Killing Romance, un film génial pas comme les autres

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Killing Romance

Une actrice au talent discutable quitte sa carrière pour épouser un milliardaire complètement imbu de lui-même. Après sept ans de mariage, la jeune femme se sent étouffée par un mari trop possessif et jaloux qui l’empêche de vivre et lui ordonne de sourire continuellement. Alors qu’elle songe à le tuer, une aide, aussi inespérée qu’inutile, croise son chemin.

Fiche technique

Réalisateur : Lee Won-Suk
Scénariste : Park Jung Ye
Producteur : Mo Il-Young
Directeur de la photographie : Kang Min-Woo
Date de sortie : 14 avril 2023
Durée : 107 min.
Genre : Comédie
Distributeur : Warner Bros. Corée
Langue : coréen
Pays : Corée du Sud

Distribution

Lee Ha-Nee : Hwang Yeo-Rae
Lee Sun-Kyun : Johnathan Na
Gong Myung : Kim Beom-Woo

Dernière réalisation de la Warner Bros. Korea, “Killing Romance” a été produit par Film Studio Ichang et Shortcake, et est sorti en salles en Corée via Lotte Entertainment le 14 avril.

Impressions

Avec un scénario pareil, il est très difficile de concevoir que ce film ait pu être catalogué de comédie. Et pourtant, empruntant adroitement et sans complexe le style du réalisateur américain Wes Anderson, Killing Romance est une satire drôle et impudique qui nous fera soit rire, soit passer à autre chose. L’humour complètement déjanté déjà vu dans le film coréen The Odd Family: Zombie On Sale, évolue dans sa diversité nous rappelant de loin, le style anglais de Monty Python. Un semblant de grand n’importe quoi, extrêmement aiguisé et amusant, qui aura influencé grand nombre de comédies.

Si une autruche vindicative qui comprend le langage humain semble aussi réaliste que cette scène mythique où des centaines de romains rentrent dans une pièce d’à peine 2 m² (La Vie de Brian), l’absurde se superpose au sens de l’histoire. Comme des marionnettes, tous les personnages, sauf celui du mari extravagant et complètement délirant, sont figés nous rappelant parfois le film d’horreur Get Out. L’arrière-plan semble sorti directement d’un conte, comme un décor en carton. La palette de couleurs nous donne l’impression de nous trouver dans une pâtisserie remplie de gâteaux à la crème, aux couleurs criardes parfaitement définies. Comme des murs qui viendraient d’être peints.

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Killing Romance

Le vert, le rouge, le bleu, le jaune, une gamme des couleurs très restreinte qui ressemble à du coloriage. Comme si chaque objet était délimité par un bord à ne pas dépasser. Cette aura parfaitement symétrique. Cette étrange sensation de visionner une série des années 60, qui serait passée du noir et blanc à la couleur. Presque presque cette voix qui dirait « nous allons entrer dans la quatrième dimension ». Le tyran narcissique bourré de fric, qui use et abuse de son pouvoir. L’île imaginaire… tout cela nous immerge dans un monde à part. Dans une société parallèle. Dans une maison de poupée dont on regarderait par les fenêtres les miniatures animées dans notre imagination.

Comme Anderson, des zooms instantanés, focalisés dans ce cas-là sur les expressions des personnages… et de l’autruche. Des knolling, comme le petit appartement du voisin d’en face (les outils sont disposés à angle droit, comme les meubles Knoll. Le résultat est une surface organisée qui permet de voir tous les objets à la fois).

Comédie musicale ? Pas vraiment. On dirait plutôt que de temps en temps, les acteurs sont possédés par des personnages de Walt Disney. Juste quelques phrases chantées, regard langoureux vers l’infini. Et le sourire incrédule ne nous quitte jamais des lèvres mais, le plus drôle dans l’histoire, c’est que ce n’est pas surprenant. Un peu étonnant peut-être, mais ces bribes chantées s’accordent tout à fait à l’essence extrêmement loufoque du film.

Acteurs

Lee Ha Nee Killing Romance, un film génial pas comme les autres
Lee Ha-Nee

Lee Ha-Nee vient de recevoir le « Best from the East Award », un prix décerné à la meilleure actrice, pour son rôle dans “Killing Romance” au Festival du film asiatique de New York (NYAFF), 2023. Elle a toujours attiré l’attention du public grâce à ses yeux pétillants, à son sourire secondé par ses charmantes fossettes. On dirait que l’écran s’illumine quand elle arrive, dans n’importe quelle circonstance. Cela lui permet de s’enfuir dans une apparence complètement glamour ou de devenir un lutin malicieux, mais toujours aussi séduisant.

