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      Bakuso City : critique d’une course poursuite rétro inspirée par Akira

      L’éditeur Black box continue de publier des récits originaux passés sous les radars des éditeurs francophones. Le mois de mars voit donc débarquer sur leur catalogue Bakuso City. C’est un One shot de 290 pages pré- publié originellement en 1989-1990 dans les pages du magazine Comptiq de la maison d’édition Kadokawa. Le récit dynamique à défaut d’être novateur peut se déguster comme une jolie variation autour de l’oeuvre culte Akira.

      Les Bosozoku à la rescousse

      Ils sont trois lycéens amoureux de moto et membres d’un gang reconnu. Ryuichi, Momoru, Motoki arpentent les rues de la capitale cherchant le moindre prétexte pour défendre leur « territoire » et s’en prendre aux autres bosozoku, les gangs de motardsd japonais. Mais lors d’une de leur rixe alors qu’ils poursuivent une voiture, ils se retrouvent nez à nez avec la police, l’armée et la brigade spéciale d’intervention.

      N’ayant pas froid aux yeux, ils font face à leurs adversaires et mettent la main sur l’un des occupants de la voiture. Il s’agit d’une fille répondant au nom de code P-2. Ne sachant pas pourquoi on la poursuit, elle devient un enjeu de premier ordre. Les forces de l’ordre la traquent et promettent une prime aux gangs qui la rapporteront. Nos trois loubards se retrouvent coincés dans une histoire qui les dépasse. Et quand leur chef se découvre une morale et un coeur, les voici lancés dans une course contre la montre qui pourrait décider du destin de Tokyo.

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      Bakuso City : de l’action avant tout

      Le scénariste Jun Ujitani ne s’embarrasse pas de détails. Son histoire débute in medias res. Pas de round d’observation. Il nous plonge dans une course poursuite effrénée qui ne s’interrompt quasiment pas pendant 290 pages. Un peu comme dans le dernier film Mad Max, nos héros avancent puis reviennent sur leur pas. Les amateurs d’action seront ravis car ce récit est généreux en affrontements à haute vitesse, en combats de rue le tout culminant dans un duel final contre des hélicoptères. Le dessin terriblement énergique sert à merveille ce propos notamment lors des poursuites virevoltantes.

      Toute l’intrigue politico-militaire se révèle lors des quelques moments de pause. Elle est évacuée en quelques cases. On pourra regretter la rapidité avec laquelle le contexte japonais est évoqué. Le récit lorgne ainsi du côté de l’Uchronie tout en conservant une forte dimension réaliste. Ceci permet aux lecteurs d’entrer très vite dans l’histoire sans avoir à assimiler des sommes d’informations. En revanche, les personnages perdent en caractérisation et certains enjeux sont trop vite survolés.

      Bakuso City

      Un récit vintage

      Les lecteurs doivent être avertis. Nous sommes devant une œuvre qui a plus de trente ans. Bakuso City décrit dès lors un Japon d’une autre époque, met en scène des traumas d’un autre siècle. Toute la réflexion sur les gangs, la jeunesse perdue se comprend dans le contexte de ce Japon de la fin des années 1990 qui subissait de plein fouet la crise économique née de l’explosion de la bulle immobilière spéculative.

      La question du poids des militaires est une autre thématique de ce manga qui irrigue d’ailleurs de nombreuses œuvres nippones de cette époque. Patlabor 2 de Mamoru Oshii ne traitait pas d’autres choses. Nous retrouvons enfin tout le poids du souvenir de l’ancien impérialisme nippon qui a resurgi en 1989 lors du décès de l’empereur Hiro-Hito.

      Au de-là de ces thèmes, c’est surtout le style qui est très rétro. Bakuso City est une plongée dans l’univers des Bosozoku. Ces gangs de motards connurent leur apogée entre les années 1970-1980. On estime qu’ils regroupaient à leur paroxysme 40 000 membres. Ils défrayaient régulièrement la chronique par leur rixe, par l’insécurité qu’ils provoquaient sur certaines routes voire dans certains quartiers. Le manga reflète toute la complexité de ce phénomène. Ses codes, sa violence, son code d’honneur, son imagerie. Il le met surtout en lien avec la situation politique et sociale du Japon engagé dans une croissance effrénée.

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      Bakuso City : un récit qui s’inspire allègrement d’Akira

      Si le récit se laisse suivre avec plaisir, il n’en reste pas moins énormément inspiré par l’oeuvre culte de Katsuhiro Otomo, Akira. En effet celle-ci est publiée au Japon entre 1982 et 1990. Le film sort quant à lui en 1988. Les deux vont connaître un succès colossal dans l’archipel et dans le reste du monde. Ils vont avec les œuvres de Mamoru Oshii poser les bases de la Science-Fiction animée à la japonaise. Il semble impossible que l’auteur et les dessinateurs de Bakuso City n’aient pas lu, vu ces productions.

      En effet, toute la structure de ce manga reprend celle d’Akira. L’accident, le gang, l’opposition avec la police. L’histoire d’amour entre le chef et la rebelle. L’annihilation programmée de Tokyo. L’opposition entre Scientifiques et militaires. Bakuso City se présente comme un hyper concentré d’Akira auquel on aurait retiré les dimensions politiques, mystiques et science fictionnelles. Ecrit au moment où Akira s’arrêtait, ce manga s’apparente comme une astucieuse exploitation du succès de l’oeuvre de Otomo. Ce qui en fait toute la qualité mais aussi la faiblesse.

      Avec Bakuso City, Blackbox donne sa chance à un récit étonnant très inspiré par la série Akira. Sans égaler son modèle, il se déguste sans déplaisir porté par un dessin énergique et une narration qui va droit au but. Si vous souhaitez découvrir d’autres oeuvres de cet éditeur, nous vous invitons notre avis sur Les Samouraïs de l’éternel.

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