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      Là où Chantent les écrevisses, l’image d’une nature idéalisée et fantasmée

      La réalisatrice Olivia Newman adapte le best-seller, Là où chantent les écrevisses qui est aussi le premier roman de la naturaliste Delia Owens.

      Kya Clark (Daisy Edgar-Jones vue en début d’année dans Fresh) est une jeune fille solitaire qui vit isolée du monde moderne dans un marécage de Caroline du Nord depuis l’âge de 10 ans. Elle est systématiquement pointée du doigt par les habitants de Barkley Cove à cause de sa marginalité. Une rencontre fortuite avec deux jeunes hommes de la ville va permettre à Kya de s’ouvrir au monde. Quand l’un d’eux est retrouvé mort, toute la communauté la désigne comme la principale suspecte. La vérité sur les événements va révéler les nombreux secrets enfouis au plus profond des marécages.

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      Kya Clark (Daisy Edgar-Jones) et Tate Walker (Taylor John Smith).

      Une narration déconstruite portée par l’interprétation

      Le film est très fidèle au roman, peu de libertés ont été prises dans le scénario écrit par Lucy Alibar. Il débute avec l’arrestation de Kya, la narration tout en flashbacks comme dans le roman, participe à maintenir une ambiguïté sur la mort d’un des amis de Kya. Elle sert aussi de moteur pour relancer l’intrigue quand la narration s’essouffle.

      La réelle prouesse du film réside dans le casting de ses jeunes interprètes Daisy Edgar Jones et Taylor John Smith (le personnage de Tate Walker) qui, grâce à leurs interprétations, donnent toute la dimension à l’œuvre. Pour rentrer dans la peau de son personnage et paraître crédible à l’écran, l’interprète de Kya a dû travailler beaucoup d’aspects. L’un des plus importants réside dans la façon de s’exprimer. Elle a dû apprendre à parler comme une femme de Caroline du Nord des années 60 afin de gommer son accent britannique. Son travail en amont du tournage l’a amenée à développer son coup de crayon avec la directrice artistique de film Kirby Feagan qui a signé tous les dessins et esquisses effectués par Kya dans le film.

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      Kya réalisant une esquisse.

      Là où chantent les écrevisses est avant tout un hymne à la tolérance de tous les préceptes qui font l’identité d’un individu. On peut cependant regretter l’aspect parfois un peu trop lisse de l’histoire qui frôle la banale romance, quand on connaît le contexte sous exploité dans lequel évolue les protagonistes. Celui de l’Amérique profonde et ségrégationniste des années 60.

      Un décor plus vrai que nature.

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      Kya enfant (Jojo Regina) devant sa cabane.

      L’autre personnage incontournable du film reste la nature en elle-même. Tourner en décor naturel représente une difficulté en soi, mais parvenir à la modeler pour obtenir le résultat souhaité à l’écran relève d’une profonde imagination et d’un travail acharné. C’est la prouesse réussie par la cheffe décoratrice Sue Chan (qui a été directrice artistique sur le film de David Fincher Gone Girl).

      La cabane où réside Kya, participe à l’atmosphère du film et semble être présente depuis plusieurs années. Cependant, le cinéma étant l’art de la tromperie, tout l’habitat marécageux est magnifié par la main de l’homme ou plus précisément par celle des femmes, puisque l’équipe du film est presque exclusivement féminine, à commencer par la productrice qui n’est autre que la comédienne Reese Witherspoon lauréate d’un Oscar pour son interprétation de June Carter dans le film Walk the Line en 2006.

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      Kya (Daisy Edgar-Jones) et Tom (David Strathairn).

      La nature est présente jusque dans la musique du film, composée par Mychael Danna oscarisé pour la bande originale de l’Odyssée de Pi de Ang Lee. Pour donner « une voix primitive au marais » il a utilisé des coquillages comme base de sa partition, qu’il a mêlé à des instruments traditionnels de la région comme le banjo et le violon.

      Là où chantent les écrevisses est une œuvre au féminin qui peut se voir comme un hymne à une nature en danger dans cette période où l’écologie est au centre de l’attention.

       

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