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      Believer : Ces films coréens géniaux que vous avez raté

      Sachant que Believer est le remake du film hong-kongais Drug War, l’envie de comparer les deux pourrait nous traverser l’esprit. Ce n’est peut-être pas une très bonne idée car, mis à part quelques détails, l’histoire, l’interprétation, l’ambiance, s’avèrent complètement différentes. La plupart des remakes se limite à nous présenter une copie conforme. Soit ils sont tournés dans le même pays mais à des époques différentes, soit ce sont les pays qui achètent les droits au pays du film d’origine. Quand cela change de pays, il y a ces éléments basiques qui sont les mœurs et la culture qui se froissent. Un aspect décalé s’installe depuis le début, comme un tableau qui ne correspondrait pas à son cadre. Mais…

      L’histoire

      Dans le but de mettre un terme au plus grand trafic de drogues d’Asie, l’inspecteur Won-ho est déterminé à arrêter son mystérieux chef, qui est seulement connu sous le nom de « Monsieur Lee ». Il s’associe pour cela avec Rak, une petite frappe membre du cartel qui désire se venger de Monsieur Lee. (Wikipedia)

      Fiche Technique

      Réalisation : Lee Hae-young
      Scénario : Chung Seo-kyung, Lee Hae-young
      Titre hangeul : 독전 ; RR : Dokjeon ; littéralement, « Saisie »
      Genre : Policier, action
      Durée : 123 minutes
      Date de sortie : 22 mai 2018
      Distribution Jo Jin-woong, Ryu Jun-yeol, Cha Seung-won, Kim Ju-Hyeok

      Il serait inutile de comparer Believer à quoi que ce soit, voire dommageable. Il est intègre, propre, soigné jusqu’au moindre détail. Le visionner en songeant à Drug War, réalisé par Johnnie To, serait une perte de temps. Car si le film hongkongais pêche de cette cacophonie provoquée par les échanges identité, Believer démêle toute embrouille, sans qu’aucun élément indésirable vienne perturber la compréhension du film.

      Acteurs et impressions : indissociables

      L’histoire exposée plus haut nous place directement au cœur du sujet. La vraie histoire est magnifiée par le charisme et le caractère que chaque personnage attribue au scénario.

      Ryu Jun-yeol

      Ryu Jun-yeol tire avantage de son physique sans pour autant en jouer ou parader. Il colore « Rak » à vue d’œil, ce personnage venu d’ailleurs. Il l’intègre, s’identifie et sans qu’on s’en aperçoive, il le fait grandir, prendre de l’assurance et le démarque en toute discrétion. En effet, si au début il ne fait qu’un avec l’inspecteur Won-ho, leur symbiose forcée finit tout doucement par se diviser, tacitement et à leur insu.

      Jo Jin-woong

      Mais c’est l’inspecteur Won-ho, interprété par Jo Jin-woong, le premier arrivé sur place. Ce n’est pas comme si cet acteur nous avait déjà fait preuve de grands exploits. Toujours égal à lui-même, il a du mal à se mouiller ou changer de registre. Ses personnages sont pour la plupart teintés de sa personnalité et même s’il nous a déjà fait grâce d’une grande diversité des rôles, il garde ce côté « lui-même » qui pourrait finir par nous ennuyer. (Encore lui ?).

      Believer lui donne la possibilité de camper un personnage aux 1000 visages. Un flic qui va se servir de ses allers-retours entre le bien et le mal afin de poursuivre un fantôme. Et il assure. Il est extraordinaire de remarquer sa façon de changer son regard à chaque fois qu’il a une personne différente devant lui. C’est justement sa façon de regarder Rak qui aurait dû nous faire tiquer sur le titre du film.

