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      Entrez dans la Zone Fantôme de Junji Ito

      Commençons par une évidence. Le comte de l’horreur n’est pas cet has been Dracula mais le japonais Junji Ito comme l’ont prouvé plusieurs recueils parus chez Mangetsu. Ce n’est pas le nouveau tome, la Zone Fantôme, qui va nous contredire.

      Des zones variées du surnaturelLa folie selon Junji Ito

      Mangetsu continue ses magnifiques compilations des œuvres de Junji Ito. L’édition est toujours exceptionnelle avec une solide couverture recouverte d’une magnifique jaquette mettant en valeur le titre. Comme dans chaque volume, le lecteur profite des analyses par Morolian à la fin du livre et d’une préface, ici par le journaliste de Mad Movies Fausto Fasulo. Cependant, contrairement aux volumes précédent, Zone Fantôme est un recueil d’inédits.

      Zone Fantôme rassemble trois nouvelles horrifiques et un récit plus long du scénariste et dessinateur Junji Ito. Ces tailles différentes sont adaptées au récit et non plus à des contraintes éditoriales. En effet, ces nouvelles ont d’abord été publiées en ligne et donc sans contraintes de format. Dans Le coteau aux pleureuses, un couple réalise un voyage peu avant leur mariage et décide de faire un arrêt improvisé dans la gare d’un village de campagne. Ils sont intrigués par des cris de douleur d’une femme lors d’un enterrement. Cette vue déclenche chez la future épouse une crise de larmes qui ne cesse plus. Comment expliquer ce phénomène scientifiquement impossible ?

      Dans Maudite madone, l’internat catholique de l’institut de la bonne foi se rassemble en masse pour la messe. Cette école est un vivier de formation de l’élite politique. Cependant, des indices montrent rapidement au lecteur que, derrière la prospérité de l’école de jeunes filles se cache une réalité cruelle. On le découvre en suivant la nouvelle élève Maria Amano. Les élèves y sont coupées du monde par un mur et une discipline encadre chaque geste. La directrice terrifie les jeunes filles par son agressivité et ses punitions disproportionnées. Des élèves et des professeurs ont d’ailleurs une attitude dépressive. Maria découvre que le directeur et son épouse dirigent un culte très intense à la mère de Jésus mais son fonctionnement révèle de nombreux secrets. Dans La rivière spectrale d’Aokigahara, un homme atteint d’une maladie incurable se rend avec sa compagne dans une forêt près du mont Fuji. Ils y découvrent une ligne d’arbres blancs étranges vers une rivière de fantômes possédant des pouvoirs ambigus… Léthargie suit un étudiant en droit dont les cauchemars le laissent penser qu’il est un tueur en série. Tue-t-il vraiment pendant ses rêves ou est-il en train de basculer dans la folie ?

      Une même angoissante ambianceLa nature selon selon Junji Ito

      Dans ces quatre nouvelles de Junji Ito, on retrouve des lieux bien connus des récits horrifiques : des espaces naturels délaissés (un marais), des lieux clos (comme l’internat de filles). Tous ces territoires sont supposés être très sécurisants. Pourtant, le mal s’y niche.

      Chez Junji Ito, on n’est pas dans le gore car le sang est souvent rare. La frayeur n’est pas immédiate. Souvent, un évènement anodin ou banal provoque une réaction en chaîne qui fait basculer les individus dans l’étrange, l’horreur et le paranormal. Le sentiment de peur monte progressivement. Cette montée en tension vient parfois d’un regard extérieur par le dessin. De nombreuses pages sont à la fois splendides et angoissantes. Ito joue sur les textures pour montrer la différence entre le réel et le surnaturel. Les expressions crispées des visages et la compositions sont très justes et servent des images directes mais sans aucun second degré. On ne rigole pas de la peur mais on la montre.

      Junji Ito ne donne pas seulement la chair de poule mais délivre aussi des leçons de vie. L’horreur est issue de légendes mal situées dans le passé. Comme dans la série historique Butterfly Beast, le catholicisme est un mystère pour le commun des Japonais. Mais, en même temps, Le coteau aux pleureuses installe une nouvelle place au deuil dans la société japonaise moderne coupée des traditions. Penser aux morts c’est aussi donner une clé pour vivre. Toutes les nouvelles ne sont pas aussi limpides comme La rivière spectrale d’Aokigahara offrant une conclusion très ouverte.

      Si vous avez aimé les courtes nouvelles de Junji Ito, précipitez-vous sur ce tome. Non seulement, les récits sont aussi bons mais le dessin est beaucoup plus fin qu’avant. L’encrage est moins charbonneux. Sur JustFocus, nous ne craignons pas de rentrer dans des lieux sombres comme le prouvent les chroniques sur Frankenstein et un recueil de nouvelles de Junji Ito.

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