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      LoveStar, rien n’arrête une idée

      Le 08 janvier dernier paraissait aux éditions Zulma un petit bijou traduit de l’Islandais, que l’on pourrait qualifier de roman d’anticipation aux allures romantiques. Présentation de l’OVNI LoveStar, d’Andri Snær Magnason.

      LoveStar

      LoveStar a révolutionné le monde de demain. Après une étude longue et minutieuse du comportement des animaux, il a mis au point une communication grandiose. Désormais, les données sont transmises par ondes (à l’image des oiseaux ou des insectes) et l’homme n’a plus de besoin d’appareils connectés : l’homme du futur est un homme sans fil. Il est lui-même connecté en permanence, à la fois produit et victime de la société de consommation. Sur sa rétine défilent les informations dont il a besoin.

      Tout commence donc avec de bonnes intentions. Ce génie aux idées révolutionnaires façonne un tout nouveau monde où l’on peut, grâce au système ReGret, se déresponsabiliser de toute mauvaise décision prise par le passé. LoveStar, qui n’est jamais à court d’idées, crée le concept de LoveMort : les corps des défunts, moyennant une certaine somme, sont envoyés dans le ciel et brillent comme des étoiles filantes autour de la Terre… On peut également rembobiner les enfants qui ne filent pas droit et qui seront, dans le futur, sources de problèmes, afin de repartir à zéro avec eux.

      «  Rien n’arrête une idée »

      Histoire d’amour

      Love Star s’attaque également au marché de l’amour, et s’engage à trouver pour chaque personne, son âme sœur et unique. Adieu les guerres et les conflits, il n’y aura que de l’amour. Dans la société régie par LoveStar, peu de place pour la liberté, puisque l’entreprise connaît tout sur vous. Mais, il existe un couple d’irréductibles. Indridi et Sigridur sont fusionnels, complémentaires et se suffisent pour vivre leur bonheur. Mais ils n’ont jamais été calculés.

      Ce couple d’amoureux ressemble à Colin et Chloé dans l’Écume des jours de Boris Vian. Leur amour, puisqu’il est volontaire et naturel, est considéré comme toxique aux yeux de leurs proches. Alors, lorsque la jeune femme est calculée puis promise à un autre, tout est mis en place par la société pour détruire cet « amour imbécile et contraire aux lois de la science ».

      « Graine devient arbre devient forêt devient tapis vert comme la moquette.
      Oeuf devient oiseau devient oiseaux emplissant l’air comme les nuages.
      Oeuf devient ventre arrondi devient homme devient humanité, fabrique de voitures, écrit des livres, bâtit des demeures, pose de la moquette, plante des forêts et peint des tableaux de nuages et d’oiseaux. »

      Roman d’anticipation

      Vous l‘aurez compris, l’écriture est fluide, vive, riche et imagée. Andri Snaer Magnason signe ici un roman (son premier) très réussi, grâce au ton ironique et incisif qui donne à réfléchir. En effet, sommes-nous si éloignés de cet univers de fiction dans lequel un Big Brother du XXIème siècle collecte nos données personnelles et entend régenter notre vie quotidienne et entière?

      Ce livre publié en 2002 en Islande a des résonances fortes au regard des dernières décisions concernant la surveillance de masse. A l’époque, à peine un dixième de la population utilisait Internet, Facebook n’existait pas et les téléphones portables étaient beaucoup moins répandus et utilisés. S’il était possible d’imaginer une société entièrement connectée, il fallait être plutôt visionnaire pour déjà percevoir les dérives inévitables et envahissantes de cette connexion permanente.

      Une satire

      Andri Snær Magnason conduit son intrigue et joue sur plusieurs registres à la fois avec brio et virtuosité. Le roman soulève au passage des questions fondamentales sur l’avenir du monde, aussi bien du point de vue de la société que de l’écologie, de la science, de la liberté individuelle, de la politique… sans en faire trop, tout en subtilité. La fable grinçante flirte avec l’absurde et le message de l’ultra-communication, du marketing débridé qui mène à la dictature et à la déshumanisation passe par le biais d’une imagination débordante et foisonnante, d’une originalité absolue.
      Ainsi se dresse une satire, tantôt drôle, tantôt dérangeante, d’un monde où la recherche d’un bonheur universel cache un consumérisme forcené et aliénant.

      Crédits photos  Couverture du livre, Editions Zulma
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