Dans “Killing Romance”, on dirait qu’elle joue 2 rôles : l’actrice sur le déclin qui a perdu de son assurance et la poupée de cire mariée à un égocentrique dangereux. Il est vraiment hilarant d’assister à ses changements d’attitude, un peu comme Jacquouille la Fripouille dans “Les Visiteurs” et son « jour, nuit, jour, nuit… C’est une femme complètement étouffée, qui rêve de se débarrasser d’un pervers narcissique manitou et qui désespère de ne pas réussir à le faire.

On ne peut pas dire qu’elle porte le film sur ses épaules car les autres acteurs sont absolument époustouflants, mais le scénario, les personnages, les couleurs, les dispositions, l’ambiance, tout tourne autour d’elle. Comme un pilier solide et fair-play, elle s’adapte et nous adapte. Elle interprète chaque situation d’une façon très fluide, avec ce rayonnement qui la caractérise.

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Lee Sun-Kyun

Lee Sun-Kyun. Nous l’avons vu grandir depuis “Coffee Prince” aux côtés de Gong Yoo. Utilisant ses succès comme des marches ascendantes, cet acteur absolument incroyable et solide, nous étonne plus que jamais dans ce rôle complètement caricatural à des années-lumière de tout ce que nous avions vu jusqu’à présent. Sérieux, grave, parfois sauvage, parfois effrayant, parfois tout simplement ancré dans la terre, la classe incontestable de notre Mister répercute sur chacun des films qu’il interprète.

Lee Sun-Kyun, Festival de Cannes 2023, pour Project Silence

Depuis longtemps déjà, nous avons décelé en lui un acteur qui, prenant bien appui sur ses pieds, est capable de rebondir sur n’importe quel scénario. A Hard Day, The King’s Case Note, A Special Lady, Man of Will, Take Point, Jo Pil-Ho: The Dawning Rage et, oui oui oui, l’oscarisé Parasite. Cette fois-ci, et contre toute attente, il s’épanouit dans ce rôle expansif et extravagant, l’habitant comme à son habitude, jusqu’au plus profond des fondements. Il s’éclate et il nous éclate.

Si il a eu peur d’un quelconque ridicule ou si il a hésité à jouer un tel rôle, aucun de ses possibles états d’âme ne transpire dans son interprétation. Il surjoue sans surjouer. Il donne l’impression d’un enfant qui s’amuse comme un fou dans une piscine après avoir hésité à y plonger. Et nous, on regarde toutes ces expansions avec un sourire perplexe. Moqueur. C’est drôle et on rigole.

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Gong Myung

Gong Myung joue le rôle du spectateur ahuri. Il aurait pu être assis à côté de nous et intervenir de temps en temps pour trouver une solution qui puisse convenir à tout le monde. Son expression sans expression, son regard stoïque, l’incruste complètement inutile mais qui, comme nous, regarde la situation avec des grands yeux mais légèrement de travers. Comme si il avait peur, comme si nous avions peur de regarder en face. Sa non gestuelle est drôle. Ses conversations absolument surréalistes avec l’autruche semblent tellement réalistes que cela ne donne pas la place à une remise en question quelconque. On s’attendrait à ce qu’il rassemble les doigts tout en les bougeant de haut en bas comme ils font les Italiens quand ils disent « mais qu’est-ce que tu racontes ? » Ou « mais qu’est-ce qui se passe ? »

Avec ces trois personnages, nous avons affaire à trois planètes aussi différentes que déterminées.

Conclusion

Killing Romance est un délice visuel, un kaléidoscope délibérément limité qui nous entraîne vers un univers à part. Une pièce de Molière avec les dramatisations disproportionnées et exagérées propres au XVIIe siècle. D’ailleurs probablement que Molière aurait fait aussi des merveilles avec les mouvements de caméra qui dynamisent le film.

Il serait sans aucun doute trop sommaire de dire que les amateurs de Wes Anderson y trouveront leur compte. Nous dirons plutôt que Killing Romance est un film innovant que l’on aimera beaucoup ou pas du tout. Une nouvelle expérience qui prouve une fois de plus que le cinéma sud-coréen évolue encore vers des directions aussi surprenantes qu’inattendues.