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      Critique du tome 2 de Shangri-La Frontier : la chasse est ouverte

      Les éditions Glénat ont mis la main sur une pépite. Lancé en grande pompe en fin d’année 2021, le manga Shangri-La Frontier était une proposition fascinante. Mélanger les univers de l’issekai, du jeux vidéos, du shonen en ajoutant une réflexion sur la culture vidéo ludique. Le premier volume a emballé nos critiques séduits à la fois par le ton, le graphisme et la passion des auteurs. Cette suite confirme toutes les attentes placées dans cette série.

      Le G.O.A.T de la bouse rencontre le G.O.A.T des jeux

      Sunraku est une sommité du monde des jeux vidéos. Sa légende, il l’a construite patiemment en venant à bout des bouses. Sous ce terme se regroupent des jeux vidéo mal fichus, bourrés de bugs, si infaisables qu’on soupçonne leurs créateurs de détester les joueurs. Leur difficulté a dissuadé 90 % des joueurs de continuer à y joueur. Or, c’est précisément ce qui a attiré et transcendé Suranku. Réussir là où tant ont échoué. C’est aussi ce qui lui a permis d’acquérir une dextérité unique en triomphant malgré les hit box défectueuses, les adversaires mal calibrés ou les énigmes absurdes. Alors quand Sunraku décide de jouer à Shangri-La Frontier, le G.O.A.T des M.M.O, il s’attend à vite le maîtriser.

      Ses premiers pas sont une douche froide et une divine surprise. Ce jeu bien conçu, bien pensé met ses talents à rude épreuve. Il y a des règles à respecter, des étapes à respecter. La dextérité ne fait pas tout. Le maestro Sunraku doit même s’avouer vaincu face au redoutable Lycaon, créature légendaire qu’il a été présomptueux d’attaquer si tôt. Cet échec le stimule et il s’engage davantage dans l’univers. Pour progresser, il s’inscrit dans une quête unique. Ce qui attire l’attention des autres joueurs désireux de lui extorquer des informations sur cette mystérieuse mission.

      Shangri-La Frontier : Seul contre le reste du monde

      Ce second tome propulse le lecteur dans une véritable course sans fin. En effet, malgré la défaite et la malédiction infligée par Lycaon, Sunraku est devenu une figure célèbre de Shangri-La. Preuve de ses mérites il a pu accéder à un scénario unique. Une histoire cachée dans le jeu et accessible qu’à des joueurs triés sur le volet. Mais tous ses succès en font une cible. Il est déjà reconnaissable entre mille par son look et la marque de Lycaon. Il est désormais envié par tous les joueurs expérimentés qui veulent lui extirper ses secrets et accéder au scénario unique. Même d’anciens amis IRL se mettent à sa poursuite sans parler d’une amoureuse transie.

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      Toute l’histoire se construit autour de cette impression de traque permanente. Il faut en effet se méfier de tous les joueurs même des plus innocents. Derrière les fans qui le prennent en photos, qui sait si ne se cache pas un informateur. Et quand quelqu’un surgit pour vous aider, le doute subsiste. Est-ce par altruisme ou pour éliminer des concurrents et se réserver la récompense ? Sunraku doit donc constamment esquiver ses poursuivants tout en menant sa propre quête et combattre des monstres. Il va pourtant trouver une aide inattendue auprès du plus improbable des P.N.J. Emul un mignon lapin aux ressources insoupçonnées qui conduit notre héros à revoir ses présupposés. L’apparence ne fait pas tout.

      L’école du skill

      Shangri-La Frontier propose une fusion absolue entre l’esprit shonen et l’univers du jeu. En effet, ce second opus propose un itinéraire du héros que ne renieraient ni Saint Seiya ou Dragon Ball. Les adversaires sont extrêmement puissants et surprenants. Les arènes (au propre comme au figuré) de ces affrontements sont également très diverses avec une attention portée à l’inattendu. Pour notre héros, chaque combat le conduit dès lors à dépasser ses propres limites. Mêlant réflexion et action, le dessin retranscrit cette dimension mystique où le réflexe importe autant que l’observation. Le tout culmine lors du tournoi final où les auteurs se lâchent totalement.

      Ce qui enrichit cette thématique classique c’est l’irruption de l’imaginaire du jeu vidéo. Dans le shonen, le héros réussit en trouvant en lui des ressources insoupçonnées lui permettant de repousser les frontières de la mort. Ici, le succès survient par la répétition, l’apprentissage par l’échec. L’arc du colisée parlera aux nombreux gamers (ceux de Baldur’s Gate par exemple) qui ont expérimenté ces combats épiques. Et cette règle voulant que ce n’est pas toujours le boss qui frappe le plus fort qui est le plus dur à battre. Chaque combat est l’occasion pour Sunraku (comme pour les gamers) d’utiliser ce qu’il a appris et aussi de désapprendre ce qu’il croyait savoir (l’Aigle Toxique en est l’illustration absolue).

      Shangri-La Frontier : Univers dense

      Shangri-La Frontier fonctionne extrêmement bien en s’appuyant sur l’immensité du monde qui nous est proposé. Dans ce second tome en effet, la géographie de cet univers reste encore très floue. Nous connaissons certaines villes. Nous avons un aperçu des règles qui le régissent notamment l’existence de primes mises sur la tête des joueurs, ligues les plus agressives et les moins fair play. Nous découvrons aussi toute une panoplie de joueurs. Les hardcore qui visent les récompenses, les patients, les voyageurs, les observateurs.  Ils définissent ainsi l’esprit de Shangri-La : un M.M.O.R.P.G, un réseau social, un monde virtuel. Un jeu qui en dit aussi beaucoup sur le monde réel. Extension de celui-ci, ce monde virtuel en est l’optimisation pour le meilleur et pour le pire.

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      L’immersion dans ce  second volume profite de la très haute tenue graphique. Les dessins restent toujours aussi beaux et percutants. On apprécie autant le soin apporté aux armures, aux textures, armes que l’énergie des combats. Ainsi, les phases d’exploration demeurent aussi intéressantes que les phases d’action. Il est nécessaire également de souligner l’imagination du scénariste et du dessinateur. Shangri-La frontier ne s’interdit rient. L’Héroic Fantasy côtoie le kawai. La magie se confronte à des mécha golem. Les animaux les plus innocents (lapin, large) se mêlent à des créatures fantastique (l’Ours, l’hydre, le requin des marais, le nitro sanglier). Un fresque épique se déploie donc devant nos yeux rehaussée par une dose d’humour et de second degré finement distillée.

      Ce second tome de Shangri-La frontier transforme donc l’essai. Les promesses du précédent volume sont totalement confirmées. L’effet de surprise a cédé la place à la construction d’univers dense, riche et stimulant. Avec ce titre, Glénat a visé juste.

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