Les Pires, sincérité à l’état brut

Critique du film de Lise Akoka et Romane Gueret

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Les pires
Affiche du film Les Pires

Après avoir fait de l’effet en festival tout au long de l’année et ayant même été parmi les candidats pour représenter la France aux Oscars 2023, Les Pires, l’histoire d’une équipe de tournage qui s’installe dans une cité du Nord de la France avec pour casting les gamins de la dite cité, débarque en salles.

Des portraits sensibles et nuancés

Tout le parti pris du film c’est de montrer des portraits d’être humains, que ce soit les enfants de la cité Picasso ou les membres de l’équipe de tournage, dans les moments de joie comme de peine, dans une zone grise constante. Dans Les Pires, on n’a pas de filtre. On montre ce qu’on voit, quitte à avoir un aspect presque documentariste qui emprunte au film social mais aussi au film de banlieue avec son schéma classique : un monde nouveau s’offre à un groupe de gamins de cité. Malgré tout, cette réécriture des genres se veut elle aussi nuancée. Alors qu’on a tendance à voir des films de banlieue défaitistes, qui finissent toujours mal et de manière mélodramatique, ici on reste bien accroché à la terre ferme et on laisse la porte ouverte. Le film raconte le tournage, cette période de la vie de chacun de ses personnages, et le présente comme une étape initiatique qui fera grandir chacun. On n’idéalise ni ne dramatise la banlieue, et on se permet même de faire un petit commentaire dans un dialogue qui évoque la moralité de tout ça… « Sous quel jour on les montre ces gamins, au fait ? » De la plus pure et simple des manières, dans leur quotidien, et c’est au spectateur d’en faire son interprétation.

Le bon juste milieu entre humour et émotion

Le risque du film social c’est d’être trop larmoyant ou de trop jouer sur un aspect comique, quitte à en devenir complètement insensible à son sujet et à côté de la plaque juste pour faire fonctionner ses ressorts comiques. Les Pires parvient, grâce à sa grande sincérité toujours et à son naturel impressionnant à éviter ces problèmes et dose très justement la comédie et le drame ; en résulte une comédie dramatique qui balade son spectateur d’émotion en émotion, tout cela bercé par une mise en scène précise et esthétisante. Le film cherche la beauté et une sorte de poésie (presque sociétale) partout, et ça se ressent dans la manière dont on nous présente les lieux, les personnages, les relations entre eux, tout ça en ne perdant jamais ce côté authentique qui en fait une si grande expérience cinématographique et humaine.

Un casting impressionnant

Les comédiens qui campent les rôles des enfants de Picasso sont tous amateurs. Chacune de leur performance est stellaire et il ne fait aucun doute qu’ils ont un avenir prometteur. Que ce soit pour rayonner dans des instants de joie ou d’émotion intense, ou pour exploser dans des moments de violence viscérale… Ils ont de l’énergie à revendre et donnent d’autant plus de personnalité au film, on pourrait même dire qu’ils aident à porter un matériau qui semblait déjà bien solide. Il était crucial de donner vie à ces personnages avec autant de ferveur, et le pari est réussi. On notera d’ailleurs que la jeune Mallory Wanecque, interprète de Lily, vient d’être nommée pour le César du meilleur espoir féminin. On peut aussi bien évidemment saluer la performance d’acteur de l’équipe de tournage, notamment celle de Johan Heldenbergh qui campe le rôle de Gabriel, le réalisateur lunatique mais bienveillant.

Un magnifique portrait d’êtres humains différents, qui ont leur qualités comme leur défauts, et qu’on montre vivre une aventure touchante et passer par toutes les émotions du monde. A cela s’ajoute une mise en scène travaillée et très propre, et un casting des plus impressionnants. Les Pires continuera à faire parler de lui et à toucher le public, il ne fait aucun doute.

En salles le 30 novembre.