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      Critique du film Lupin III : the first. L’héritage assumé

      Le personnage d’Arsène Lupin a connu une vie fictionnelle fascinante. Apparu en 1905 dans le magazine Je sais tout, il est le fruit de l’imagination fertile de Maurice Leblanc. Ce héros normand fait le bonheur des éditeurs jusqu’en 1941, date de la mort de son créateur et de la fin de la série de livres. Il va alors entamer une seconde carrière éditoriale au Japon quand le mangaka Monkey Punch crée Lupin III (alias Edgar de la cambriole en français) petit-fils du grand cambrioleur. Le succès papier attire l’attention des télévisions nippones qui produisent entre 1971 et aujourd’hui pas moins de sept séries et 30 téléfilms.

      L’arrivée de la série sur grand écran ne tarde pas avec un 1er long métrage en 1978. Une première apothéose intervient en 1979 avec la sortie du Château de Cagliostro réalisé par l’immense Hayao Miyazaki (qui avait déjà œuvré sur la première moitié de la première série). Tel un phénix, le prince des cambrioleurs résiste au temps avec près d’une dizaine de longs métrages produits depuis. Illustration avec la sortie du dernier film de 2019, une modernisation audacieuse, généreuse et plaisante du personnage.

      Lupin III : the first et les aventuriers du journal perdu

      Pendant les années 1960, Lupin et ses acolytes Goemon et Jigen, se rendent à Paris pour voler le journal de Bresson. Cette pièce contient les travaux secrets d’un archéologue qui fut tué par les nazis pour avoir refusé de collaborer avec eux. Entre les pages se niche la localisation de l’éclipse, un puissant artefact. Evidemment, l’objet suscite de nombreuses convoitises. D’abord, celle de Fujiko, une voleuses experte, concurrente et parfois partenaire de Lupin. Celle de Laetitia, ensuite, une jeune étudiante qui est fascinée par Bresson. Et aussi, celle de l’inspecteur Zénigata d’interpol toujours sur les traces de Lupin. Celle enfin d’anciens nazis bien décidés à restaurer le Reich.

      Lupin se retrouve alors mêlé à une histoire beaucoup plus complexe qu’une simple chasse au trésor. Il découvre rapidement que son ancêtre est intimement lié à ce journal et que la jeune et jolie Laetitia cache un sombre secret. Confronté à des choix difficiles, ne sachant pas qui croire, le rusé cambrioleur s’en remet à son intrépidité et à son équipe pour briser le secret du journal.

      Lupin III : the first. Une parfaite démonstration technique

      Remercions Eurozoom pour nous permettre d’admirer cette nouvelle itération du personnage. Car Takashi Yamazaki, le réalisateur du long métrage, maître en image de synthèse 3D, a décidé de donner un coup de jeune à la série. Tout son film est réalisé en effet en images de synthèse 3D. Un pari audacieux, risqué mais relevé avec brio. Son travail va vous éblouir dès les premières secondes : élasticité des personnages, textures, décors. Tout respire la maîtrise technique. Les équipes des effets visuels livrent une œuvre sans fausses notes. Les scènes urbaines, les intérieurs, les poursuites forment l’écrin dans lequel se déploie l’univers bariolé de Lupin.

      Car, outre la beauté des décors, le film répond parfaitement à l’autre exigence de cet univers : le dynamisme. L’esprit Lupin III, c’est l’aventure sans limites. Des courses poursuites, des paysages exotiques, de l’action permanente, des combats virevoltants. Le film d’à peine 1 h 30 va vite, nous transporte sur terre, sur mer, sur différents continents. L’animation doit suivre et le fait parfaitement. Tout est fluide, lisible, nerveux, coloré. Que ce soit pour les scènes urbaines, les combats aériens ou les scènes d’affrontement à main nue. Le film ne perd pas son énergie.

