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    Critique du volume 2 de Tezucomi chez Delcourt : toujours aussi brillant

    Le projet Tezucomi est né en 2018 au Japon. Il s’agissait de fêter le 90ème anniversaire de la naissance d’Ozamu Tezuka, le père du manga japonais. Au gré de 18 volumes, des auteurs japonais et aussi étrangers revisitent les œuvres phares et aussi moins connues du maître. Ils construisent de la sorte une anthologie d’un genre unique, porte d’entrée vers l’univers riche de Tezuka et réinterprétation audacieuse, modernisée d’une œuvre intemporelle. La série a très vite rencontré le succès dans l’archipel et au-delà. En France, l’éditeur Delcourt en débute la publication en 2021 choisissant de regrouper l’intégralité des travaux en 3 beaux volumes de 400 pages intitulés simplement Tezucomi. Le 1er tome nous avait énormément plu (voir ici la critique). Le second, très attendu, nous a littéralement conquis.

    Tezucomi volume 2 : l’audace créatrice

    Ce second opus pousse un peu plus loin la liberté de ton accordée aux auteurs qu’ils soient japonais (Bokutengo) ou européens (Mig, Valérie Mangin, Brice Cossu). Cela se traduit d’une part par des innovations en termes de narration. Vous trouverez ainsi un récit quasi sans dialogues et porté par un dessin/une mise en scène fantastique (Le Lapin de la Lune). Cette histoire fait partie, graphiquement parlant, des plus belles présentes dans la collection (et la concurrence est rude). On appréciera aussi une mise en abîme fantastique dans le Nouveau Nanairo Inko où le théâtre rencontre l’oeuvre de Tezuka.

    D’autre part, plusieurs récits choisissent la carte de l’inversion. Soit en modifiant le rôle des personnages principaux, soit en changeant le point de vue du narrateur. Nous laissons ainsi les lecteurs se plonger dans Le Maudit et profiter de la vision de ce que pourrait être une suite à Métropolis (à la fois le récit de Tezuka et le film sublime de Rintaro). Ils pourront ensuite redécouvrir Le Nouveau Prince Saphir où le héros a changé de sexe. Ils auront encore dans La Chanson de Mina l’occasion de découvrir un monde inspiré de Blade Runner où la place des hommes et des artificiels a été échangée.

    Une anthologie pour tous les goûts

    La très grande qualité de Tezucomi consiste dans l’éclectisme des récits compilés. Les lecteurs de tout âge, de tout sexe, de tout horizon trouveront leur compte dans le choix des œuvres ici réinterprétées : des contes pour enfants, des polars, des légendes mythologiques, de la romance, de la Science Fiction, de l’humour, de la parodie même. Ceci souligne l’étendue de l’inspiration de Tezuka et la très grande variété des thèmes qu’il a abordés.

    Le lecteur se voit ainsi offrir deux types de récits. D’une part, il va déguster des histoires complètes (Le Maudit, le Lapin de la Lune, Catalante) remarquablement écrites, illustrées. Ces récit sont des bijoux de construction réussissant dans un nombre de pages réduit à offrir une fin brillante à leur histoire. D’autre part, il pourra découvrir les premiers chapitres d’oeuvres qui resteront inachevées : La Chanson de Mina, Les métamorphiques dans la Ville, le Nouveau Prince Saphir, Songoku… Autant d’histoires passionnantes ouvrant sur des univers très complexes dont on aimerait bien (et c’est là une des nombreuses qualités de ce recueil) lire la suite !

    Une ambition graphique doublée d’un fort hommage au 7ème art

    Comme pour le premier opus, ce second volet s’appuie sur une très haute qualité visuelle. Dans des styles allant du shonen, au récit pour enfants, en passant par le seinen voire le polar noir, chaque histoire est magnifique. Nous avons précédemment salué le travail sur Le Lapin de la Lune. Mais ces louanges accompagnent chaque récit de la collection : que ce soit le dynamisme très shonen de Songoku, la douceur shojo de Nanairo Inko ou le polar urbain de La Chanson de Mina ou du Maudit.

    Ce recueil développe visuellement et scénaristiquement une dimension particulière : les liens entre l’oeuvre de Tezuka et le 7ème art. Matthieu Bablet a par exemple poursuivi l’exploration de la relation entre Tezuka et Fritz Lang en mélangeant l’univers de Métropolis avec celui de M le Maudit pour un résultat saisissant. Nous retrouvons aussi des clins d’oeil appuyés à Blade Runner mais aussi aux univers de Blade et d’Underworld dans la reprise de Vampires. Le cinéma d’animation n’est pas en reste puisque les amateurs du genre retrouveront des références à Lady Oscar, Ghost in the Shell ou Pompoko.

    Ce second volume de l’anthologie Tezucomi mérite tous les compliments possibles. Belle, intelligente, audacieuse, chaque histoire rend brillamment hommage au mangaka japonais. Il ne reste plus qu’à attendre la sortie du dernier tome pour profiter totalement de ce recueil vraiment passionnant.

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