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      Entretien avec Sibusiso Khuzwayo, réalisateur de « The Letter Reader » sur Netflix

      Vous êtes sûrement passés à côté du court-métrage sud-africain The Letter Reader écrit et réalisé par Sibusiso Khuzwayo, disponible sur Netflix depuis 2019. Dans la province du KwaZulu-Natal, Siyabonga, un jeune de Johannesburg va séjourner chez sa grand-mère dans un hameau. Il se met alors à lire les lettres pour les villageois illettrés et s’éprend d’une jeune femme attendant des nouvelles de son mari qui a migré à Joburg pour y travailler. Le contenu de la lettre de son mari n’est pas ce qu’elle attend, le jeune garçon va alors lui lire ce qu’elle aurait aimé entendre. Sibusiso Khuzwayo signe un court-métrage maitrisé et épris de poésie. Nous avons eu la chance de le rencontrer et d’étayer une œuvre qui mériterait beaucoup plus de visibilité en France. 

      Sibusiso Khuzwayo : « Au-delà des thèmes flagrants de The Letter Reader, le film montre implicitement les traces invisibles laissées par la migration de travail. »

      Nomalanga Shabane, Affiche promotionnelle de The Letter Reader / Netflix

       

      Avant toute chose, comment allez-vous ? La situation en Afrique du Sud a l’air d’évoluer positivement, quels sont vos ressentis sur place ? 

      Je remercie Dieu d’être en vie et en bonne santé en ces temps difficiles. Nous sortons tout juste d’une deuxième vague de la pandémie où l’on a perdu énormément de nos proches. Nous essayons de nous habituer à un quotidien revenu à peu près à la normale.

      The Letter Reader est un film paisible qui porte tout de même en lui de nombreux thèmes comme l’évolution de la modernité sud-africaine face à la tradition, une certaine altérité entre les générations et l’ombre de Johannesburg planant sur ce petit village. Était-ce l’une de vos premières intentions de faire un portrait de l’Afrique du Sud et cette région en particulier ?

      L’apartheid est terminée depuis longtemps mais ses retombées sont toujours visibles dans cette Afrique du Sud moderne. Au-delà des thèmes flagrants de The Letter Reader, le film montre implicitement les traces invisibles laissées par la migration de travail. Encore aujourd’hui, on peut trouver beaucoup d’hommes absents de leurs villages partant vers les villes, en particulier Johannesburg, pour travailler et subvenir aux besoins de leur famille. Johannesburg a toujours ce pouvoir attractif qui éloigne certains hommes de leur femme et leurs enfants. Donc bien-sûr c’était intentionnel de se concentrer sur un petit village de l’Afrique du Sud mais c’était aussi important de focaliser l’intrigue au cœur d’une région reflétant des problèmes majeurs du pays. Il était également essentiel que le film soit imprégné de thèmes universels afin qu’il puisse résonner auprès de nombreuses personnes dans le monde.

      Le film est écrit et filmé comme un conte, une fable traditionnelle. Quelles ont été vos références pour créer une histoire comme celle-ci ?

      J’ai été inspiré par la biographie The Dream Deferred de notre ancien président, Thabo Mbeki. Lorsqu’il avait 8 ans, Thabo Mbeki lisait et écrivait des lettres pour les villageois illettrés et cette partie de son enfance m’a inspiré pour l’écriture de The Letter Reader. C’était important pour moi d’écrire ce court-métrage aussi authentiquement africain que possible en utilisant des références que je trouvais dans les films qui avaient un ton similaire et l’émotion que je recherchais. La première référence est un court-métrage de 1998 intitulé The Storekeeper de Gavin Hood qui a également réalisé Mon nom est Tsotsi en 2005, qui a remporté l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Il y a aussi Yesterday de Darrell Roodt, nommé lui aussi pour le meilleur film étranger en 2005. Ce sont des films importants réalisés par des cinéastes sud-africains influents lorsqu’ils n’étaient encore que des réalisateurs naissants.

      Parlons de la production et de la photographie, le film est vraiment impressionnant en termes techniques pour un film de cette envergure et votre style de réalisation est très abouti. C’est votre premier film, en plus d’être un court-métrage soigné, il a gagné de nombreux prix nationaux et il est diffusé sur Netflix partout dans le monde. Quel a été votre parcours dans le monde du cinéma ? Est-ce que le financement a été difficile pour donner vie à vos inspirations ?

