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      Critique de L’Oxalis et l’Or, tomes 1 à 4 : ruée furieuse vers l’or

      Depuis le mythique Akira, les éditions Glénat s’imposent comme le fer de lance du monde du manga en France. Telle une locomotive lancée à pleine vitesse, elles nous proposent chaque année de nouvelles petites pépites, dont la qualité leur permet d’exister à côté des mastodontes comme One Piece ou Gunnm. C’est ainsi le cas de L’Oxalis et l’Or, nouvelle série du talentueux Eiichi Kitano. Œuvre engagée, parfois brutale dans la réalité qu’elle restitue, L’Oxalis et l’Or nous offre un pas de côté, à la découverte de jeunes aventuriers dont le courage sera à l’origine des États-Unis d’Amérique tels que nous les connaissons aujourd’hui.

      L’histoire

      1849. La Grande Famine ravage l’Irlande depuis quatre ans. Ceux qui ne sont pas encore morts ou n’ont pas émigré errent sur des terres désolées où plus rien ne pousse. Amelia et Conor sont les seuls survivants de leurs familles. Leur ferme perdue, ils subsistent à travers la lande en fouillant les cadavres qu’ils croisent.

      Mais au fond d’eux brûle une ambition : rallier les États-Unis d’Amérique et faire fortune grâce à l’or déniché en Californie ! Par ce moyen, ils espèrent se mettre à jamais à l’abri du besoin et oublier quelque peu les drames qu’ils ont traversés. Pourtant, le chemin se révélera beaucoup plus ardu et dangereux que tout ce qu’ils avaient imaginé… Amelia et Conor parviendront-ils à réaliser leur rêve ? Seront-ils de taille pour affronter cette cruelle terre promise ?

      L’Oxalis et l’Or : à la poursuite de l’Histoire

      Avec L’Oxalis et l’Or, Eiichi Kitano nous offre une plongée immersive dans les méandres de l’Histoire. Depuis l’Europe continentale et les landes irlandaises, jusqu’aux immensités démesurées d’Amérique, le mangaka déroule avec une passion non dissimulée un récit d’aventure aux échos ténébreux.

      En effet, si la fougue et la détermination d’Amelia portent la narration, celles-ci prennent racine dans un contexte dramatique. Au milieu du 19ème siècle, une épidémie de mildiou se répand dans les cultures de pommes de terre en Irlande. Si les paysans cultivent d’autres plants comme des céréales, celles-ci sont réservées à l’exportation, au profit des riches landlords anglais. La pomme de terre représente ainsi la source principale de leur alimentation. La population se retrouve au bord du gouffre. Car dans le sillage du mildiou qui se propage à grande vitesse, la famine et les épidémies ravagent les corps.

      Au bout du compte, les historiens estiment que les deux tiers des victimes sont mortes de faim, le tiers restant ayant succombé face au typhus ou au choléra. Ceux qui ont survécu émigrent aux quatre coins du monde, délaissés voire accusés par le gouvernement anglais. La Grande Famine se poursuit jusqu’en 1852, avec un terrible bilan : près d’un million de morts et deux millions d’émigrés. Mais la population irlandaise ne s’en remettra réellement que plusieurs décennies plus tard : en 1911, le pays comptait 4,4 millions d’habitants… soit deux fois moins qu’au début de cette tragédie.

      C’est cette terrible réalité que nous dépeint Eiichi Kitano. Cependant, il est loin de s’arrêter à la seule situation irlandaise. A travers le voyage d’Amelia et Conor, nous assistons à la construction du monde tel que nous le connaissons aujourd’hui. Depuis les cales sinistres des bateaux transatlantiques, en passant par l’effervescence et la violence de New York, jusqu’aux richissimes plantations de coton des États du Sud, c’est un véritable défilé d’évènements et de personnages historiques qui nous est présenté… Et qui met en lumière tous les travers de l’humanité.

      Ode à l’universalisme

      L’exigence du récit rend légitimes certains arrangements avec le cours de l’Histoire. Néanmoins, l’auteur prend le temps de dépeindre la réalité des faits et des dates dans la postface de chaque tome… narrée par les personnages décédés jusque-là dans le récit !

      On voit alors que l’humour reste présent, et c’est une bonne chose. Cela permet effectivement de faire retomber la pression, alors même qu’Amelia et Conor s’enfoncent dans les terres américaines et en découvrent les merveilles… mais aussi les horreurs. Avec un running-gag tout particulier, le mangaka nous rappelle notamment la condition d’origine de ses héros. A cela s’ajoutent des situations parfois cocasses, mais dont l’arrière-plan tragique émerge toujours. Et cela nous permet de prendre du recul : cette course endiablée vers les mines d’or de Californie ressemble bien souvent à une fuite désespérée.

      Le rythme de ces quatre premiers tomes est très rapide, donnant parfois l’impression de passer trop vite dans les villes ou de rencontrer en coup de vent des personnages importants. Pourtant, L’Oxalis et l’Or consacre à tous une psychologie complexe. Que ce soit en quelques cases ou en plusieurs chapitres, chaque protagoniste s’ancre avec réalisme dans le récit.

      A travers les yeux hypnotiques d’Amelia se dévoile un panel de personnalités hautes en couleurs. Face à l’intolérance et au racisme, la jeune fille oppose sa passion et son humanisme. Cela ne l’empêche pas, par ailleurs, de se remettre en question, notamment concernant le lien qui l’unit à Conor. Ami ? Serviteur ? Valet ? Esclave ? Le pacte de loyauté qui les lie se dévoile peu à peu, mais il est aussi durement mis à mal par de nombreuses péripéties. Plus le récit avance, plus les personnages prennent de l’ampleur et se complexifient. L’identification et l’attachement que nous leur portons ne font alors que s’amplifier de manière très naturelle.

      Enfin, le dessin très agréable s’agrémente de paysages somptueux, parfois écrasants (à l’image des célèbres Great Falls). Le découpage est très cinématographique, et Eiichi Kitano n’hésite pas à terminer ses chapitres sur des cliffhangers haletants. Avec son rythme effréné, L’Oxalis et l’Or s’impose comme une furieuse ode à la liberté, qu’il est impossible de lâcher une fois commencée.

      En conclusion, ces quatre premiers tomes installent un récit haletant et au ton unique. Eiichi Kitano transforme brillamment l’essai en mêlant quête historique et esprit shônen, critique sociale et ambitions inébranlables à la self-made man. Découvrez sans plus attendre la rencontre détonante entre le Vieux Continent et le Nouveau Monde, par l’auteur du survolté Karate Heat ! Et s’il est difficile d’attendre le 19 janvier pour le cinquième tome, vous pouvez vous plonger dans L’histoire de l’empereur Akihito ou préférer une tranche-de-vie tranquille mais fantastique avec The Elf and the Hunter !

      Pour lire un extrait, c’est par ici !

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