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      La Minute Yaoi #9 : Bena, tome 1, par Kofude

      La Minute Yaoi revient après une longue pause avec un titre qui se démarque au sein du catalogue d’Hana Books. Ici, pas de romance entre lycéens, mais une rencontre entre deux écorchés vifs au cœur d’une des périodes cruciales de l’histoire du Japon, l’ère Edo.

      L’histoire

      Epoque Edo. Ichi est un jeune homme qui travaille dans un freakshow, une foire aux monstres. Chargé d’haranguer le chaland, il est lui-même considéré comme un « déviant », regardé de haut et maltraité.

      Bientôt, un nouveau pensionnaire fait son entrée : Bena, jeune garçon à la chevelure flamboyante. D’abord méfiant, Ichi se prend peu à peu d’affection pour lui. Jusqu’au jour où il décide de l’aider à s’enfuir pour retrouver ses parents. Mais les apparences peuvent être trompeuses… Et elles pourraient bien tout renverser.

      Des personnages attachants et attachés…

      Kofude nous offre avec ce premier tome de Bena une histoire douce-amère et percutante dès les premières pages. Derrière les draperies et les sourires de façade, les personnages plient sous le poids des faux-semblants.  Ichi, notamment, nous marque par son visage crispé dans une douleur perpétuelle, qu’il tente de masquer par une attitude distante et froide. Mais sa colère éclate à l’arrivée de Bena. Le jeune garçon semble en effet lui rappeler des souvenirs qu’il aurait souhaités faire disparaître…

      Mais c’est aussi grâce à cet aspect que les deux jeunes hommes se rapprochent. Ichi se prend doucement d’affection et de pitié pour Bena, qui reste attaché et bâillonné à longueur de journée. Tout comme Ichi bâillonne ses propres sentiments. Malgré la révélation de la véritable nature de Bena, Ichi ne peut s’empêcher de se retrouver en lui. Le jeune homme entame alors une longue reconstruction, qui lui permettra de faire la paix avec les fantômes qui le hantent.

      … au cœur d’une époque contrastée

      Bena prend donc place en plein cœur de l’époque Edo. Cette période de l’histoire japonaise, faisant suite aux terribles guerres de clans ayant débouché sur la célèbre bataille de Sekigahara (1600), reste marquée par un contraste fort. D’un côté, le shogunat maintient l’ordre d’une main de fer. Le pays se referme sur lui-même et s’isole (sakoku). De l’autre côté, la vie culturelle explose. C’est l’essor des arts raffinés et des divertissements tels que le théâtre kabuki, les estampes ukiyo-e et la poésie de Matsuo Bashô.

      Bena et Ichi se débattent ainsi dans une période troublée, où les rapports entre individus sont encore marqués par un mépris de classe. Parallèlement, les superstitions persistent et entraînent de nombreuses injustices. En quelques cases, habilement disséminées au cours du tome, Kofude nous démontre toute la difficulté de vivre pour ceux mis au ban de la société. La solidarité devient alors le maître mot entre ces personnages parfois hauts en couleur, et l’affection qu’ils se portent donne chaud au cœur. Avec son trait délicat et expressif, la mangaka amène sur le devant de la scène un récit plus social qu’il n’y paraît.

      Au-delà de l’amour

      Rappelant le très beau Momo & Manji, de Sakura Sawa, Bena nous offre plus qu’une histoire d’amour. En effet, les personnages se révèlent complexes, qu’ils soient principaux ou non (on pense à Danzô, qui se démarque à la fin du tome). La question du deuil et des traumatismes est mise en exergue. Comment s’autoriser à aimer et surtout à être aimé après avoir tout perdu ? Avancer, est-ce renoncer au passé ou bien en faire enfin sien ? Ces questions se déploient en filigrane, entre hésitations et rapprochements. Sous les traits tout à la fois délicats et puissants de Kofude, Bena et Ichi apparaissent ainsi dans toute leur humanité, affrontant leur passé et se préparant pour l’avenir.

      A l’instar des grands maîtres de l’ukiyo-e, ce premier tome de Bena nous livre en quelques coups de pinceaux délicats, une histoire d’amour tendre et douloureuse entre deux écorchés vifs. Questionnant l’humanité et la place que chacun prend dans le monde, Kofude vient percuter le lecteur, en posant l’amour sincère comme remède aux plus durs traumatismes. Et si votre cœur a encore de la place après la lecture de ce tome, faites un bond dans le présent avec Escape Journey, une romance moderne mais tout aussi subtile !

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