      La plupart des personnes qui ont lu le scénario à l’époque l’avaient trouvé très réussi mais le financement a été une véritable épreuve. Cela m’a pris trois ans pour que le projet soit sur les rails. Cela a été tellement épuisant que j’ai cru abandonner. Sûrement grâce au pouvoir de Dieu, tout s’est rassemblé. Nous avons réussi à lever près de 25 000 euros grâce aux subventions de la KwaZulu-Natal Film Commission, la National Film et la Video Foundation. Nous avons également eu la chance d’être sponsorisés par Panavision-Panalux et d’utiliser des équipements à la pointe au moment où nous tournions. Je dois dire que j’ai été béni d’avoir pu travailler avec des producteurs réputés comme Catharina Weinek et Dumi Gumbi. L’imagerie et la photographie très élaborées reviennent à Lance Gewer, qui était également directeur de la photographie sur le film Mon nom est Tsotsi. En tant que cinéaste en plein apprentissage, cela fut une expérience particulièrement réjouissante d’apprendre de personnalités du métier très qualifiées. En effet, nous avons tourné le film en trois jours et c’était très laborieux car il a plu toute la journée durant le dernier jour. Nous étions obligés à tourner le film durant le temps qui nous été imparti, le budget du film ne nous permettait pas de prolonger le tournage ou de faire des pick-ups.

      Pour ce qui est de sa diffusion internationale, cela a été rendu possible grâce à la relation qu’entretenaient mes producteurs avec Indigenous Film Distribution qui a permis au film d’atterrir sur Netflix. Je dois avouer que je n’aurais jamais imaginé que le film puisse obtenir une telle renommée; que ce soit à travers les nombreux prix qu’il a remporté mais aussi par son succès international en particulier aux États-Unis, en Angleterre et au Brésil.

      Pour finir, votre casting est vraiment très solide sur beaucoup de points. Les acteurs portent sur leurs épaules beaucoup de thématiques pour un film de trente minutes, en particulier ce jeune garçon, joué par Bahle Mashinini, qui est épatant de justesse dans le film. Comment avez vous procédé pour le casting et comment avez-vous fait pour donner vie à vos thèmes à travers le choix des acteurs et des actrices ? 

      L’histoire m’est resté en tête pendant très longtemps jusqu’à ce que chaque élément prenne vie. En cela, le type d’acteurs que je recherchais était très clair pour moi. Nous avons fait des auditions et au-delà de la performance, il était très important pour moi que chaque acteur semble destiné à porter son personnage à l’écran. Nous avons rencontrés énormément de bons acteurs qui nous ont apportés des interprétations sincères et très belles des différents personnages mais qui, selon moi, ne collaient pas à cet esprit de prédestination. Le budget du film ne pouvait pas nous permettre de faire des répétitions, il était donc tout aussi important de choisir des acteurs capables de porter l’histoire et les différentes thématiques sans trop d’efforts.

      À la fin de la phase de casting, j’étais particulièrement satisfait des acteurs que nous avions choisi. Ils ont tous apporté des performances mémorables qui ont fait de The Letter Reader ce qu’il est aujourd’hui. En réalité, le plus grand défi quant au casting a été de trouver le jeune acteur qui jouerait le garçon qui lit les lettres. Le film est très minimaliste en termes de dialogue purs, il était donc difficile pour tant d’enfants que nous avons auditionnés d’apporter quelconque jeu d’acteur dû à la quasi absence de dialogue pour les scènes clefs du film. Bahle Mashinini est un enfant qui s’est totalement démarqué par son talent et sa compréhension du personnage. Je ne peux pas parler du casting sans évoquer Andile Gumbi en l’honneur de sa mémoire. Andile a joué le rôle de Menzi avec une telle douceur qui a laissé une marque indélébile dans mon cœur. Cela a été très triste pour moi lorsque j’ai appris la nouvelle de son décès. Le film venait de sortir et il n’a jamais pu voir le résultat final. 

      Je vous remercie pour votre temps. Travaillez-vous sur un nouveau projet malgré ce contexte douloureux ?

      Je travaille actuellement sur le scénario d’un long métrage se déroulant également dans un petit village. Il raconte l’histoire d’un garçon blanc élevé par un couple noir dans une communauté noire.

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