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      Team Phoenix, critique du premier tome : le crossover de l’univers de Tezuka

      C’est une des annonces les plus intrigantes du catalogue de rentrée des éditions Vega Dupuis. En janvier est lancé le 1er des six tomes de la série Team Phoenix. A la baguette, Kenny Ruiz jeune auteur émérite et prolifique de l’écurie Dupuis. Au casting, rien de moins que les plus célèbres personnages des œuvres d’Osamu Tezuka réunis au sein d’un vaste space opéra. Un argument prometteur renforcé par la lecture de ce premier volume.

      Quand Galactica rencontre Avengers

      L’union Robotique sous les ordres du redoutable Atlas a déclenché, il y a 100 ans, une offensive fatale aux civilisations biologiques. Depuis elle contrôle 90 % de la galaxie. Les êtres biologiques sont dès lors devenus des créatures de seconde zone.  Et s’ils ne servent pas les robots, ils sont impitoyablement traqués et éliminés. Pour sauver son royaume du Silverland, la princesse Saphir a choisi un temps de se soumettre et de servir parmi l’ordre des guerriers du chevalier.

      Mais le temps de la collaboration a cessé. La princesse a pris la tête d’un groupe de pirates. Avec le lion Léo, Sharaku l’enfant aux trois yeux, elle écume la galaxie. Poursuivis sans relâche par Mont Blanc et Gesicht, deux des plus puissants robots du monde, nos héros échouent sur une petite planète. Ils vont y recevoir l’aide de Hyakkimaru, le samouraï cyborg et de Fire, le robot empathique capable de se jouer des programmes. Cette nouvelle équipe décide de tout faire pour secouer le joug de la tyrannie robotique.

      Team Phoenix : L’imagination au pouvoir

      La première qualité de ce premier tome, c’est l’audace de Kenny Ruiz. Son œuvre montre en effet sa capacité à s’approprier le matériau originel, d’y ajouter des inspirations variées pour construire dimension épique de son sujet. Ce volume introductif fascine par l’intégration intelligente de différents personnages de Tezuka. Les connaisseurs reconnaîtront facilement les références tirées d’Astro, de Métropolis, de Black Jack ou de Princesse Saphir. De même le 7ème art irrigue cette histoire qui pioche autant dans Galactica que dans Avengers ou dans Matrix. Plus important, l’auteur construit une œuvre gigantesque et n’hésite pas à adopter une narration adulte brisant la chronologie pour encore mieux saisir le lecteur.

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      Il ne faut pas croire néanmoins que cet opus n’est qu’une collection d’hommages. C’est en réalité un space opéra cohérent qui incorpore les personnages de Tezuka. Ce qui permet à l’auteur de s’autoriser toutes les audaces. Cela se ressent dans la diversité des univers proposés : métropoles futuristes, planète médiévale, monde végétal. Cela se voit aussi à travers la galerie de personnages. Un lion, des cyborgs, des chevaliers, des méchas. Ainsi le récit s’adresse à tous : connaisseurs de Tezuka, mais aussi néophytes.

      Le Tezuka expanded universe

      Team Phoenix poursuit le travail entrepris par la série Tezucomi (voir la critique des volumes 1 et 2 sur notre site). L’œuvre d’Osamu Tezuka est en effet d’une richesse unique, d’une diversité impressionnante et d’une audace incroyable. Le lecteur reste sans voix devant l’ampleur de ses histoires, les thématiques abordées et l’éclectisme de cet auteur. Polar, science fiction, romance, histoire, il s’est attaqué à pratiquement tous les sujets possibles. Ses œuvres sont régulièrement relues, voire réinterprétées (Ayako, Dororo, Pluto). Confirmant s’il en était besoin, l’extraordinaire modernité du travail du père du Manga.

      Kenny Ruiz ajoute un nouvel élément à cette relecture de Tezuka. Il choisit et pour l’instant réussit à convoquer dans un seul et même univers toutes les œuvres du mangaka. Il construit un crossover littéraire dans la veine de La Ligue des Gentlemen extraordinaires ou de La Brigade chimérique. Avec la difficulté en plus de se limiter à un auteur et de faire intervenir des personnages issues d’œuvres au style bien distinct. Et la beauté de ce projet, c’est que cela fonctionne à merveille. Un soupçon d’enquête policière sortie de Métropolis et de Pluto. Des puissants robots issus d’Astro. Un récit de vengeance estampillé Dororo. Et tout se connecte pour le pur bonheur des yeux et de l’esprit.

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      Team Phoenix. Derrière la machine, l’humain

      Beau, drôle, dynamique, ce premier opus ne souffre d’aucun temps mort. L’univers est parfaitement posé, le contexte clair, les enjeux limpides. Nous adhérons instantanément aux personnages, à leur faille. Mais, en plus de proposer beaucoup d’action, Team Phoenix interroge aussi énormément. D’abord le récit se contre sur la question de l’âme humaine et de sa transmissibilité à la machine. Ensuite il aborde la question du choix. Combattre, exterminer ou pardonner ? Enfin il questionne la question du péché. Est-il le privilège de l’âme humaine, de la chair imparfaite ? Ou naît il dès que le libre arbitre et la conscience émergent ?

      Toutes ses questions apparaissent dans la seconde moitié du récit lorsque se déploie la double enquête. Cette évolution narrative donne alors toute l’originalité à cette histoire. Si les dessins sont très shonen, le scénario lorgne beaucoup plus vers le seinen. Une tendance renforcée par le cyborg-samouraï et toute la représentation très « 1984 » du monde sous la coupe d’Atlas « le bienfaiteur ».

      Avec Team  Phoenix, les éditions Vega Dupuis ont à nouveau été très inspirées. Petit bijou visuel, ce manga est tout à la fois un space opéra dantesque et une déclaration d’amour à l’œuvre de Tezuka. Un immense coup de cœur donc.

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