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      Shangri-La frontier volume 1, critique : l’hymne d’amour aux jeux vidéos

      Dans l’univers du manga, l’isekai est devenu un genre particulièrement en vogue. Inspiré par les œuvres telles Alice au pays des Merveilles ou Le Magicien d’Oz, il met en scène des héros réels piégés dans un monde parallèle. La révolution des jeux vidéos et du cyberespace a naturellement inspiré une nouvelle variation du genre. Celle-ci se déroule désormais dans le monde numérique. Log Horizon et Sword Art Online sont ainsi devenus les titres les plus célèbres de cette catégorie. Auxquels il faudra bientôt rajouter Shangri-La Frontier. Adaptation du roman éponyme, l’œuvre a été pré-publiée en juillet 2020 dans le Wekkly Shonen Magazine avant d’être éditée par Kodansha. Six volumes existent déjà au Japon quand l’éditeur Glénat décide d’en acquérir les droits. A la lecture de ce premier volume, la fascination est totale pour une œuvre charmante et atypique.

      Quand Ready Player One rencontre le joueur du grenier

      Rakuro Hizutome alias Sunraku a une passion étrange. Gamer d’exception, il nourrit un amour masochiste pour les mauvais jeux vidéos. Les « bouses » truffées de bugs, de hitbox défectueuses, dont la difficulté mal dosée rebute plus d’un joueur, le fascinent. Son but dans la vie : les finir malgré tous les pièges disséminés par des programmateurs pervers. Il est devenu dans son domaine une légende. Mais il s’ennuie car son talent est tel qu’il ne trouve plus aucune « bouse » à son niveau.

      Une de ses amies, vendeuse dans une boutique de jeux lui propose un nouveau défi. S’attaquer à un très bon jeu, un G.O.A.T, Greatest of All Time : Shangri-La frontier. Tout en réalité virtuelle, cette pépite a séduit près de 30 millions d’utilisateurs. Piqué dans sa curiosité, Rakuro se connecte et se projette dans cet univers médiéval fantastique bien décidé à en venir vite à bout. Affublé d’un avatar à l’image de son excentricité, il redécouvre le plaisir d’un jeu bien fait tout en comprenant que Shangri-La n’est pas aussi facile qu’il le pensait. Surtout quand notre héros se met en quête des sept suprêmes, monstre unique, qu’aucune guilde ni top player n’a pour le moment vaincu.

      Shangri-La Frontier : un guide vers le monde du jeu vidéo

      L’histoire de ce manga va ravir à la fois les spécialistes de jeu vidéo et les débutants. En effet, avec ce subtile équilibre entre humour et pédagogie, l’auteur nous fait entrer dans l’univers du M.M.O.R.P.G. Classe de héros, skill, coups critiques, tout un vocabulaire nous est présenté, illustré ,rendant limpide l’entrée dans ce monde très référencé. Et cela constitue la première qualité de ce titre. Tout le monde peut le lire : le gamer passionné, le curieux et le néophyte. Le lecteur découvre en même temps que notre héros cet univers, ses règles, sa géographie, son rythme, sa gestion des blessures voire de la mort. Les classiques doubles pages encyclopédiques viennent d’ailleurs expliciter une partie de Shangri-La Frontier et ainsi renforcer l’immersion.

      Dans le même temps, ce premier tome dissémine des références destinées aux connaisseurs de genre. Baldur’s Gate, Final Fantasy, Assassin’s creed ou encore Monster Hunter, les pages recèlent de clins d’œil à ces jeux cultes. De même, la passion de Rakuro pour les « bouses » fait remonter à la mémoire des joueurs de cruels souvenirs. Qui ne s’est pas arraché les cheveux devant la version arcade ou NES de Dragon’s Lair ? Combien ont jeté l’éponge devant la difficulté des jeux d’Infogrames (Spirou ou Tintin par exemple) ? Qui n’a pas abandonné toute logique en jouant à Takeshi’s Challenge ? Mais qui n’a pas tiré une immense fierté en les finissant envers et contre tout. Shangri-La frontier transpire de sincérité et d’amour pour ces joueurs, pour les créateurs et pour la culture qui est née de ces aventures numériques.

      Quand ambiance rime avec humour

      L’auteur Katarina remercie en postface le travail du dessinateur Ryosuke Fuji. Il est vrai que dès les premières pages, ce manga est marqué du sceau du talent. Le monde réel, virtuel s’appuie sur des dessins très beaux, dynamiques, drôles et décalés. Tout en respectant l’aspect jeux vidéo : trames, changement de niveau, bulles contextuelles. Le dessinateur ajoute une richesse dans les décors, dans les mondes cachés qui fait ressentir l’immensité du monde. Sans oublier de peindre une redoutable menace, le lycaon, némésis impressionnante de notre héros.

      Cette ambiance prenante se renforce d’une dimension excentrique incarnée par le héros. Qui aurait imaginé un guerrier torse nu, au visage d’aigle dégagé autant de force et charisme ? Diablement doué, il affronte sans sourcilier des hordes d’adversaires. Sans oublier de lâcher quelques remarques brisant le quatrième mur et de renforcer sa cool attitude. Et niveau adversaire, nous ne sommes pas déçus. Quand un lapin kawaï devient un ennemi redoutable, nous comprenons que nous venons de plonger dans une étrange normalité.

      Shangri-La Frontier, un univers immersif

      Ce premier tome fait partie de ces mangas qu’on lâche difficilement une fois la lecture entamée. En effet, l’auteur et le dessinateur gèrent idéalement le rythme de la narration. Humour et action s’enchaînent sans pause. Les éléments d’intrigue sont lentement dévoilés, les obstacles nombreux, les quêtes secrètes légion. La confiance, l’arrogance de notre héros suscitent aussi notre intérêt. Rien n’est facile et il va vite apprendre à respecter l’univers de Shangri-La. D’autant que de mystérieux personnages –un chevalier notamment- s’intéressent beaucoup à ses exploits.

      C’est d’ailleurs la construction de ses personnages qui rend cette lecture très agréable. Entre le monde réel et virtuel, le lecteur assiste à des rencontres impromptues, à des jeux de séduction. A quel moment les joueurs découvriront qui se cache derrière les avatars ? L’expérience virtuelle nourrira-t-elle de nouveaux rapports humains ? Ce premier volume nous suggère des pistes dont on ne sait encore si elles seront développées ou si elles sont des artifices pour nous piéger.

      Force est de constater qu’avec ce titre, Glénat a mis la main sur une série prometteuse. Il est encore trop tôt pour parler de G.O.A.T. Mais c’est avec beaucoup d’impatience que nous lirons la suite des aventures de Sunraku.

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