      On est même admiratif devant la capacité du réalisateur a parfaitement gérer les différents tons : l’action, la comédie, le drame. Le travail sur les visages tutoie ainsi  la perfection tant on identifie dès le premier coup d’œil leurs caractères : Fukijo l’extravagante opportuniste, Goemon le samouraï coincé, Jigen le porte flingue désabusé. L’ensemble forme une production de très haute qualité permettant d’entrer de plein pied dans l’histoire.

      Une histoire pulp décomplexée

      Si le film passe si bien, si vite, c’est qu’il s’appuie sur une ambiance terriblement attachante. Ce Lupin III se nourrit de multiples références de la culture populaire totalement assimilées. En effet, le récit multiple d’abord les clins d’œil à Indiana Jones. Des Nazis, un archéologue antagoniste, une base secrète, tout le cocktail du 1er film de la saga est repris pour donner un souffle d’épique. Le 3ème opus est d’ailleurs presque intégralement cité à travers les épreuves pour accéder à l’éclipse. Un emprunt  visible mais qui passe bien. Soulignons aussi le rôle de la musique. La composition tantôt jazzy, tantôt angoissante, tantôt nostalgique accompagne idéalement cette quête archéologique un peu comme celle de John Williams dans Le Temple maudit.

      Le film aussi s’inspire aussi d’une seconde figure populaire : Tintin. L’univers du personnage d’Hergé nourrit d’une part l’impression d’aventure permanente. Comme dans les meilleures aventures de l’intrépide reporter, vous assisterez à des cascades aériennes, des sauvetages rocambolesques, des retournements de situation. L’influence de Tintin se retrouve d’autre part dans la construction de l’émotion. Celle-ci s’appuie sur la relation entre Lupin et son équipe. Une famille qui ne dit pas son nom, comme en son temps Tintin et ses partenaires d’aventures. Les scènes de ménage douces et drôles, la complicité de tous les instants soulignent la force de leurs liens.

      Le film se plaît aussi à utiliser la figure de James Bond. Il nous dépeint un Lupin digne de l’agent 007 : efficace au combat, charmeur, doté de gadgets imprévisibles. Il a toujours un coup d’avance. Avec en plus une dose d’humour parfois osée (la photographie de Hitler !), l’art du bon mot dans le pur esprit pulp. D’ailleurs, à certains moments on se demande si le réalisateur n’a pas aussi vu OSS 117 de Michel Hazanavicius tant il se moque sans limites des nazis. Takashi Yamazaki construit ainsi un récit solide soutenu par un héros protéiforme, moderne au croisement des archétypes.

      Lupin III : the first. Un film trop court

      Généreux, drôle, beau, les qualités de ce long métrage ne manquent pas. Pourtant, à la fin du visionnage il lui manque quelque chose pour venir égaler le film de  Myazaki. On peut d’abord souligner un petit défaut dans la narration : les « deus ex machina ». Si cela fait partie intégrante de l’esprit Lupin, certains sauvetages font un peu forcés et auraient mérité d’être amenés plus subtilement.

      On peut aussi regretter que l’intrigue se focalise sur sa trame principale et laisse de côté des éléments secondaires importants : le rôle de l’ancêtre de Lupin, comment le journal a-t-il été perdu si longtemps, comment Interpol a-t-il eu connaissance des manœuvres des néo-nazis ? L’histoire ouvre de nombreuses portes sur l’ancêtre de Lupin et laissent des questions en suspend : a-t-il survécu aux énigmes, pourquoi est-il parti… Des interrogations qui serviront peut être de bases à une autre film..

      Ces remarques ne suffisent cependant pas à ternir une impression d’ensemble plus que positive. Lupin III The first possède un charme, une énergie, une maîtrise qui font espérer un bel avenir pour la franchise.

      1 COMMENTAIRE

      1. Si ce très beau film vous donne envie de partir sur les traces du vrai Arsène Lupin, vous pouvez retrouver à Etretat l’entreprise Panda Motion, qui propose des chasses aux trésors à pied dans la ville afin de d’apprendre les secrets d’Etretat et de découvrir vous même le trésor de l’aiguille creuse !

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