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      Sylvain Tesson, Une vie à coucher dehors

      Alors que nous sommes dans l’effervescence de la rentrée littéraire française, JustFocus vous ramène, grâce à Sylvain Tesson à travers Une vie à coucher dehors, quelques années en arrière, à l’occasion de la remise des prix Goncourt de la nouvelle 2009. Ce prix, dont on entend peu parler existe depuis 1974 et se décerne à chaque printemps, en marge du prix Goncourt de l’Académie du même nom.

      La nouvelle, un genre peu plébiscité

      Le genre littéraire de la nouvelle est souvent moins crédible qu’un roman. Plus court, plus facile à lire, il est parfois négligé parce qu’il donne l’impression de lire quelque chose de plus léger que les 500 pages de virtuose description imposées par Victor Hugo. Erreur ! Les nouvelles, de par leur caractère éphémère sont encore plus intenses. A chaque phrase, à chaque mot, on cherche celui qui fera basculer l’histoire d’un côté, on cherche le détail qui va nous donner un indice pour comprendre où l’auteur veut nous emmener, pour découvrir la chute. Tout prend de l’importance. Une nouvelle, ce n’est pas juste cette petite histoire de 10 pages qui vous fait sourire sans rien vous apporter. C’est une histoire qui s’échelonne, qui monte en gamme avant d’éclater soudainement comme une bulle de savon touchée du doigt. Ces textes commencent légèrement, puis comme avant la tempête, le ciel s’obscurcit en un instant, les arbres sont secoués par le vent des paroles de chacun des personnages et la pluie tombe goutte à goutte, chronométrant la fin du parcours qui se termine sous des trombes d’eau venues de nulle part.

      Une vie à coucher dehors

      15 nouvelles, des dizaines de personnages, des paysages et des animaux sauvages : voilà ce que l’on pourrait dire d’Une vie à coucher dehors de Sylvain Tesson si l’on n’y prêtait peu attention. Nous resterions factuels et la chute ne nous aurait pas touchés, pas même faits trembler. En réalité, Sylvain Tesson est un cartographe, un grand voyageur, un homme qui a saisi la fugacité des instants de la vie et qui a compris à quoi ils tiennent : à rien, à un détail invisible. C’est ce rien et ce détail là, qu’il glisse entre deux lignes, dont il vous nourrit en filigrane de ses histoires et qui font que lorsque vous commencez une nouvelle, en général, vous la terminez. Oui, il faut rappeler qu’une petite nouvelle, qui n’est pas un roman, a le temps d’être lue alors même que vous n’avez pas de temps à consacrer à la littérature. Elle tire son avantage justement là où l’on peut parfois penser qu’elle pèche, que son histoire n’est pas à lire puisque presque rien n’est raconté.

      Dans Une vie à coucher dehors, vous voyagez en Écosse, en Sibérie, vous naviguez sur la mer et restez parfois au port. Tout ce qu’il y a à savoir, c’est que ça finit mal, en général. Mais vous le comprendrez bien assez tôt. Et au moment où vous vous mettrez à imaginer la mort du personnage principal dans une nouvelle, c’est précisément le moment du recueil où l’auteur vous prendra à contrepied, où il trouvera un autre moyen de vous dérouter.

      Une belle écriture, un mode de lecture plus que pratique et des histoires qui vous démontrent encore l’absurdité de la vie et des hommes, si vous n’en étiez pas entièrement convaincu ; c’est l’essence même du recueil de nouvelles Une vie à coucher dehors de Sylvain Tesson.

      Sylvain Tesson a également  remporté le Prix Médicis essai pour Dans les forêts de Sibérie et a été récompensé pour son ouvrage Berezina sorti à la rentrée littéraire dernière.

      Crédits photo : couverture Folio d’Une vie à coucher dehors, Sylvain Tesson
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