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      Critique du 1er tome de Tokyo Shinobi Squad : un premier volume plaisant

      Les éditions Kazé nous proposent de découvrir Tokyo Shinobi Squad, série courte en 3 volumes de deux mangakas issue du Weekly Shonen Jump : Yuki Tanaka, Kento Matsuura. Pour rappel, le Weekly Shonen Jump ou Jump est au Japon une institution, un véritable incubateur de talents et de séries devenues culte. Ce magazine a un fonctionnement unique. Il pré-publie chaque semaine les premiers chapitres de nouvelles séries et analyse les réactions de ses lecteurs. Une série manquant de popularité disparaîtra vite, au bout de 6 mois voire plus précocement. C’est ce qui est arrivé à Toyko Shinobi Squad dont la carrière éditoriale au sein du Jump s’est interrompue rapidement. Remercions les éditions Kazé d’avoir pris le risque d’éditer en français les trois tomes. Au terme de la lecture du 1er, malgré des réserves sur le contenu, le choix de l’éditeur français reste très cohérent.

      Tokyo Shinobi Squad : big trouble in néo Tokyo

      2029 le gouvernement japonais lance la réforme « Galapagos ». Le pays s’ouvre totalement en se connectant au réseau hyperloop mondial. A l’intérieur, les normes japonaises s’effacent au profit des règles de l’hypermondialisation. 20 ans plus tard, le constat est amer. Le pays est la proie des gangs. Une violence endogène et exogène gangrène les rues tandis que le pouvoir politique s’enfonce dans le désaveu. Symbole de cette chute, Tokyo porte le titre peu glorieux de ville « la plus dangereuse du monde ».

      Dans ce chaos urbain, les shinobi sont réapparus. Certains servent le crime, d’autres mettent leurs talents au service de la justice. C’est le cas de Jin et de son clan « Narumi » qui écument les rues la nuit. Au cours d’une de ses missions, il vient en aide à Enh, un jeune garçon thaïlandais possédant un parchemin de grande valeur. Jin décide de le prendre sous son aile et de l’intégrer à son clan car le jeune réfugié a un talent très recherché : sa capacité à tout mémoriser en peu de temps. Le voici pleinement membre de l’équipe alors que les missions se succèdent face aux plus dangereux criminels et aux plus sournois des shinobi dévoyés.

      Un récit au croisement des genres

      Ce premier volume pose les bases d’un manga d’ambiance. En effet, les auteurs s’inspirent des codes, de la narration propres au comics américain. Tokyo 2049 c’est Gotham City, cité sombre malgré les néons, ville maudite au bord de l’effondrement. Cet opus installe une atmosphère très originale : une pesanteur, une désillusion. Deux mondes s’observent :celui du jour où les apparences de sérénité semblent sauvegardées ; celui de la nuit où la métropole est livrée aux forces de l’ombre.

      Cette ambiance se double d’un côté western. La série lorgne en effet à la fois vers Cowboy Bebop et les films de Sergio Leone. Le clan Narumi travaille comme chasseurs de primes, mercenaires ou gardes du corps comme l’équipe du Bebop. Ce qui les différencie des clans de l’ombre, c’est leur code d’honneur qu’ils respectent à l’image des héros de cowboy bebop. Ce parallèle avec la série de Watanabe se retrouve aussi dans la caractérisation des personnages : Jin le casse-cou ressemble à Spike, la sensuelle Papillon évoque Faye Valentine. Et comme chez Sergio Leone, les héros ont la réplique facile, jouent de cynisme et ne répugnent pas à la violence.

      Le récit combine enfin deux autres influences : les ninjas et l’esprit City Hunter. En effet, nous sommes face à des ninjas qui manient bien le sabre, les shurikens mais aussi des capacités spéciales (électricité, froid). Ce qui accentue encore le lien avec les comics. L’auteur emprunte ainsi le format de City Hunter, à intrigue procédurale. La narration de ce volume introductif nous présente de fait des missions successives au coeur de la métropole (récupérer des secrets industriels, protection de mannequin). Ces aventures sans lien entre elles en apparence se dénouent en quelques chapitres. Un choix qui cadre bien avec la construction du récit mais qui explique peut être le destin de cette série.

      Tokyo Shinobi Squad : de l’action et une immersion dans les peurs du Japon

      Les amateurs de spectacle seront comblés par ce premier tome. En effet, les dessins sont une vraie plus-value. Très appréciables en effet sont les planches décrivant ce néo-Tokyo à la verticalité gothamienne. De même, les artistes ont choisi une approche néo-futuriste de Tokyo : des technologies de pointe mais pas de voitures volantes ni de maisons flottantes. Ceci renforce l’immersion dans le récit lorsque le lecteur reconnaît des quartiers typiques de Tokyo plongés dans la déliquescence.

       

      Les combats rythment efficacement Tokyo Shinobi Squad de la première à la dernière case. Le manga s’appuie sur des scènes très bien dessinées, dynamiques, alternant les plans larges et les gros plans. Le mélange entre les techniques ancestrales et les « capacités » fonctionne à merveille. Le même combat vous transporte dans Ghost of Tsushima puis dans Naruto. Les antagonistes montent aussi rapidement en puissance ce qui augure de futurs face à face épique.

      L’un des éléments intéressants de cette histoire c’est son sous-texte social. Si l’explication du chaos politique se fait en quelques cases et est beaucoup trop rapide voire frustrante, des éléments disposés dans la narration viennent enrichir le discours. Le récit s’appuie sur des peurs ancrées dans l’inconscient japonais: la peur de se dissoudre dans la mondialisation, la question de l’immigration et du déclin. Le manga aborde aussi dans cette introduction la thématique du métissage et de son irruption dans la culture japonaise. Nous retrouvons enfin la crainte de la disparition du Japon imaginée ici sous la forme de ce chaos urbain.

      Tokyo Shinobi squad : un manga qui arrive trop tard

      Une impression se dégage à la fin du premier acte de la série ; celle d’une histoire à qui il manque un petit quelque chose. L’univers d’une part ne marque pas assez le lecteur. Les éléments sont là pourtant : discours social, l’ambiance, la mystique. Mais les auteurs n’approfondissent pas assez l’intrigue, l’explication sociétale voire l’origine des pouvoirs.
      La série souffre aussi d’une de ses qualités. Elle emprunte à de nombreux registres et finalement ne sait pas trop ce qu’elle est. Elle se définit comme un shonen qui explore des chemins plus sombres tout en restant cool et drôle. Et le découpage de la narration en missions successives peine à donner un ton clairement assumé et défini.

      On peut aussi dire que cette série souffre de ses thématiques, intéressantes mais très présentes dans l’univers actuel du manga. Découverte de pouvoir, criminalité underground, intégration d’un clan, ninja. Ces idées sont déjà au coeur des intrigues de Naruto, My Hero Academia ou Mission Yozakura family. Tokyo Shinobi squad fait dès lors face à une forte concurrence et ne parvient pas encore à montrer sa différence. Ce qui explique peut être son arrêt au Japon : elle traite juste bien d’idées que ses concurrents ont transcendées.

      A la fin de ce premier volume, force est de reconnaître que nous avons droit à une œuvre honnête portée par de très beaux dessins et une volonté de croiser de multiples genres. Cette introduction augure d’une série plaisante à défaut d’être originale dans son scénario. Tokyo Shinobi Squad aurait connu un autre destin si elle était sortie à un autre moment.

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