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      Antoine Compagnon passe l’été avec Baudelaire

      Nous vous en parlions l’hiver dernier en vous disant que c’était l’affaire du siècle. Du pain bénit pour tous ceux qui veulent savoir sans y consacrer trop de temps et d’énergie. Un bon plan pour tous les procrastinateurs du XXIème siècle. Bref, que c’était à lire, tout simplement. Antoine Compagnon avait commencé par nous concocter un Montaigne décrypté, pas non plus comme du Bovary à la Jean Rochefort, mais pas loin. Cet été, on a eu droit à une nouvelle explication de texte, sur Baudelaire, cette fois. Un été avec Baudelaire, publié par les Équateurs Parallèles, recense les interviews de Compagnon sur France Inter, de la même manière que l’an passé. On prend les mêmes et on recommence : chapitres concis et grandes idées. Efficace.

      Contradictions

      A travers ces micro-essais, découvrez le poète Maudit via des thématiques bien travaillées. On verra Baudelaire comme un homme contradictoire, animé par les mouvements de son siècle qu’il regrette de voir changer. 
      Des extraits de poèmes pertinemment choisis expliquent comment cet homme qui vivait dans l’ombre de son passé est toujours dans notre présent. Comment il était résolument contre les principes de 89, anti progressiste et comment il s’est vu attribuer une étiquette de « classique » quand il fut enseigné dans les classes alors qu’il était en fait un révolutionnaire. Comment les Fleurs du Mal avaient été condamnées en 1857 et comment aucun de ses contemporains ne croyait sincèrement à sa réussite à l’Académie française lorsqu’il y postule en 1861 et puis comment il a finalement atterri dans le « patrimoine culturel français ».

      « Le mot modernité existait avant Baudelaire, chez Balzac ou Chateaubriand ; en allemand, il était péjoratif ; en anglais, il était positif ; mais c’est Baudelaire qui lui a donné ses lettres de noblesse et qui nous l’a transmis, pour le meilleur et pour le pire. Car cette modernité baudelairienne est difficile à saisir, compliquée, retorse, ambiguë ! »

      Amitié & Amour

      On entrevoit Manet et leur amitié fragile. Deux caractères assez différents. Baudelaire pensant son comparse trop faible mentalement pour survivre au XIXème siècle et à son flot de critiques qui s’abat sur eux deux alors qu’ils ne comprennent pas d’où peuvent venir ces foudres. Un duo d’artistes incompris de leur vivant, mais n’est-ce pas cela qui a fait les plus grands ? Ne sont-ce pas ceux qui sont vénérés dès lors qu’ils sont hors d’état de nuire qui marquent le plus leur époque ? Il semblerait que les sociétés soient un peu hypocrites, qu’elles laissent mourir les artistes dans la solitude la plus complète pour mieux s’enorgueillir de leur talent par la suite.

      Baudelaire, avant d’être poète, est aussi, et d’abord un homme. Comme beaucoup d’artistes et de grands torturés, il digère mal une enfance privée d’un père, collée aux jupes de maman. Sa mère est probablement d’ailleurs la seule femme à laquelle il soit resté fidèle toute sa vie, la seule qu’il respecte véritablement. Celle à laquelle il fait de légers clins d’œil dans ses poésies, qui ne lui parviendront jamais. Baudelaire a bien connu l’amour : Jeanne Duval, une histoire vécue intensément avec les déchirures qui venaient avec le lot de plaisirs. Un Hémisphère dans une chevelure ou encore Parfum exotique sont les poèmes les plus connus qui lui rendent hommage. N’oublions pas toutefois en lisant ces vers d’une rare beauté que Baudelaire restait un homme extrêmement sexiste et que dans son respect des femmes se trouvait aussi une idée de celle-ci réduite à son rôle, sacré, de mère et femme au foyer qui doit choyer sa progéniture.

      Décor

      En lisant Baudelaire, on aperçoit aussi Paris, sa ville par excellence, celle où il a vu le jour, rue Hautefeuille. Il verra de son vivant la chirurgie esthétique qui sera pratiquée sur les rues et les façades du Paris que l’on connaît aujourd’hui. Il a été le témoin des travaux d’Haussmann qui lui ont brisé le cœur comme ils ont brisé la pierre, pensant que cet architecte défigurait ce que l’on considère aujourd’hui comme l’une des plus belles villes du monde. Ironique.

      Un été avec Baudelaire vous donnera l’envie de parcourir à nouveau  les lignes rythmées de ses poèmes. Antoine Compagnon propose une approche anglée sur chacune des facettes de cette personnalité emblématique et il est bon de constater que les livres qui parlent d’autres livres ne sont pas tous barbants. Toutefois et avec nuances, peut-être parce que Baudelaire est plus connu, étudié, lu que Montaigne, cet ouvrage semble moins révélateur que le précédent sur l’écrivain des Essais. Ce livre reste malgré tout un ouvrage à consulter, ça ne fera pas de mal à la culture…

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