La Minute Yaoi #10 : Comme un adieu, de Takako Shimura

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Comme un adieu est un manga en trois tomes écrit par Takako Shimura. Grande habituée du catalogue des éditions Akata, connue pour son engagement et ses romances LGBT, la mangaka nous offre avec ce tryptique une histoire complexe et clivante. La Minute Yaoi vous propose de la découvrir ici !

L’histoire

Yuhki est chauffeur de bus. Kanade rêve d’écrire de fameuses pièces de théâtre. Les deux jeunes hommes sont en couple depuis quelque temps, et s’installent doucement dans un quotidien plutôt tranquille. Rien d’exceptionnel, donc… jusqu’au jour où Kanade se réveille dans un corps d’enfant ! Pourquoi et comment s’est-il transformé ? Va-t-il retrouver son apparence normale ?
Alors même que le secret que s’impose Yuhki autour de son orientation sexuelle vacille, la transformation de Kanade pourrait bien être le prélude à de grands bouleversements !

Comme un adieu : voyage à travers les âges

Avec son trait délicat, semblable à de l’aquarelle, Takako Shimura nous entraîne avec Comme un adieu dans une fable romantique douce-amère. Si elle nous laisse, une fois la dernière page tournée, avec autant de questions que de réponses, et flirte parfois avec le nébuleux, la mangaka réussit néanmoins son pari.

Bien que, graphiquement, Yuhki et Kanade soient parfois difficiles à différencier, leurs personnalités s’affichent aux antipodes l’une de l’autre. A tel point que l’on en vient à se demander ce qui a pu les rapprocher… Ainsi, Yuhki est plutôt discret et passif, tandis que Kanade s’affirme parfois au mépris des autres, du moins en apparence. Mais rassurez-vous, ici, pas de dynamique consensuelle de type uke-seme ultra clichée. Takako Shimura utilise justement cet archétype pour le renverser allègrement. Usant de flashbacks entremêlés au présent, la narration de Comme un adieu présente des personnages à fleur de peau, que la mangaka n’hésite pas à malmener. On comprend ainsi assez vite que chacun porte de lourds bagages.

L’irruption du fantastique dans leur vie, par la transformation de Kanade, sera alors l’occasion pour eux de faire face à leurs émotions les plus brutes tout en se confrontant à la réalité, aussi pénible soit-elle.

L’art du miroir tronqué

51M9mjaIshS La Minute Yaoi #10 : Comme un adieu, de Takako Shimura

La métaphore du théâtre, utilisée par Takako Shimura pour plonger personnages et lecteurs dans l’irréalité, se révèle intéressante du point de vue narratif. Mais à trop vouloir mêler illusions et réalité, passé et présent, on se retrouve parfois perdu. Beaucoup de pistes sont explorées, mais insuffisamment travaillées parfois (par exemple la « voix intérieure »). Des personnages-clés, comme le frère de Yuhki, sont étrangement amenés et peu exploités sur le fond.

Par ailleurs, Comme un adieu joue avec des tabous très sensibles encore (ou surtout) aujourd’hui, quitte à mettre le lecteur mal à l’aise. Loin d’être un défaut, cela peut amener à une certaine réflexion. Réflexion ou interrogation que ne semblent néanmoins pas partager les personnages, la transformation de Kanade étant très (trop?) rapidement acceptée par les concernés comme allant presque de soi.

Comme un adieu laisse un goût final étrange, une sorte d’indéfini, une sensation de non-achèvement. Cela est peut-être dû au format court dont le manga bénéficie, ou à une ambition narrative trop grande pour seulement trois tomes. Trop court pour réellement s’attacher aux personnages et au monde dans lequel ils évoluent, mais suffisant pour susciter l’intérêt.

Takako Shimura, et les éditions Akata avec elle, proposent un récit trouble et troublant. Amenant le lecteur à la frontière entre rêve et fiction, simple interdit et tabou total, Comme un adieu joue à la fois du conte métaphorique, de l’analyse psychanalytique et de la revue sociale. Une grande ambition, donc, qui semble néanmoins coupée dans son élan par un manque de place (et de tomes). Takako Shimura n’en confirme pas moins sa place de grande dame du manga actuel. Et si jamais Comme un adieu, a titillé votre intérêt, nous vous conseillons le mystique Rêve de coucou : remue-méninges assuré !