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    Critique du tome 4 de Shy : au nom de la mère

    La série Shy s’inscrit dans la relecture du mythe superhéroïque. Centré autour d’une héroïne timide et souffrant du syndrome de l’imposteur, le manga a su nous captiver dès les premières cases de son premier volume. Grâce à son sens de la narration et de la mise en scène, l’auteure Bukimi Miki construit une intrigue passionnante où se mélangent scènes de la vie quotidienne et lutte contre un ennemi implacable. Ce quatrième volume confirme tout le potentiel de cette œuvre touchante et percutante.

    La double vie des super-héroïnes

    Shy, la super-héroïne japonaise et spirits son alter ego russe sont sur la piste d’Amalarilk, leur sombre ennemi révélé lors du premier tome. Leur enquête les conduit en Russie, dans l’orphelinat où Spirits a grandi. Derrière sa désinvolture, celle-ci cache de profondes cicatrices. Que leur ennemi espère exploiter en envoyant contre elle, sa propre mère réincarnée. Un duel dramatique s’engage où nos deux héroïnes tentent de sauver le coeur de leur ennemie.

    Mais rien n’est simple dans la vie de ses combattantes, surtout dans celle de Shy. En effet, lorsqu’elle ne sauve pas le monde, elle doit être une lycéenne normale et construire en parallèle sa carrière de super-héroïne. Entre les interviews pour soigner son image et les sorties entre camarades pour passer pour une jeune fille lamba, ses journées sont épuisantes. Et comme le destin se plaît à menacer chaque jour cet équilibre précaire, notre héroïne ne sait plus à quel saint se vouer pour maintenir son identité super-héroïque secrète.

    Shy tome 4 : la Némesis sort ses griffes

    Une bonne série d’action s’appuie sur un méchant de qualité. Or ce volume clôt brillamment un premier arc narratif (entamé dès le début de la série) centré sur la découverte de la menace Amalarilk. En effet l’autrice iconise cet adversaire. Peu présent visuellement, son ombre plane constamment autour de nos personnages. Cette rareté graphique lui donne toute sa force. Celle-ci s’appuie d’ailleurs sur un dessin percutant mélangeant les codes du shonen et du comics. Et sur la narration qui distille les pièces d’un immense plan machiavélique.

    L’auteure met aussi en place toute une mythologie du mal qui vient en contrepoint de celles de nos héros. Amalarilk, c’est une figure tutélaire, Stigma, mais aussi des serviteurs, des super-héros dévoyés dont seul leur nombre nous est connu. Cette véritable pieuvre se dévoile volume après volume aux termes d’affrontements spectaculaires, d’épreuves initiatiques dignes de Saint Seiya. Cet adversaire s’appuie aussi sur une symbolique forte. D’un côté celle de l’âme pervertie source de leurs pouvoirs. De l’autre côté, celle des anneaux insistant sur le pacte faustien passé entre les serviteurs et leur maître.

    Action et humour un cocktail détonnant

    Ce tome offre aux lecteurs deux ambiances très différentes. Le début en effet propose un combat de haute intensité. Confrontées à leur peur, nos héroïnes expérimentent les difficultés de leur mission. Si vaincre leur est aisé, comment réussir à terrasser sans détruire ? Leur affrontement les mène sur les chemins de la rédemption, de la guérison. En sachant que tout succès implique une perte, une renonciation. La narratrice transporte le lecteur dans un tourbillon d’émotions, de déchirements.

    C’est pourquoi le ton plus léger de la seconde partie est bienvenu. Après le drame, la comédie du quotidien reprend ses droits. Elle est portée par une Shy toujours aussi attachante par sa fragilité et son envie de bien faire. L’histoire flirte ainsi avec la comédie lycéenne. Par de jolies scènes au ton parfois décalé, nous assistons au grand écart permanent entre la vie de héros et celle d’une jeune fille « normale ». Et lorsque un pickpocket fait des siennes, tout un débat intérieur agite nos personnages.

    Shy L’avenir radieux

    Ce quatrième volume enrichit enfin tout le mystère entourant l’univers. Les réponses qu’il apporte entraînent en effet de nouvelles interrogations. Qui est Sigma ? d’où viennent ses pouvoirs ? Pourquoi une telle haine ? Le lecteur est impatient d’en apprendre davantage sur cet esprit maléfique. D’autant plus que la série promet de nouveaux élargissements incarnés par sa garde rapprochée. Une élite redoutable qui a déjà donné du fil à retordre à nos héroïnes. Lesquelles à n’en pas douter vont devoir faire appel aux autres héros de la Terre que le récit n’a pas encore présentés.

    Ce volume s’achève aussi sur l’arrivée d’un nouveau personnage « normal ». Son entrée fracassante est à la hauteur de ce qu’il révèle. Shy doit dès lors s’engager dans une affaire plus que complexe ignorant l’identité de cette personne dont on imagine qu’elle fraye avec des éléments peu recommandables de la société. Tout est réuni pour rendre encore plus impossible la vie lycéenne de notre héroïne.

    Avec ce quatrième volume, Shy continue de nous enchanter. Variation de ton, univers riche, personnages attachants, cet opus poursuit un sans fautes narratif et visuel. Une pépite à découvrir sans plus attendre aux éditions Kana. 

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