More
    More

      Must See #4 : « Belladonna of Sadness »

      belladonna_of_sadness_3552051025La rubrique est encore jeune, mais essayons tout de même de diversifier les types de films que nous présentons. Cette fois-ci, c’est un dessin animé japonais que nous allons aborder. Il a été longuement oublié jusqu’à ce qu’une copie soit retrouvée et restaurée pour permettre de diffuser une nouvelle fois ce film qui sera l’objet de notre étude. Belladonna of Sadness est sorti au Japon le 30 juin 1973 et profita des salles françaises pendant une courte durée en 1975. Le film réalisé par Eiichi Yamamoto raconte l’histoire de Jean et Jeanne, un couple marié depuis peu. Comme le couple est dans l’impossibilité de payer la somme demandée suite à cette union, le comte (plus ou moins chef du village) réclame alors le corps de la belle jeune femme qu’il va violer. De retour à la maison, le couple n’est plus le même et Jean finit par dédaigner Jeanne. Cette dernière va alors rencontrer un diable, qui va lui donner la force de surmonter tous les obstacles qui se dresseront sur son chemin.

       

      La sorcière d’un point de vue poétique 

      Belladona of Sadness, c’est d’abord l’histoire d’une sorcière. Inspiré de la nouvelle de Jules Michelet La Sorcière, le film a pour but de faire découvrir d’un point de vue poétique le personnage de la sorcière à travers Jeanne. Cet aspect poétique rejoint principalement sa relation avec son mari Jean. On voit souvent la sorcière comme une entité marginale, pas forcément élégante et élaborant ses mixtures dans sa caverne. Ici, on parle d’une relation pure, passionnelle entre Jean et Jeanne. Pourtant, Jeanne va bel et bien finir par être considérée comme une sorcière. Cet élément peut se voir à plusieurs reprises. Tout d’abord, on le voit par sa relation avec le diablotin à qui elle se livre progressivement dans le film. Les deux personnages vont progressivement ne faire qu’un, métamorphosant la personnalité de Jeanne.

      On le voit également dans la relation entre Jean et Jeanne. Pendant que l’un faiblit, l’autre se fortifie. Le pacte qu’a fait Jeanne avec le diable avait pour seul but de revigorer Jean, quelque peu secoué après le tragique événement qui est arrivé à sa femme. De ce pacte découle une série d’événements plus que bénéfiques pour le couple. Ils arrivent à gagner de l’argent et même à monter l’échelle sociale. Mais cette ascension finit évidement par s’interrompre, faisant tomber Jean encore plus bas qu’il ne l’était auparavant. Jeanne décide donc de repactiser et rebelote, jusqu’à ce que Jeanne ne fasse plus qu’un avec le diable. De tous ces éléments, on peut comprendre que Jeanne draine la vie de Jean pour la redonner au diable qui lui, gagne en puissance après chaque pacte, d’où l’aspect de sorcière évoqué concernant Jeanne.960

      Enfin dans un dernier plan plus abstrait, se trouve son aspect d’ensorceleuse du point de vue des villageois. En replaçant l’histoire dans son contexte historique médiéval, on remarque très bien que c’est une période où la sorcellerie était totalement décriée. Donc forcément, le peuple est facilement influencé sur ce genre de chose et vu de leur fenêtre, Jeanne est forcément une sorcière. 

       

      L’érotisme purement présent

      SI la poésie impose correctement sa place dans le film, l’érotisme se fait beaucoup ressentir par ses apparitions à l’écran. Bien sûr, l’interprétation de cet érotisme peut se faire par cette justification : « l’érotisme peut être poétique ». Et c’est totalement vrai. Même si le film expose des scènes de viol, d’orgie et j’en passe, la poésie prendra toujours le pas sur ce genre de scène. Toute cette nudité et cet érotisme débordants sont représentatifs du contexte dans lequel est sorti le film, mais aussi par du contexte des personnages dans le film.

      Le film sort en 1973, soit 5 ans après l’emblématique mai 68. Belladonna of Sadness est un de ces films influencés par la société montante de la fin des années 70. Autrement dit, c’est une émancipation de la sexualité et une montée en puissance de l’homosexualité entre autres choses, ce qui explique ce désir de nudité et les différentes scènes érotiques.

      À l’opposé, se place le point de vue du personnage de Jeanne. Dans le film, Jeanne est la figure de la femme utilisée comme un objet. Elle est violé par le comte et par le diable, qui s’en sert pour accroître son pouvoir sur elle. Même si cet aspect est très puissant pour ce qu’il représente au premier sens du terme, il dévoile également la vulnérabilité du personnage. 3059605-inline-bdpresskit1661Si elle n’est pas nue, elle porte des habits déchirés ou transparents laissant largement ses formes transparaître. Cette nudité presque permanente la place dans un sentiment de gêne par rapport à nous, spectateurs qui pénétrons son intimité. Dans le même registre, on peut voir cette nudité comme symbole de puissance. En effet, Jeanne finit par avoir une influence sur le peuple que l’on retrouve dans une scène d’orgie façon Le Parfum, où cette fois elle montre un aspect beaucoup plus supérieur, comme si elle était une déesse. Cet aspect divin peut même se relier au diable et à sa forme phallique qui en font un personnage très puissant dans le film.

       

      Une lutte des classes

      Enfin, le film traite de la lutte et de l’opposition des classes. Le film se sépare clairement en deux groupes bien distinct. La monarchie s’oppose au peuple composé de pauvres et de paysans. Cette opposition prendra un sens important dans le film, puisque le couple de Jean et Jeanne ne cesse d’alterner entre les deux.

      Cette alternance se matérialise par l’ascension puis la chute de Jean (abordée dans la première partie) puisque le couple passe de la pauvreté à l’aisance. Cet élément est brillamment métaphorisé par les dernière images du film où l’on aperçoit un plan sur Jeanne d’arc, comparée à Jeanne dans le film. Les deux femmes viennent d’un milieu pauvre et finissent par réussir, mais furent ensuite persécutées. Même en dehors de ce contexte de classes sociales, Jeanne est une comparaison à la chevalière française par ses actes et son destin : elle aide le peuple et est finalement traitée de sorcière.

      Nous n’avons pas eu l’occasion de parler de la technique de Belladonna of Sadness, et nous en parlerons brièvement en évoquant ici la royauté. Évidemment, elle s’oppose complètement au peuple et sa misère par sa hiérarchie, mais également, dans le film, par sa représentation. Le film se compose, hormis l’animation, de beaucoup de plans fixes où le dessin n’est pas animé. Parmi tous ces plans, la royauté s’y retrouve souvent. Ordonnée, bien dessinée, on met cette partie de la société en avant. Similaire à la métaphore de Jeanne d’Arc, on retrouve également à la fin du film le tableau d’Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple, montrant que Jeanne sort le peuple de la monarchie.

       

      En conclusion

      Belladonna of Sadness est une œuvre torturée mais poétique, qui nous emmène dans un univers psychédélique sous acide. À première vue, l’œuvre semble difficile d’accès au grand public, mais je conseille à tous de voir ce film qui est aujourd’hui considéré comme un masterpiece de l’animation japonaise pour son ambiance, sa technique et sa bande originale. Ne soyez pas effrayés par ses dessins parfois violents, défigurés, son côté sexuel omniprésent, et foncez.

       

      Bande annonce Belladonna of Sadness :

      0

      LAISSER UN COMMENTAIRE

      S'il vous plaît entrez votre commentaire!
      S'il vous plaît entrez votre nom ici

      Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.