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    Lesson of the evil, critique du manga : un ami qui vous veut du mal

    Le parcours artistique de Lesson of the Evil mérite le qualificatif de success story. En effet, en 2010, Yusuke Kishi publie le light novel Lesson of the evil. Thriller noir situé dans l’univers scolaire,  le roman rencontre le succès et attire l’attention des maisons d’édition. Kodansha en lance l’adaptation en manga. 9 tomes sont publiés entre 2012-2015 recevant un très bon accueil critique et commercial. En France, les éditions Kana acquièrent la série en 2015. C’est enfin le cinéma et le prolixe Takashi Miike qui en achètent les droits et offrent une adaptation live de très haute tenue, restée malheureusement longtemps inédite dans l’Hexagone. Six ans après la fin de la série au Japon, revenons sur cette oeuvre majeure du genre thriller scolaire

    I saw the devil

    Il est jeune, il est beau, il est charmant. Seiji Hasumi a tout pour plaire aux élèves de son lycée. Jeune professeur d’anglais, il se consacre totalement à ses élèves. Au nom d’un principe : lutter contre les injustices, traquer les harceleurs et faire le ménage parmi les enseignants. Sa méthode : le chantage, l’observation et l’utilisation des faiblesse humaines.

    Malheureusement, derrière le sourire et le visage avenant, se tapit une âme torturée. Hasumi poursuit en effet un objectif personnel et mystérieux. Dans une surenchère de manipulations, il n’hésite pas à faire expulser du lycée ceux et celles qui le menacent. Mais que se passera-t-il lorsqu’il se retrouvera acculé par ses mensonges ? Saura-t-il s’arrêter ou laissera-t-il libre cours à sa vraie nature ?

    Lesson of the evil : un G.T.O inversé

    Par son scénario, la série de Yusuke Kishi ressemble beaucoup aux aventures éducatives d’Eikichi Onizuka. Un jeune enseignant atypique, volontaire s’attaque de front aux travers du systèmes éducatifs : violence, harcèlement, chantage, pression familiale, absence des parents. Adultes ou élèves, aucun n’échappe à son regard acerbe. L’univers du lycée japonais est ainsi dépeint par l’auteur avec exagération certes mais sans concession pour en livrer une vision très acerbe. Avec en points d’orgue deux thématiques : la distance entre l’institution et les élèves, l’attirance physique entre élèves et adultes. Une barrière et un non-dit qui perturbent la vie lycéenne et permettent à Hasumin de s’infiltrer dans ce monde feutré.

    La différence entre les deux séries est pourtant totale. Onizuka affichait en effet une perversion de façade qui masquait son humanité, sa droiture et sa volonté de réparer l’éducation. Il avait au fond de lui un code moral mettant ses élèves au-dessus de tout. Hasumin, c’est tout le contraire. En apparence, c’est le gendre idéal mais en réalité c’est un esprit pervers qui n’hésite pas à franchir la limite. Onizuka s’en prenait aux professeurs qui abîmaient les élèves, Hasumin, lui, élimine ceux qui peuvent voir clair dans son jeu. Hasumin protège les élèves des prédateurs pour mieux les attirer à lui.

    L’art de la manipulation

    Hasumin mène dès lors avec méthode son sombre projet. Son arme : les sombres secrets de ses collègues et des lycéens. Avec un cynisme sans égal, l’auteur montre comment un esprit malade s’empare facilement des âmes et des corps en se servant simplement des petits mensonges du quotidien. Très vite, adultes et lycéens se retrouvent enfermés dans un jeu dont Hasumin écrit les règles. Discret, il se place au centre de l’échiquier avançant ses pions. Les jalousies, les ragots nourrissent ses plans. Le culte du secret entraîne ses « partenaires » de jeu dans un engrenage fatal. Les petits monstres du monde quotidien ont ainsi engendré un Monstre alpha nourri des bassesses humaines

    D’autant plus qu’Hasumin, âme torturée la nuit, est un vrai sauveur le jour. Il va attirer à lui les plus fragiles, les mal-aimé(e)s, les délaissé(e)s, les naïfs. L’adolescence, rappelle l’auteur, est un moment d’extrême fragilité. Et gare au loup qui se travestit en brebis.  Le rythme de Lesson of the evil s’accélère d’ailleurs très vite à mesure que la psychopathie du protagoniste se renforce et prend le pas sur sa mission éducative. D’abord en quête de pouvoir, Hasumin repousse ses limites. La destruction des carrières, des esprits, ne lui suffit rapidement plus. A moins qu’elle n’ait été qu’une étape préparatoire avant son grand final.

    Lesson of the evil, un opéra sanglant

    Les derniers tomes de Lesson of the Evil opèrent dès lors un changement de ton drastique. Les masque tombent et Hasumin s’abandonne à sa pulsion d’anéantissement et de destruction. Ce qui fascine, c’est comment l’auteur par son trait et sa narration décrit un double processus. Celui de cet « animal » au sang froid qui tue pour le plaisir. Celui de ses victimes figées devant l’impensable mécanique. Rares sont les lycéens à tenter de reprendre le contrôle et à voir Hasumin pour ce qu’il est : un diable déguisé en père Noël.

    Le dessin de Yusuke Kishi participe grandement à cette immersion à l’intérieur de cet esprit charismatique et malsain. Il entremêle d’un côté un dessin léger, très shonen, parfait pour décrire la vie lycéenne. Festivals, fêtes, romance, peines de coeur rythment la vie somme toute classique de cette communauté. De l’autre, il livre des planches beaucoup plus sombres, anxiogènes où la noirceur des pensées abîme les corps. Le lycée devient une véritable poudrière n’attendant que le bon vouloir d’Hasumin pour exploser.

    Seinen noir, thriller psychologique, Lesson of Evil est un manga qui vous prend aux tripes. Le lecteur au gré des 9 tomes est animé par deux envies contradictoire. Celle de savoir si Hasumin mènera son plan à son terme. Celle se voir si quelqu’un arrivera à le mettre en échec ? Un G.T.O gore à ne pas mettre entre toutes les mains certes mais extrêmement plaisant à lire.

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