursuite effrénées mais une histoire de braquage. Et quelle opération !!! Black Jack et la Team Phoenix doivent s’introduire dans la zone hermétique, le bâtiment spatial le plus fortifié de l’Union Robotique. Cette prison labyrinthique abrite un étrange patient Alpha sur lequel Black Jack mène des tests au nom de l’Union Robotique. Or  le médecin–corsaire nourrit depuis longtemps le projet de libérer/enlever le patient.

Le récit va donc déployer une infiltration captivante où chaque membre de la Team Phoenix  a son rôle. Nous ne sommes pas loin, dans l’esprit, de Ocean’s Eleven que ce soit dans l’organisation du plan que dans la narration. Les trames chronologiques s’entrecroisent, mélangeant l’action présente et la planification à venir. L’ensemble demeure très cohérent s’appuyant sur des visuels magnifiques soulignant la vertigineuse verticalité de la forteresse. Il devient très difficile d’interrompre sa relecture devant l’immense défi qui attend nos héros.

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Team Phoenix   : Les secrets d’Astro

A côté de cette opération de secours, ce volume 2 distille des révélations sur cet univers. D’abord concernant Atlas, le commissaire de l’Union robotique et Uran sa conseillère. Leur motivation, leur parcours nous apparaissent plus clairs. A l’image des œuvres de Tezuka, tout est en nuance de gris. Ensuite Kenny Ruiz continue d’intégrer des personnages clés du monde d’Astro. Au robot Gesicht aperçu dans le premier volume, s’ajoute Pluto, la redoutable créature magnifiée par Urasawa.

Il y a enfin le personnage d’Astro. Comment est mort le robot le plus fort du monde dont le portait orne encore les murs de l’Union Robotique ? Que contient cette mystérieuse zone hermétique ? Est-ce une bonne idée d’aller réveiller ce qui y sommeille ? Se nourrissant autant de l’imaginaire d’Akira (patient alpha/patient 28) que celui des comics (zone hermétique/zone fantôme, Kenny Ruiz fait lentement dériver son histoire vers l’immensité cosmique.

Avec ce second volume, Kenny Ruiz transforme l’essai. Team Phoenix continue de nous narrer une épopée galactique nourrie d’hommages et de références finement intégrées. Un vrai bonheur de lecture.