Belle Merveille de James Noël : un premier roman tout en poésie

Belle Merveille de James Noël : un premier roman tout en poésie

Pour son premier roman, James Noël nous livre une littérature incisive publiée aux éditions Zulma. Entre fiction et réalité, l’auteur nous fait voir l’envers du décor des ONG et le décalage parfois entre les victimes d’une catastrophe et l’aide fournie par l’étranger.

Né en 1978, James Noël est un poète haïtien. Suite au séisme du 12 janvier 2010, il crée la revue IntranQu’îllités. Au sud de l’île, à Port-Salut, il instaure des résidences d’artistes. Au cœur des paysages paradisiaques, l’artiste en résidence a notamment pour mission de faire un tour dans les écoles. En outre, James Noël tient, à travers cette initiative, à redonner un souffle de création et de reconstruction pour cette île qu’il chérit tant.

Dans Belle Merveille, à travers le personnage principal, Bernard, il lie son expérience de survivant du tremblement de terre le plus ravageur en Haïti avec sa relation avec une bénévole italienne. Il nous peint tout à la fois, ses ressentis, ses doutes, sa colère, son amour et son incompréhension. Sans oublier, sa poésie.

« Le cœur de la ville est cassé, mais ne s’est pas arrêté de battre »

Haïti, le 12 janvier 2010.

« C’est la première fois que la ville a fait une expérience si crue et si cruelle, l’expérience de la mort brute, l’expérience d’une mort coulée dans le béton. »

Par une série de tableaux, James Noël nous dépeint une myriade de perspectives sur le « goudougoudou » qui a sévi sur sa terre natale. Près de 300 000 morts : un bilan très sombre pour les haïtiens. Dans la langue du pays, « belle merveille » signifie tout évènement difficile à croire mais qui se révèle pourtant vrai. Ces mots transparaissent une musicalité, une poésie, contrastant avec l’horreur du désastre.

A travers les yeux de Bernard, le personnage principal, James Noël nous décrit cette réalité-là. Les cadavres sous les décombres, la menace du séisme, les témoignages de gens qui l’ont vu venir et qui l’ont vécu. La ville entière est personnifiée et devient souffle d’humanité.

 « La ville est décapitée, mais elle hurle encore toute gorge dehors, comme pour s’interroger sur ses pouvoirs de jaillissement, sur ses poussées de règles à hauteur d’hommes. »

Avec une poésie et une maîtrise de la langue incroyable, l’auteur parvient à créer ce lien organique, presque corporel entre l’île d’Haïti et la vie intérieure de chacun.

« La ville a tremblé à gauche, la ville a tremblé à droite. Son centre a explosé. »

Une critique de la sphère médiatique

Au-delà d’une sublimation par la poésie, James Noël glisse dans son premier roman une critique incisive des Organisations Non Gouvernementales (ONG) et des médias en général.

Pour illustrer ce rapport compliqué de la sphère médiatique à l’égard des évènements d’Haïti, il donne vie à Amore, une humanitaire italienne qui invite Bernard à la rejoindre à Rome. A travers cette histoire d’amour, il aborde toute la difficulté de lier reconstruction personnelle et reconstruction du pays. Mais il dévoile aussi toute la lumière qui peut surgir des évènements les plus obscurs.

« Toi papillon qui voyage au-dessus de ce qui était, de ce qui est parfois de ce qui sera… »

Noël aborde la violence de ce mot « reconstruction » prononcé par les organismes très peu de temps après le séisme. Il dénonce le relais parfois traumatisant des médias : les images des corps ensevelis, l’image « héroïque » de l’étranger venu au secours de la population haïtienne.

En deux mots, Belle merveille est un petit bijou de poésie. Dans une langue unique et personnelle, James Noël parvient à rendre compte d’une réalité complexe et ce, avec beaucoup d’habileté et de douceur. C’est un roman que nous vous recommandons fortement et qui pourrait être un beau livre à offrir pour ces fêtes de fin d’année !

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