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      Grand-père avait un éléphant de Vaikom Muhammad Basheer

      Un courant d’air frais au matin par la fenêtre. Tel pourrait être l’équivalent de cette histoire si l’on devait la décrire. Hormis le nom de la protagoniste à coucher dehors (il faut parfois l’admettre, les auteurs font de drôles de choix), ce que l’on apprend de son existence se révèle être une vraie poésie. A travers son style, Vaikom Muhammad Basheer laisse transparaître l’humanisme qui l’anime et même les passages dures de l’histoire sont pudiques. La maison d’édition Zulma nous offre encore un grand moment de lecture, grâce à ses choix éditoriaux pointus.

      Le pouvoir ne tient à rien

      Kounnioupattoumma est une jeune fille de confession musulmane qui vit en Inde. À son âge, il est temps pour sa famille de la marier, mais sa mère vit, elle, toujours dans l’illusion du pouvoir de la génération passée : celle du grand-père qui avait un éléphant. Pas moins. Parmi toutes les familles qui s’entretiennent avec la mère de la jeune Pattouma, aucune ne semble assez parfaite pour « la fille chérie de la fille chérie d’Anamakkar, le noble Makkar à l’éléphant, un grand mâle à défenses ».

      Dans son idylle, la mère laisse filer le temps jusqu’au moment où la famille perd tout son crédit suite à des procès et contentieux qui ternissent leur image, en plus de les ruiner. Exit les prétendants à la pelle, les serviteurs et les bijoux.

      Un cercle privé se ferme, un autre s’ouvre

      Kounnioupattoumma ne connait rien de la vie, si ce n’est qu’elle est la petite fille d’Anamakkar, le noble Makkar à l’éléphant, ce qui, vous en conviendrez, reste un peu light pour survivre lorsque l’on est livré à soi-même. Suite à l’exil des quartiers chic, la famille de la jeune fille se retrouve dans la « banlieue » du coin. Pattouma découvre donc ce que la vie a à offrir dans le jardin de sa nouvelle maison bien moins luxueuse que la première. La nature est un vrai thème récurrent dans le style de Vaikom Muhammad Basheer qui nous fait parvenir des vérités sur la vie et sur les comportements humains par des voies métaphoriques. Mais au-delà d’un moyen d’observer la vie et de la comprendre à travers la faune et la flore, ce jardin est aussi un lieu de rencontre. De rencontre d’abord de l’amour, puis aussi de l’amitié. L’un et l’autre l’amèneront à grandir et à devenir une femme. Ici, ruinée et sans rien, Kounnioupattoumma se sent enfin libre.

      Une vision de la religion apaisante

      Pattouma connait en revanche par cœur le coran et la philosophie qui émane de cette religion. À travers tout le livre, on apprend beaucoup sur les mythes religieux et les pratiques musulmanes. Poétiques, les actions de Pattouma envers la nature sont presque toutes motivées par sa foi et Vaikom Muhammad Basheer insiste beaucoup sur les aspects pacifistes de la religion.

      Toutefois, par son manque d’éducation et de connaissance, Pattouma illustre aussi la jeune fille perdue dans les a priori de sa famille sur les autres et sur la façon de mener une vie juste. Vaikom Muhammad Basheer décrit aussi à travers cette histoire le destin de milliers de jeunes filles, condamnées à vivre entre quatre murs à l’abri des regards des hommes et sans le pouvoir d’en sortir ayant été privée par ses parents d’aller à l’école. C’est grâce à l’aide de sa voisine que Pattouma réussira à étudier et qu’elle trouvera finalement un statut dans la société dans laquelle elle fait dorénavant partie.

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