Yearning Rose (2022) : Entretien avec le réalisateur Guillaume Gevart

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Guillaume Gevart a réalisé le film de fiction Yearning Rose en 2019 dont les principaux acteurs sont Jean Poulet-Chays, Chris Biandonga et Delphine Allard. Il raconte l’histoire de Max un stagiaire en marketing qui rencontre Rose, une jeune étudiante en droit, il va tenter de la séduire à travers de nombreux mensonges. Le film a la particularité d’avoir été tourné en 7 jours et avec un budget très faible de 12 000€. Aujourd’hui chez JustFocus.fr, nous avons retrouvé son réalisateur pour un entretien inédit, il nous raconte l’ascension d’un film ressemblant de base à un projet d’école et qui fini distribué sur Amazon prime video.

Film Yearning Rose de Guillaume Gevart
Photos du film Yearning Rose (2022) Copyright : Artwooks Media

 

Bonjour Monsieur Gevart, pouvez-vous nous présenter votre film avec vos mots et nous raconter la genèse du projet ?

Bonjour Monsieur, et bien Yearning Rose c’est un film romantique, qui, au-delà du produit en tant que tel, reste une aventure humaine que j’ai pu partager avec mes amis (Antoine Godet et Dylan Besseau) avec qui j’ai fondé l’agence Artwooks Media en 2020, c’était nos débuts et à l’époque je bossais chez Okamedia, grâce à l’argent gagné j’ai pu financer ce premier film.

Voir aussi : Le réalisateur Dylan Besseau sur les pas de Thierry Mauvignier

 

Une fois les 12000 euros dans votre poche, vous vous êtes lancé dans sa production, mais pourquoi avoir choisi seulement 7 jours pour tourner ?

Je suis un grand admirateur du réalisateur Jean-Pierre Mocky et il avait pour habitude de faire ses films en très peu de temps, c’est ce que j’appelle le « fast-movie ». Aujourd’hui, tout est bombardé d’artifice, tout est très lisse, des journées de tournage peuvent coûter des centaines de milliers d’euros. En 2019, je vivais une période assez compliquée dans ma vie, je venais de finir mes études et j’avais eu un professeur qui me rabaissait tout le temps, je voyais dans le verre de ses lunettes Afflelou juxtaposé sur son crâne dégarni, le reflet de mon estime perdu. Puis avec des amis, j’ai fait un pari suite à une partie de Monopoly très alcoolisé, que je pouvais être capable de réaliser un long-métrage en 7 jours peu importe le résultat, et c’est ce que j’ai fait, c’était une sorte de thérapie pour reprendre confiance en moi.

 

Au vu de la qualité du projet final, on sent tout de même qu’il y a dû avoir quelques contraintes, lesquelles ?

Effectivement, je n’ai pas encore le talent de Robert Rodriguez avec son célèbre « El Mariachi », mais j’ai voulu me faire plaisir et faire plaisir aux gens qui aiment les œuvres artisanales, comme disait Jean-Luc Godard « on fait des films qui seront vus seulement par notre entourage ». Loin de là l’idée de me comparer à cette pointure du cinéma français, mais dans l’intention on se rapproche de ça. Je n’ai pas voulu concurrencer les grosses productions, juste faire un film avec les moyens et la passion que j’avais.

Réalisateur Guillaume Gevart
Derrière ces airs nonchalants et malgré les obstacles qu’il a dû surmonter, Guillaume Gevart garde tout de même le sourire. Copyright : Guillaume Gevart

 

Vous parlez de Jean-Luc Godard justement sur l’idée que le film ne sera vu qu’en petit comité, mais récemment votre film a été distribué sur Prime Video aux États-Unis et en Angleterre, quelle a été votre réaction ?

J’ai été terriblement déçu ! Non je plaisante, j’ai été stupéfait et agréablement surpris, je ne pensais pas que Prime Video accepterait mon film. En tant que réalisateur, on focalise toujours sur les défauts de nos œuvres, mais si cela leur a plu, alors tant mieux ! Maintenant je sais que je peux faire mieux, toute l’équipe s’est beaucoup améliorée depuis et ce film a été une sorte de projet d’expérimentation pour que tout le monde puisse s’entraîner, et cela a ouvert une porte qui a permis de distribuer le documentaire de mon ami Dylan Besseau sur Prime video.

Yearning Rose disponible sur Prime Video USA

 

Comme vous l’avez dit précédemment, ce projet était une sorte d’expérience, vous avez sûrement fait beaucoup d’erreurs, pouvez-vous nous en dire plus ?

Et bien, par souci de budget on n’a pas fait de story-board par exemple, ce qui en résulte pas mal de faux raccords que je trouve assez drôle maintenant. Il a énormément de défaut je le conçois, beaucoup pourraient le qualifier d’abjecte, de mauvais, mais moi j’en rigole, je sais que c’était mon premier film et que le prochain n’aura rien à voir en termes de technique. La plus grosse partie du budget était allouée aux comédien(ne)s, car le travail et le temps investi doit être gratifié.

