More

    Critique de la saison 1 Tokyo 24th Ward : une série qui se cherche

    Lancée au début du mois de janvier 2022 sur la plateforme wakanim, Tokyo 24th Ward était une série très intrigante. Son postulat mélangeait d’abord voyage dans le temps et intrigue politique. Sa réalisation ensuite confiée au studio Cloverworks promettait de spectaculaires séquences d’action. Ses mystères enfin présentés par le très réussi premier épisode (voir ici la critique) auguraient d’une intrigue dense.  Ces grandes attentes expliquent sans doute la demi-déception ressentie à la fin de la saison.

     Trois hommes et une défunte

    Ils sont trois jeunes amis, Ran, Koki et Shuta, inséparables depuis leur enfance. Vivant dans le 24ème district de Tokyo établi sur une île artificielle, ils connaissent les moindres détails de leur quartier qu’ils aiment. Et malgré leur caractère différent, leurs liens sont indéfectibles. Jusqu’au jour de l’incendie qui ravagea leur école et emporta dans ses flammes Asumi la sœur de Koki et amie des deux autres. Depuis, leurs chemins ont divergé.

    Un an après ce drame, les trois anciens amis se retrouvent par hasard pour commémorer leur drame. Le temps n’a pas estompé les rancœurs et aucun n’a fait son deuil. Leur quartier lui change à toute vitesse sous la férule du maire Suido Gori, le père de Koki. Il a mis en place le hazard Cast un système de prédiction des crimes fonctionnant grâce au superordinateur Kanae et le SARG une police interpellant en amont les futurs criminels. Cette situation nourrit une opposition au sein du quartier alors qu’avancent les préparatifs d’intégration avec Tokyo. C’est dans ce contexte que Ran, Koki et Shuta, reçoivent un appel étrange. Une inconnue ayant la voix de leur ami décédée leur demande de choisir l’avenir avant de leur projeter une vision d’une catastrophe à venir. Intrigués, ils décident d’empêcher ce drame tout en tentant de comprendre qui est cette mystérieuse personne.

    Tokyo 24th Ward : une réalisation très efficace

    Cette série propose tout au long de ses 12 épisodes une réalisation irréprochable. Celle-ci s’appuie d’abord sur le soin apporté aux personnages.  Ils sont d’abord très nombreux. Ils profitent d’un design très clair, varié jouant sur toute une gamme d’attitudes. Les personnages secondaires d’autre part ne sont pas sacrifiés au profit des personnages principaux. Ils ont droit à une très bonne caractérisation à la fois visuelle et scénaristique. Enfin, les trois amis se taillent la part du lion. La série exploite visuellement toute la richesse de leur personnalité. Ils sont à la fois magnifiés par les scènes d’action et humanisés dans les très nombreux moments de tristesse, de séparation, de doute notamment lors de la séquence poignante où ils vont s’avouer l’impossibilité de faire leur deuil.

    Tokyo 24th Ward propose en outre un univers très captivant et divers porté par les trois principaux protagonistes. Le spectateur est transporté du monde bariolé underground de Ran l’artiste  à celui plus feutré, technique, froid de Koki. Tandis que celui de Shuta nous propulse dans la vie quotidienne du quartier, celle des restaurateurs, celle des gens normaux. Ceci permet de plonger dans les trois strates du quartier : les bidonvilles, la ville ancienne et la ville moderne.  Les animateurs vont alors proposer trois ambiances distinctes. Le bidonville et la ville moderne sont superbement mis en image. D’un côté le délabrement, les logements précaires mais aussi l’art de rue qui illumine les murs lézardés. De l’autre les tours modernes, l’hyper technicité, la lumière environnante mais froide. Et entre les deux, la ville ancienne cultive ses traditions, des festivals et cherche une voie médiane.

     

    Une histoire qui lorgne vers Psycho Pass et Minority Report

    Le premier épisode, un double épisode en réalité, avait annoncé la couleur. Tokyo 24th Ward est une série qui a beaucoup à dire et qui veut prendre son temps. Il y a en effet un parti pris narratif qui peut décontenancer le public. Les épisodes ne suivent forcément un rythme feuilletonnant. Par exemple, l’épisode n° 2 ne poursuit pas l’intrigue du 1er mais part sur un autre arc narratif. Qui sera interrompu puis repris plus tard. Les scénaristes brouillent les pistes alternent épisode dynamique et épisode plus lent mettant en place progressivement leur intrigue. De même, ils utilisent voir sur-utilisent les ruptures de ton passant du drame à la comédie assez abruptement.

    Mais il y a une raison à cette construction décousue. Le cœur de Tokyo 24th Ward c’est une histoire de SF aux relents très modernes. Elle nous parle en effet comme Psycho Pass ou Minority Report de surveillance, de pré-criminalité. Elle interroge ses personnages et le public sur l’équilibre entre sécurité et liberté. Quel niveau de contrôle sommes-nous capables d’accepter pour assurer notre bien être ? Et avec subtilité les scénaristes ne prennent pas partie. De même comme pour les deux œuvres citées, la série interroge sur notre dépendance aux algorithmes. Que faire quand le système déraille ? Ainsi, à l’aune de ses questions, on comprend que la série alterne entre plusieurs tons pour insister sur la progressive installation du contrôle et la difficile prise de conscience.

    Tokyo 24th Ward :  un cadre flou et des arcs narratifs secondaires trop nombreux

    La série souffre malheureusement d’un défaut d’écriture qui finit par pénaliser l’ensemble. En effet,  les scénaristes n’ont d’abord  pas pris le temps d’installer clairement leur contexte historique et politique. Rien ne permet d’éclairer la situation de ce district. Comment est-il né ? Quels sont ses rapports avec Tokyo ? Pourquoi des bidonvilles sur une île artificielle récente ? Les scénaristes n’ont pas choisi d’inclure leur histoire dans une uchronie ou un œuvre d’anticipation. Or, certains enjeux (les rapprochements avec Tokyo, la destruction des bidonvilles) s’appuient sur cette situation politique qui reste très floue. Il en résulte des intrigues secondaires dont on peine à saisir l’importance et des antagonistes qui perdent en intérêt.

    Ensuite, les scénaristes de Tokyo 24th Ward ont choisi dès leur premier épisode de donner temporairement aux trois héros des sortes des super pouvoirs. Or, jamais l’histoire ne va expliciter ce phénomène qui reste juste un artifice permettant de construire de solides scènes d’action. Ces prodiges ne conduisent pas à des questionnements des habitants, du maire, de la police. Cela nous amène à l’autre défaut d’écriture. Les auteurs ont tendance à prendre des thèmes qui sont aujourd’hui à la mode. Ici, les pouvoirs ou la responsabilité, là le piratage des portables, l’addiction aux écrans, l’évaluation permanente ou encore la réécriture de l’histoire, les secrets de famille… Ils les convoquent en les mixant à des figures reconnues de l’animation. Ils tentent alors un mariage entre My Hero Academia et Ghost in The Shell sans jamais trouver ni le ton juste ni l’équilibre narratif.

    Tokyo 24th Ward est une série qui vous fera passer malgré tout un bon moment. Mais elle vous laissera un immense goût d’inachevé. A trop se disperser, les auteurs n’ont pas  trouvé l’identité propre de leur œuvre qui ne fait qu’effleurer ses thèmes riches.

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.