      Kim Ju-Hyeok

      Et puis nous arrivons au regretté Kim Ju-Hyeok ou, c’est plutôt lui qui court vers nous sans aucun égard. On ne le reconnaît pas. On a une Sensation quand même de déjà-vu. Ce n’est pas la première fois que nous voyons cet acteur, « j’ai déjà entendu cette voix« . Impossible de mettre un nom dessus alors qu’il a été l’un des meilleurs acteurs coréens. Complètement dérangé, désinhibé, tellement à l’opposé de ce à quoi il nous avait habitué que, quand on finit par comprendre de qui il s’agit, nous sommes envahis par la surprise et la tristesse. C’est comme s’il avait décidé de jouer son dernier rôle sans aucune retenue.

      Le réalisateur aura dit plus tard, que Kim Ju-Hyeok avait tenu à interpréter parfaitement ce personnage et qu’il avait travaillé le moindre détail. Décédé avant la fin du tournage suite à un accident de voiture (encore inexpliqué), il nous aura offert un chant de cygne de toute beauté. Avant le générique de clôture, une ligne « À la mémoire de Ju-hyuk Kim » est affichée.

      Cha Seung-won

      Cha Seung-won sait jouer les cyniques. Sorti de nulle part, habillé en blanc tel le gourou d’une secte ou un marié italien, avec cette voix qui le caractérise, il nous rappelle qu’on est tous encore en train de chercher Monsieur Lee. Enfin, est-ce le cas ? Son costume blanc se démarque des autres couleurs. Ce n’est peut-être pas la première fois que le blanc apparaît sur l’écran (il est d’ailleurs très présent), mais sur Cha Seung-won, il prend forme. Il nous fait réaliser que Ryu Jun-yeol évolue dans les bleus. Que Jo Jin-woong est plutôt dans les couleurs noires sans tomber dans le sombre et que Ju-hyuk Kim est entouré de nuances de terre. Comme s’il y avait de la poussière figée autour de lui.

      Impressions finales

      Ce casting impressionnant crée l’histoire, la modèle, la manipule. Le travail de la production se confirme. La volonté très adroite de rendre immenses les vues extérieures. La composition des prises d’intérieur. Les couleurs, les acteurs, et même leurs habits qui évoluent dans une parfaite harmonie. Avec la photographie de Kim Tae-kyung (The Throne, Hit and run) et la bande originale de Dalpalan, (« A Bittersweet Life »,  » Le Bon, la Brute et le Cinglé « ,  » The Strangers »…), le suspense, la tension, deviennent acides, nous picorent. Ces moments statiques qui n’ont du poids que par leur paralysie. Les émotions, les sentiments mitigés, les relations, cette évidence qui finit par cristalliser… Believer consolide à son avantage tous ces éléments le rendant délicat et acéré en même temps.

      Fin

      Fin ouverte ? Pas vraiment. La projection coréenne s’avère bouclée, avec une fin bien précise. Pour la version internationale, il faut se creuser les méninges. Une fin aussi propre et limpide que le film en soi, dans un paysage enneigé (Des scènes tournées en Norvège) qui s’éloigne comme quelque chose qu’on veut oublier. Ou qui ferait déjà partie d’un souvenir.

      Si cette fin ne vous convient pas, dites-vous bien que la solution, la réponse se trouve dans le film et, au moins, on n’a pas eu droit à la fin angoissante (sinistre, affreuse, excessive… consternante) de Johnnie To. Non mais, franchement, que lui est-il passé par la tête ? Parce que s’il s’agit de propagande, on s’en passe. Sans compter cette scène ridicule où Louis Koo essaye de s’échapper alors qu’il a l’inspecteur menotté à sa cheville.

      Ce remake de Lee Hae-young n’emprunte que certaines bases de Drug War. Il engloutit ses défauts, démêle son cafouillage. Il explore des émotions sans tomber dans ce sentimentalisme dans lequel les Coréens pêchent souvent. Il ne s’agit pas d’une copie conforme mais plutôt de l’exploration d’une idée déjà donnée avec une volonté qui vise la qualité et l’accomplissement.

       

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