 

En parlant de technique, quelles ont été vos inspirations dans la réalisation de ce film ?

Je me suis inspiré du dogme95 de Thomas Vinterberg dans le côté caméra portée, l’image un peu vintage et aussi dans l’improvisation. J’aime beaucoup le style réel, j’ai horreur des configurations qui prennent trop de temps à se mettre en place c’est pourquoi on le ressent dans mon film. Les belles images ce n’est pas pour moi, je veux du naturel.

 

Nous retrouvons la présence de certains acteurs tels que Jean-Poulet Chays mais aussi Delphine Allard que vous avez sans doute croisée dans la web-série « Wesh la school » réalisé par Yacetom. On y note aussi une petite intervention de Fry3000 (Youtubeur spécialisé dans les films nanars) qui interprète le patron de Max.

Voir la chaîne YouTube de Fry3000

 

Qu’avez-vous pensé de la performance de vos acteurs ?

Alors pour tout vous dire, vu ma carrière je n’ai pas à être exigeant sur ce point-là, j’essaye d’avoir des acteurs corrects et je n’ai pas la prétention de les juger, comme moi ils font de leur mieux. Je sais que Jean-Poulet m’avait dit qu’il n’avait pas été au top sur la première partie du film, mais ce n’est pas grave. C’est un acteur qui fait ses premiers pas, et si mon film lui a servi pour s’améliorer alors mon travail est fait. Pour Chris Biandonga il est super ! Très pro, il propose beaucoup et c’est très plaisant. Delphine aussi est incroyable pour une autre raison que je vous raconterais après si j’en ai l’occasion.

 

On voit que cela a été facile pour vous de trouver vos acteurs, est-ce qu’il en était de même pour les lieux ?

Pour les lieux cela a été plutôt simple, nous avons tout tourné à Nantes. Certaines scènes ont été filmé chez les parents de notre assistant réal Henri Dando, c’est un ami d’enfance, il a la chance d’avoir une très grande maison qui collait parfaitement à l’idée que je m’étais faite. On a également tourné dans l’appartement Haussmannien de Mr et Mme.Avot qu’ils ont revendu depuis pour aller s’installer dans un château en pleine campagne, ce sont des amis de ma famille. On a aussi tourné quelques scènes devant le manoir de ma belle-famille.

 

Auriez-vous des anecdotes à nous partager ?

Bien sûr, savez-vous que l’actrice qui interprète Rose n’était pas celle qu’on avait choisi au début. Enfin je m’explique, notre actrice initiale a eu un contre-temps, le premier jour de tournage elle a dû rentrer chez elle à Paris, du coup notre acteur Chris Biandonga a pu nous trouver Delphine Allard en l’espace d’une heure. Delphine est venu l’après-midi même et a appris ses répliques en quelques heures ! On a pu ensuite commencer le tournage avec une matinée de retard, mais Delphine a fait un travail incroyable, en une nuit elle a mémorisé tout le texte pour la semaine. C’est une performance qui m’impressionnera toujours.

 

Et dans tout ça qu’en pensent vos proches ?

Beaucoup ne comprennent pas trop ce que je fais, et je les comprends, faire un film c’est toujours très compliqué, les gens ne se rendent pas compte du travail et de la charge psychologique que ça implique, même pour une toute petite œuvre de 5 minutes il y a toujours énormément de chose à faire en amont, donc je n’ai pas trop le temps de me préoccuper de ce que pensent les gens, je sais que Yearning Rose n’est pas le film de l’année, mais il m’a apporté beaucoup de choses sur certain plan comme des amis qui m’ont toujours soutenu, il m’a aussi appris à devenir plus humble et conscient de mes propres capacités. On a tendance à s’enflammer rapidement lorsqu’il s’agit de cinéma, mais l’expérience fait qu’on réalise que c’est un long chemin à parcourir avec beaucoup de bas, mais des hauts qui en valent la peine.

 

Quels sont vos projets à venir ?

Je ne souhaite pas en parler maintenant, car comme le disait un ami « parler de ses projets ne les faits pas avancer plus vite, et si ils ne se font pas on a l’air d’un con ».

 

Aha c’est bien dit, un mot pour la fin ?

Je tenais particulièrement à remercier mes amis Antoine Godet et Dylan Besseau, sans qui tout ça ne serait pas possible ainsi que toutes l’équipe technique et toutes les personnes qui ont contribué de près ou de loin à l’élaboration de ce film. Et surtout faites des films ! Quoi qu’il en coûte faites en si c’est ce qui vous anime, peu importe que l’on vous prenne pour un idiot, tracez votre chemin !

 

C’est avec ces dernières paroles que nous raccrochons le téléphone et laissons le jeune réalisateur vaquer à ses occupations, si la sortie en France n’est pas pour maintenant, le film est d’ores et déjà disponible sur Amazon Prime Vidéo en Angleterre et aux États-Unis, en attendant vous pouvez visionner sa bande-annonce ci-dessous :