Les chemins de Katmandou,  Barjavel

Les chemins de Katmandou, Barjavel

Les Chemins de Katmandou paraissent en 1969 aux éditions Presses de la Cité (Hachette). Barjavel, très en phase avec les idées de Mai 68, aborde les différents éléments qui constituent la rupture marquante de l’histoire contemporaine française.

Premier fait notable : il s’agit d’un roman adapté du film « Les Chemins de Katmandou » ; réalisé par André Cayatte, les dialogues ont eux-mêmes été écrits, à l’époque, par René Barjavel, qui publiera son livre dans la foulée.
Le réalisateur, juriste d’origine, avait à cœur de tourner un film qui portait sur le problème de l’enfance et de l’adoption. Le personnage principal est un jeune garçon, Olivier, qui retrouve son père (qu’il ne connait pas) à l’autre bout du monde après avoir assisté à l’une des plus grosses révoltes culturelles de son époque. La trame s’articule autour du mouvement Hippie et la drogue. Le père est d’ailleurs une sorte d’adolescent prolongé totalement irresponsable (et la mère idem). Le contexte d’éducation du jeune homme, instable, le pousse à une attitude égoïste et cynique.

Katmandou

Alors que le Népal est au cœur d’une bien triste actualité suite au séisme qui a coûté la vie à des milliers de personnes, Katmandou, aux confins de la Chine, du Tibet et de l’Inde, est à l’époque considérée comme une terre d’asile, particulièrement accueillante pour des gens en quête d’identité. Olivier y rencontre par hasard une jeune fille dont l’histoire le bouleverse. Jane a quitté Londres pour Paris, puis a décidé de partir avec des copains hippies vers le Népal. Généreuse, idéaliste, elle rêve d’un monde fraternel où tout le monde s’aimerait. Deuxième remarque importante : la version cinématographique, qui sort simultanément mais qui aura moins de succès que le livre, met en scène Jane Birkin dans le rôle de la jeune Jane. Serge Gainsbourg est aussi de la partie, et le tournage se situe juste à la période où « Je t’aime moi non plus » vient de créer le scandale, et d’obtenir le succès que l’on connait tous.gainsbourg

Jeunesse et mysticisme

La progression de ce roman est, à l’image du film dont il s’inspire, chaotique. La peinture de la jeunesse égarée faite par l’auteur montre à la fois l’événement collectif et l’explosion individuelle. Le livre s’ouvre à Paris, où Mai 68 a fleuri et creusé un fossé entre les anciennes et nouvelles générations ne se comprennent plus. Alors les jeunes se mettent en route pour leur paradis terrestre; drogues, musique et ébats amoureux accompagnent leur long voyage. Et les chemins de Katmandou sont parsemés de mysticisme, de violence, de rêves généreux… Les gosses européens qui partent en quête spirituelle sont très vite confrontés à leurs illusions perdues.

Hippie

Ouverture à d’autres cultures, besoin d’émancipation, recherche de nouvelles perceptions sensorielles et d’états de conscience modifiés… les expressions artistiques du mouvement hippie sont souvent liées au psychédélisme. Il fut un phénomène important à la fin des années 60 et de la décennie suivante, qui ne pouvait pas laisser indifférent Barjavel, aussi bien en tant qu’observateur de la Société que dans la mesure où certaines idées de ce mouvement pouvaient, par certains côtés, rejoindre les siennes. D’ailleurs La Nuit des Temps est une préfiguration étonnante de la révolution de Mai 68 (parue d’ailleurs la même année), au sujet de laquelle l’auteur lui-même tient à préciser dans une petite note en bas de page qu’il a « devancé l’histoire ».

Quelques mots sur l’auteur

Ayant lui aussi subit les conséquences désastreuses de la guerre de 1939 – 1945, il se voit rapidement développer un côté antimilitariste. Il publie d’ailleurs pendant la guerre des feuilletons, dans les journaux, abordant des thèmes sensibles tels que la collaboration. Une des principales caractéristiques de René Barjavel est son anticipation de l’époque dans laquelle nous vivons ; principalement, ses romans sont empreints d’une certaine angoisse face à la technologie que l’homme ne maitrise plus. Son style, onirique et poétique frise souvent la philosophie et lui permet de soulever des questions métaphysiques sur l’existence de Dieu et la place de l’homme dans l’univers. Toutefois, bien que caractérisé d’auteur de science-fiction, Barjavel ne fait intervenir dans ses romans aucun extra-terrestre, robot, ou quoi que ce soit de fantastique; il développe en fait des idées typiques du déferlement des années 1950 : apocalypse ; voyage dans le temps, retour à la barbarie… Des sujets résolument modernes.

 

Laissez votre commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.