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      Festival des Arcs 2017 – « La Mauvaise Réputation » de Iram Haq : une œuvre percutante

      Dimanche 17 décembre à 18h, s’est tenu à La Scène de Bourg-Saint-Maurice le premier gros événement du festival : la remise du Prix Sisley – Femme de Cinéma. S’en est suivie la projection du dernier long-métrage de la cinéaste primée, La Mauvaise Réputation.

      Cette année, le Prix Sisley – Femme de Cinéma a été descerné à l’actrice, réalisatrice et scénariste norvégienne Iram Haq. Présente pour la quatrième fois au festival, cette récompense vise à saluer le travail d’une cinéaste marquante et engagée dans le cinéma indépendant européen. La réalisatrice, dont les œuvres sont nées et ont grandi au sein du Festival, revient pour la neuvième édition avec La Mauvaise Réputation, son dernier-long métrage, actuellement en compétition officielle.

      Et au vu de la projection, ce n’est peu dire que la récompense n’est pas déméritée… Tout de suite, la critique de la rédaction.

      La Mauvaise Réputation : un film personnel sur fond de double culture

      Iram Acq ne s’en cache pas, La Mauvaise Réputation est inspiré de la relation avec son père, à laquelle elle a ajouté des éléments de fiction. L’histoire se déroule en Norvège et au Pakistan et suit la vie de Nisha, jeune norvégienne de 16 ans, dont la famille est originaire du Pakistan. Les parents ont quitté leur pays pour offrir à leurs enfants une vie meilleure.

      Sans sensiblerie ni misérabilisme, le film se penche de manière réussie sur la difficulté des adolescent(e)s à vivre tiraillé(e)s entre deux cultures diamétralement opposées. Nisha mène en effet une double vie : à l’extérieur elle est comme n’importe quelle norvégienne de son âge : à trainer avec sa bande de potes, faire la fête et être amoureuse. Mais à la maison, c’est l’éducation à la sauce pakistanaise qui prime : pas de vêtements osés, couvre-feu, loisirs jugés trop frivoles réprimandés. La raison : garder intacte la sacro-sainte réputation familiale au sein de la communauté. Un extrémisme accepté au détriment du bien-être et du bonheur des adolescentes…

      Élève modèle, Nisha, fille chérie de son père, est promise à un brillant avenir. Mais tout change lorsque ce dernier la découvre un soir avec son petit ami dans sa chambre…

      Une oeuvre percutante et glaçante

      Abordant les thématiques de la double culture, de la place et la liberté des femmes à décider de leur vie, ou bien de l’omniprésence patriarcale, le film fait mouche et laisse le spectateur par moments estomaqué sur son siège. Il met de plus en lumière une réalité beaucoup moins manichéenne que celle que l’on souhaiterait penser : la domination des jeunes femmes ne se fait pas que via la société patriarcale. Les femmes, plus âgées, et déjà mariées participent amplement à perpétuer ces méthodes et cette manière d’élever la progéniture féminine.

      Si l’on peut reprocher au film quelques longueurs, le rythme dans l’ensemble se tient admirablement. La caméra se veut mouvante au fil des situations multiples que vit Nisha. La photographie est travaillée dans les détails. A la lumière chaude et enveloppante des scènes du Pakistan ou à la pâleur et blancheur norvégienne, se heurte celle brute et froide des scènes de violence, d’humiliation, ou de désespoir.

      A l’écran, Maria Mozhdah, qui interprète Nisha, crève littéralement l’écran. La performance du reste du casting – Adil Hussain, Ekavali Khanna – participe également à la justesse du film.

      Il faudra attendre la cérémonie de clôture de vendredi soir pour savoir si le film sera récompensé d’un prix. Il faudra encore plus de temps pour les cinéphiles désireux de découvrir La Mauvaise Réputation dans les salles obscures, puisque la sortie française n’est prévue qu’en juin 2018 ! Mais d’ores et déjà un conseil : le film mérite d’être vu pour son engagement, son originalité, son parti-pris et sa prise de risque. Car le cinéma sert aussi à éclairer le monde et ses problèmes. 

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