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      Critique des 3 premiers épisodes de “Project Scard: Scar on the Praeter” : une entrée en matière poussive

      Sous le titre de Project Scard : Scar on the Praeter se dissimule la dernière série animée produite par Frontier Works. Découpée en 13 épisodes, elle s’intègre dans un projet cross-média associant manga, anime et musique. Elle propose un univers au croisement de la science-fiction, de la magie, des arts martiaux et des intrigues politiques. C’est le studio Go Hands, à qui l’on doit l’excellent film d’animation Mardock Scramble, qui est chargé de sa réalisation. Un choix logique car il a précédemment travaillé sur la série K dont l’intrigue possède des similitudes avec ce nouveau projet. Au bout de 3 épisodes, il est possible de dresser un bilan mitigé de cette entrée en matière.

      Project Scard: Scar on the Praeter”

      Akatsuki, champs de bataille

      Dans un passé proche, le quartier fictif d’Akatsuki est devenu une zone économique spéciale au cœur de Tokyo. Autogéré, il accueillit des grandes firmes attirées par les faibles taxes et l’absence de contrôle étatique. Mais l’utopie devient très vite un cauchemar où les grandes corporations et les gangs firent la loi et répandirent le chaos. Dépassé, l’Etat laissa la violence gangréner les rues et les civils subir des violences quotidiennes. Jusqu’à l’apparition des Scards, des agents surhumains, marqués de tatouages divins leur donnant des superpouvoirs. Ils rétablirent l’ordre, chassèrent les firmes et protègent depuis les habitants des gangs.

      Aujourd’hui, le quartier est  indépendant. Mais cette tranquillité nourrit d’étranges jeux de pouvoirs. En effet, trois organisations employant des Scards (Hélios, Artémis et le Bureau de la sécurité publique) maintiennent la sécurité tout en se combattant. En parallèle, un gang très organisé, le dusk, continue ses incursions dans la zone. Pour compliquer la situation, une mystérieuse arme, la balle déicide, fait son apparition ainsi qu’un tueur de héros « Fenrir ». Yamato Kai, habitant du quartier, se retrouve plongé dans cette lutte d’influence.

      Project Scard, Scar on the Praeter : une histoire prometteuse mais confuse.

      Dans sa narration, le studio Go Hand a choisi d’utiliser le procédé dit in media res : plonger le spectateur au cœur de l’action et lui révéler épisode après épisode les enjeux. C’est un procédé classique très employé dans la fiction. Il a la vertu de donner du rythme et de se dispenser d’introduction parfois longue. Ici, il faut attendre l’épisode 2 pour que l’on nous explique le contexte historique, l’épisode 3 pour découvrir les rivalités entre clan et la dimension magique du récit.

      Or, malheureusement, ces révélations restent assez maladroites. La faute à une définition très confuse de la chronologie, du contexte social  et politique. On ne comprend toujours pas si nous sommes dans un Japon contemporain ou fantasmé. On ne sait pas quelle est la situation politique du pays, pourquoi le gouvernement laisse un quartier devenir une zone de non-droit, ce que sont les scards. A titre de comparaison, on peut se rappeler comment Otomo dans Akira (le film) arrivait en quelques plans à nous plonger dans son Néo Tokyo en plein marasme économique, contestation étudiante, fracturé socialement et gangrené par les sectes.  Cette confusion nous empêche de nous attacher aux personnages.

      Ce qui rajoute à cette frustration narrative c’est que le Project Scard: Scar on the Praeter veut aller dans de nombreuses directions. Le récit met d’abord  en place les bases d’un récit classique de super-héros. Des superpouvoirs qui varient selon les personnes ;  des êtres perçus comme des dieux par la population comme une menace par les autorités, des pouvoirs hérités et que l’on peut transmettre. Le récit se veut aussi fantastique en empruntant  à la mythologique occidentale une dimension mystique illustrée par le personnage de Fenrir (loup des légendes scandinaves, fils de Loki et d’une géante et qui tua Odin lors du Ragnarök). La série se construit enfin comme une enquête policière autour d’un enfant séparé de ses parents alors qu’ils essayaient de fuir Artémis et qui intéresse de nombreux groupes. Mais au bout de trois épisodes, la narration s’embrouille sans nous donner d’éléments clairs sur l’origine des pouvoirs, la méfiance des autorités ou sur la nature des menaces. Les auteurs ne savent pas quelle dimension privilégier. Il distille un peu de fantastique,  saupoudré  de  policier et rehaussé de super-héroïque sans approfondir  l’un des axes. Il désamorce ainsi la portée de leurs différents arcs narratifs.

      Project Scard, Scar on the Praeter : une réalisation maladroite.

      L’aspect visuel aurait pu améliorer l’ensemble. Or, il risque de surprendre et de décourager beaucoup de spectateurs. En effet, le studio a choisi de mélanger de l’animation classique (2D) sur des environnements  3D. Or, si l’idée est bonne sur le papier, le résultat à l’écran est beaucoup plus contestable. Il se dégage l’impression d’avoir des personnages collés sur des décors 3D. En plus, ces décors ont une texture très métallique qui tranche totalement avec celle des personnages. Cela est très gênant dans les scènes d’intérieur (le café par exemple) et a la fâcheuse tendance à sortir le spectateur du récit.

      Il faut en plus remarquer que  les environnements sont extrêmement pauvres. Les rues par exemple  sont quasiment vides de personnes hormis les protagonistes. Cela peut à la rigueur se comprendre pour le quartier d’Akatasuki, mais pour la ville de Toyko, c’est étrange. Cette même « aridité » des décors se retrouve dans les scènes intérieures : bureau d’Artémis, hôpital. Seul le café d’Hélios fait exemption à la règle.

      Ce qui sauve la réalisation, c’est le chara-design des personnages « style steampunk»  en décalage avec l’environnement réaliste et les scènes de combat bien rythmées et nombreuses.

      Ces trois premiers épisodes sont donc une déception. L’histoire a du  potentiel  gâché par les choix narratifs du studio. Comme si l’anime ne devait que suggérer un univers plutôt que nous faire entrer de plein pied dedans.

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