Mighty Mothers, unies pour sauver un enfant

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Dans le tome deux des Mighty Mothers, Eiji Karasuyama transforme une quête de vengeance en course-poursuite familiale. Comment un enfant devient l’enjeu de la lutte contre les yakuza ? La réponse est dans notre chronique.

Un groupe rassemblée pour un enfant

Une mère dans Mighty Mothers
Mighty Mothers se défend

Scénariste et dessinateur, Eiji Karasuyama prolonge le monde étrange du premier tome. On y a découvert le monde caché du crime organisée. Les Mighty Mothers mènent une double vie. De jour, elles sont mères célibataires tentant d’élever leurs enfants dans une société japonaise patriarcale et rigide. Derrière une façade propre, les drames sont nombreux en particulier pour les femmes. La police semble totalement absente alors que les médias connaissent pourtant précisément l’organigramme de la mafia. De nuit, ces femmes deviennent des ninja voulant rétablir la justice. Leur société secrète s’attaque au Jin’eikai, une organisation de yakuzas dirigée par Genji Goyâ. Ces femmes se retrouvent dans un jardin d’enfants dirigé par leur surprenante cheffe Kazukabe.

Eiji Karasuyama propose une vision diversifiée des héroïnes. Akane Honjô est un discrète ninja. Pour elle, faire partie des Mighty Mothers n’est pas paradoxal car, comme elle protège son fils, elle veut défendre sa ville. L’espionne Silvia se spécialise dans les déguisements. Kazukabe est la fois la patronne de la crèche « Pluie d’étoile » et un membre ancien de la mafia. La vieille dame a créé un clan de femmes pour défendre les enfants menacés par les actes du Jin’eikai. Portant un kimono traditionnel, Ryûko la Démone est la veuve d’un caïd.

Dans la dernière partie du premier tome, les Mighty Mothers attaquaient la base d’un caïd local. Pour se venger, il a kidnappé le fils d’Akane Honjô. Doit-elle sauver Shintarô ou poursuivre sa mission de Mighty Mothers ? Tout le début de cette suite répond à ce dilemme. Puis, la tension monte quand, en recrutant les femmes mercenaires des « Tigres rouges », des yakuzas veulent ensuite éradiquer l’ensemble du groupe.

Des Mighty Mothers engagées

Combat dans Mighty Mothers
Scène de combat dans Mighty Mothers

Mighty Mothers est avant tout une série d’action. Eiji Karasuyama dessine avec brio les combats et prend le temps de détailler les échanges de coups. La série n’est pas gore, mais au fil des épisodes, elle multiplie les scènes chocs. L’action est très rapide. Dans cet avant-dernier tome, on voit la scène d’échange d’un prisonnier perturbée par ces femmes. Si dans la vie civile, elles sont contraintes par les règles sociales, elles refusent de respecter la loi masculinistes de la mafia. Après la pègre, la série présente le milieu des mercenaires internationaux recrutées pour tuer des hommes politiques ou des chefs mafieux gênants.

Cependant la série diffuse également un message. Les héroïnes sont des femmes et des mères célibataires ce qui est loin d’être un détail. Mighty Mothers révèlent les failles de la société japonaise. Akane Honjô peine à gagner assez d’argent pour élever sa famille. Sa vie secrète d’aventure est aussi une métaphore de la double vie de certaines japonaise qui cumulent emploi professionnel et éducation des enfants. On peut le lire dans certains dialogues avant un combat multipliant les allusions culinaires.

Dans les dessins, les visages de conjoints des Mighty Mothers sont effacés. Les pères disparus pourraient alors être une critique de leur absence dans les charges domestiques. A l’inverse, les yakuzas sont presque exclusivement des hommes. Cependant, la série n’est pas binaire car une tueuse travaille pour le Jin’eikai. C’est aussi le cas des « Tigres rouges ». Kizamyia se range du côté des fort, mais ce choix se fait au nom de la liberté.

Cependant, on retrouve le paradoxe entre ce propos féministe et une représentations sexualisée des combattantes. Au début de ce tome de Mighty Mothers, le sommaire signale ces chapitres où sont représentés un viol. Quand on voit des yakuzas, les femmes sont systématiquement des prostituées. Les dialogues et les ennemis manquent parfois d’originalité.

Le deuxième tome de Mighty Mothers prolonge avec vigueur la construction d’un milice de femmes combattant des yakuzas. Le point fort de la série est le dynamisme des scènes de combat, mais le plaisir visuel ne masque pas la profondeur féministe du propos.

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