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      Disparition du scénariste et écrivain Jean-Claude Carrière

      Jean-Claude Carrière s’est éteint hier, ce lundi 8 février, à l’âge de 89 ans. Écrivain, auteur pour le théâtre, le cinéma et la télévision, il laisse une œuvre d’une incroyable richesse. Scénariste, il a collaboré avec les plus grands réalisateurs. Sa complicité avec Luis Buñuel durera dix-neuf ans. Ceux qui l’ont rencontré le définissaient comme un passeur attentif et bienveillant. En 2015 il publie « Croyance », en réaction aux attentats. Retour sur le parcours d’un homme talentueux qui aimait raconter des histoires.

      Le travail du conteur commence par le désir de raconter”

      Jean-Claude Carrière se définissait comme un conteur.

      Il naît en 1931 dans un village de l’Hérault, au sein d’une famille de viticulteurs. Il parle occitan jusqu’à l’âge de treize ans. A ses quatorze ans, ses parents prennent la gérance d’un café à Montreuil-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis. Jean-Claude Carrière poursuit ses études au lycée Voltaire, puis au lycée Lakanal de Sceaux. Il obtient une maîtrise de lettres et d’histoire à l’École normale supérieure de Saint-Cloud. Plus tard, il abandonne sa carrière d’historien pour le dessin et l’écriture, ses vraies passions. Il publie son premier roman, Lézard, en 1987. Puis écrit des romans d’épouvante aux Editions Fleuve noir, sous le pseudonyme de Benoît Becker.

      Rencontre avec le cinéma

      Sa carrière de scénariste débute en 1963 avec le film Le Soupirant de Pierre Etaix. En 1964, il débute une collaboration avec Luis Buñuel qui durera dix-neuf ans, jusqu’à la mort du réalisateur. Les deux hommes adaptent ensemble le roman d’Octave Mirbeau Le Journal d’une femme de chambre, avec Jeanne Moreau. Puis travaillent ensemble sur cinq autres films, dont deux des plus célèbres du réalisateur : Belle de jour et Le Charme discret de la bourgeoisie. Cette satire d’esprit surréaliste leur permet d’obtenir une nomination pour l’oscar du meilleur scénario original en 1989. En 1983, Le Retour de Martin Guerre (réalisé par Daniel Vigne) lui vaut le César du meilleur scénario. Jean-Claude Carrière collabore également avec le réalisateur d’origine tchèque Miloš Forman, co-écrit le scénario de deux des films les plus célèbres de Jacques Deray, La Piscine en 1969 et Borsalino en 1970.

      Cinquante-sept ans d’écriture

      De 1963 à 2020, il écrit plus de soixante scénarios pour le cinéma et collabore avec les plus grands : Jacques Tati, Louis Malle, Alain Corneau, Patrice Chéreau, Jean-Luc Godard, Jean-Paul Rappeneau… Son dernier scénario pour le cinéma est Le Sel des larmes de Philippe Garrel, en 2020.

      Parallèlement, il poursuit sa carrière au théâtre, en particulier avec André Barsacq, Jean-Louis Barrault et Peter Brook. Il adapte quatorze pièces et en écrit douze. Sa dernière pièce en tant qu’auteur est L’aide mémoire, en 2014, mis en scène par Ladislas Chollat au Théâtre de l’Atelier. Il joue également dans quelques films. Et obtient de nombreux prix dont le César du Meilleur scénario original en 1983, Le Prix Jean-Le-Duc pour l’ensemble de son œuvre d’auteur cinématographique en 1988. En 2005, il reçoit même un Oscar d’Honneur.

      « Ecrire un scénario, c’est beaucoup plus qu’écrire »

      En 1990, Jean-Claude Carrière co-signe Exercice du scénario, un ouvrage dédié à l’écriture pour le cinéma. Et donne sa vision sur cette forme particulière d’écriture : « Écrire un scénario, c’est beaucoup plus qu’écrire, c’est écrire autrement; avec des regards et des silences, avec des mouvements et des immobilités”. Dans un scénario, le rythme est essentiel et doit s’inspirer du rythme de la vie. Jean-Claude Carrière y définit le scénariste comme un individu mobile et curieux, qui “collectionne les départs d’histoire, qu’il a trouvées dans la réalité”. Et raconte une anecdote au sujet du film Taking Off de Milos Forman. Dans une des scènes, un personnage, ivre, essaie de manger un œuf dur au comptoir d’un café. Cette situation s’inspire d’une scène à laquelle il assista, vingt ans plus tôt, dans un café de Montreuil-sous-Bois. Il avait gardé en mémoire chaque geste.

      Un état transitoire

      « Le scénario est un état transitoire, une forme passagère destinée à se métamorphoser et à disparaître, comme la chenille devient papillon”. Le scénario n’est pas l’œuvre finale, mais le matériau qui sert à la réalisation d’un film. Au moment où le film se fait, quelque chose échappe au scénariste qu’il était jusque-là le seul à posséder. Le scénario est décortiqué, analysé, parfois même retravaillé, avec ou sans lui. Dans Exercice du scénario, Jean-Claude Carrière confie que cela peut laisser une certaine amertume.

      Écrire un scénario nécessite aussi le respect de certaines contraintes. Et Jean-Claude Carrière questionne la part possible d’expression personnelle dans l’écriture d’un «objet commercial». Pour conclure que le scénariste, même s’il écrit pour d’autres, est toujours présent, toujours sensible, dans tout ce qu’il fait. Et qu’il y a toujours une part de subjectivité, même dans le cas des adaptations. Car le scénariste, dans la façon dont il construit son récit, apporte nécessairement un angle, un regard.

      Le cinéma : un mystérieux théâtre intérieur

      Jean-Claude Carrière appelait l’imagination la “faculté maîtresse de l’esprit”. Et a toujours soutenu qu’il était possible de l’entraîner, pour ne pas se laisser aller à la tentation de la paresse. Car le cerveau humain est simplificateur, avec une fâcheuse tendance à privilégier les solutions faciles et définitives. Or, l’écriture nécessite de réveiller son cerveau, et de le contredire. De développer une faculté d’imaginer des rebondissements et des pistes multiples. Le fameux « Et si ? ». Et si mon personnage prenait le chemin B à la place du A ? Écrire, puis réécrire et encore réécrire. Le scénario est un objet en constante transformation et évolution. “Un film, c’est tout sauf une conclusion” disait-il. “Ne reste finalement comme seul juge, quand on écrit pour le cinéma, que ce mystérieux théâtre intérieur, la plus obscure des salles, que nous possédons chacun en nous-mêmes, et où se déroule, d’une manière encore hésitante et imparfaite, la première projection du film que nous sommes en train d’imaginer”.

      Vous aimez le cinéma français ? Découvrez l’article sur Francis Veber.

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