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      Le verre : un Moyen Âge inventif à voir au musée du Cluny jusqu’au 8 janvier 2018

      Après une splendide exposition sur les mérovingiens, qui a permis de casser quelques clichés sur cette période trop méconnue, le Musée de Cluny consacre une exposition monographique au verre, lors du long Moyen Âge. Des Vikings à la pré-Renaissance italienne, l’imagination des maîtres verriers de l’époque est sans limite.

      Malgré les travaux pharaoniques de modernisation (dont la fin est prévue en 2020), la programmation culturelle du musée poursuit son chemin. A l’écart du gros œuvre, le frigidarium est occupé par une très riche exposition sur le verre au Moyen Âge. Découpée de manière thématique en trois parties, l’exposition présente un nombre et une variété impressionnante d’objets, plus de 230 verres, vitraux, manuscrits, tableaux, etc.

      Au début du Moyen Âge, alors que l’Empire romain d’Occident a laissé la place à un grand nombre de royaumes dits « barbares », le verre redevient un produit de luxe. L’approvisionnement se fait en Orient, mais il est, à plusieurs reprises, interrompu. De ce fait, dans un premier temps, les artisans verriers vont réutiliser du verre ancien, mais, peu à peu, il devient évident qu’il faut inventer de nouveaux procédés pour répondre à la demande grandissante en verre. Il est aisé de reconnaître le verre de production locale, plus opaque et coloré, du verre d’importation, plus clair et très transparent.

      Le verre dans l’architecture

      Quand l’on parle de verre au Moyen Âge, l’on pense immédiatement aux vitraux des églises et des cathédrales. Aussi riches et admirables que les enluminures les plus soignées, les vitraux relèvent de près de mille ans de recherches pour aboutir aux chef-d’œuvres du XVe siècle. Ces verreries d’architecture fascinent, et leur étude permet d’en apprendre non seulement sur les techniques médiévales, mais également sur le commerce.

      Vitraux du XIVe siècle (C) SandraBERNARD

      Si, en France, les maîtres verriers utilisent principalement le bleu et le rouge, ces deux nuances sont très instructives. Le bleu lumineux, dit de Chartres, vient ainsi d’une commande passée au XIIe siècle en Orient. De même, le rouge, dont l’oxydation était ralentie par un mélange de verres transparents, permettait ainsi d’obtenir des variations de couleurs idéales pour les représentations de feu. Sous l’influence des cisterciens, les vitraux deviennent transparents, avec pour seul décor, les entrelacs de plomb. Au XIVe siècle apparaît la technique du jaune d’argent, qui consiste à peindre à la poudre d’argent des motifs sur le verre transparent ou y faire apparaître de la couleur.

      Vitrail du XVe siècle (C) Sandra Bernard

      Le XVe siècle voit l’aboutissement de l’art du vitrail. La couleur fait son grand retour, mais cette fois avec le jaune d’argent et différentes épaisseurs de verre coloré permettant des nuances et des changements de couleurs, sans usage de plomb. Des motifs complexes, avec des rayures, font leur apparition par l’application de poudre d’émail. Ces créations sont tellement onéreuses que ce sont les riches corporations qui en font don aux églises et aux cathédrales.

      Fênettres civiles (C) Sandra BERNARD

      Progressivement, la noblesse puis la grande bourgeoisie commencent à se faire fabriquer des fenêtres en verre. Mais ce mouvement est très lent et ne concerne souvent que des petites ouvertures en hauteur. Ainsi, en France, on crée des croisillons en losange, alors qu’en Italie on leur préfère les rondelles de verre.

      Les usages du verre dans la vie courante : un luxe ostentatoire

      Mais le verre ne concerne pas seulement l’architecture. Il entre progressivement dans les intérieurs sous forme de petite vaisselle. Ainsi, posséder un verre en verre est un véritable luxe, et les nobles et les notables n’hésitent pas à se faire représenter sur leur portrait avec un verre. Pour les banquets, il n’est pas rare de louer des gobelets en verre.

      Ensemble de goblets (C) Sandra BERNARD

      Déjà au haut Moyen Âge, les Vikings n’hésitaient pas à faire des milliers de kilomètres pour acquérir des objets en verre. Les tombes mérovingiennes contenaient également des flacons en verre, d’origine ou d’inspiration antique. Avec les avancées techniques des maîtres verriers, on voit progressivement apparaître des verres émaillés d’une grande finesse ou dotés d’un long pied que seule la cour peut se payer.

      Verre émaillé (C) Sandra BERNARD

      La liturgie s’empare également des objets en verre, que ce soit pour des lampes suspendues à la lumière limpide ou encore des calices et des reliquaires. En effet, bien que précieux, le verre ne se vole pas. Les reliquaires monstrances font fureur et rendent ainsi le saint plus accessible aux pèlerins.

      Dans la médecine, le verre est très utilisé dans les alambics, mais surtout pour l’étude des urines. Les traités de médecine dénombrent ainsi 21 couleurs d’urine pour autant de maux et de dérangements des humeurs.

      Le verre précieux et précis

      Ainsi le verre, produit de luxe et produit médical, se retrouve également sur les bijoux, les pièces d’orfèvrerie sacrées, sur les tissus brodés, mais également en optique.

      Livre avec traces de lunettes (C) Sandra BERNARD

      Les lunettes font leur apparition, même si leur usage et leur confort sont encore très limités, les meilleures optiques sont d’ailleurs produites dans les pays alémaniques. Un traité sur saint Augustin présente ainsi les traces de lunettes oubliées un temps entre ses pages. Pour faciliter la lecture et la rédaction, les érudits s’aident de miroirs convexes grossissants. C’est à Murano que les premiers grands miroirs plats ont été créés lors de la pré-Renaissance.

      Miroir concave (c) Sandra BERNARD

      La scénographie est impressionnante sur les vitraux dont les couleurs sont éclatantes. Cette exposition est une occasion rare de voir d’aussi près des vitraux de différentes époques. Les trois vitrines centrales présentent les évolutions de style et d’usage du verre au quotidien. La dernière section est un peu plus discrète, malgré des pièces impressionnantes.

      Vitrine centrale (c) Sandra BERNARD

      Pour conclure, cette exposition est très dense et impressionnante. Les explications sont très instructives et la vidéo à l’entrée de l’exposition particulièrement claire. Les pièces présentées sont, pour la grande majorité, de grande qualité. Mais le mieux, c’est que vous vous fassiez votre propre opinion.

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      Sandrahttp://katatsumurinoyume.com/
      Sandra est passionnée de découvertes culturelles au sens large et d'Asie plus particulièrement !

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