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      Critique : « Peter Pan, méfiez vous des enfants tristes » de Gwendoline Destremau : le vertige dangereux de l’inconscience

      J’ai connu un enfant qui un jour a décidé de s’envoler par sa fenêtre. C’est l’une des phrases qui conclut la pièce de théâtre Peter Pan, méfiez vous des enfants tristes. Une adaptation de la pièce de théâtre écrite par J. M. Barrie au début du XXe siècle et adaptée récemment par Gwendoline Destremau avec la troupe de L’Eau qui Dort.

      La plupart des enfants ont été bercés par les contes de fées et les histoires fantastiques que Walt Disney a pris plaisir à animer sur nos écrans. Peter Pan reste sûrement le conte populaire le plus représentatif de cette tendre période, à laquelle on se réfère avec mélancolie, appelée l’enfance. Cette sensation de liberté, d’innocence et de légèreté, c’est ce petit garçon qui a refusé de grandir qui l’incarne. Celui-ci qui nous promet une île où les responsabilités n’existent pas, le pays imaginaire, avec ses rivages luxuriants et sa crique aux sirènes. Cette île que le réalisateur de la pièce, Gwendoline Destremau, se plaît à traduire par « Le Pays du Jamais ».  

      Ainsi c’est poussée par l’étonnement et par la solidarité amicale (puisque la metteur en scène est une amie) que nous sommes allés voir cette pièce. Et plus d’une fois. Certes, ce n’est pas une activité anodine d’aller au théâtre et en toute vérité c’est le sujet de la pièce qui interpelle et nous pousse à poser les pieds au théâtre Clavel pour plus d’une heure de représentation. De fait, Peter Pan vient chercher en nous les dépôts d’une enfance trop oubliée ou trop floue. Peter Pan vit dans l’imaginaire collectif et il n’est pas nécessaire d’avoir lu le livre, vu le dessin animé ou le film pour savoir dans quel monde on sera plongé. On s’en doute, on l’appréhende sans le comprendre vraiment, on le désire sans le tenir dans le creux de la main, on demande à voir.

      Peter Pan élucide les questions nécessaires , celles que pose le iatus observé entre l’enfance et l’âge adulte. Il « élucide », c’est à dire qu’il met à la lumière, il l’expose littéralement sur la scène criblée de projecteurs. Il fait sortir de l’ombre les secrets trop souvent cachés, ceux présents dans notre imaginaire. De fait, Peter Pan est l’exhibition, par un jeu d’acteur musical enchanteur, d’un monde caché et même, pour certains, inexistant, que ce soit le Pays du Jamais ou les enfants perdus au fond de leur grotte. C’est la pénétration brutale d’un pudique rêve enfantin mue par une esthétique du dévoilement.

      Et pourtant c’est un dangereux vertige que nous offre ce mythe dans lequel se réfugient tous ceux pour lesquels la réalité est trop lourde et sans saveur. Cette pièce est ici pour nous rappeler que mettre un pas hors de la réalité, c’est risquer une chute dans une liberté illusoire. Car j’ai connu un enfant qui s’est envolé par la fenêtre de sa chambre. Et bien que revêtu des rêves du Pays imaginaire, son prénom n’était pas Peter Pan.

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